Mardi 5 août 1873

A l’Exposition, (robe blanche). Je commence à être un peu chez moi à l’Exposition. Il y a beaucoup de monde mais presque pas d’Anglais. Je m’ennuie sans Anglais, ils donnent la vie.
Nous avons fini le grand pavillon, et commencé les salles des beaux-arts. Il y a quelques jolis tableaux, mais il y a aussi des croûtes. Il n’y a rien pour m’extasier comme les arts. C’est la plus belle production de l’esprit humain. On me regarde, je ne sais pourquoi. Suis-je ridicule ou attrayante ? That is the question !
Au restaurant russe où nous avons déjeuné, le bouillon et le caviar y sont excellents, le reste, une cochonnerie. A cinq heures à la maison; on vient essayer ma robe; puis j’ai dîné à l’hôtel avec Paul, puis j’ai fait ma toilette. Nous allons au théâtre: « Fantasca » ballet au Grand Opéra. Le Shah serait au théâtre (robe bleue, je ne me plais pas), nous avons une loge au rez-de-chaussée.
Quand nous entrâmes, le Shah était déjà assis dans la loge impériale avec l’Empereur, l’impératrice et quelques personnes. Ça n’est pas le même qui était aux courses, nous avions pris un de sa suite pour lui. Il est assez beau, je ne vais pas m’amuser à faire la description de ces personnages. Le but de ce journal n’est pas cela. Il y avait une quantité innombrable de monde. Le théâtre était plus que plein. Le ballet est joli, c’est plutôt une pantomine, on danse peu. Les changements, les costumes etc. etc. sont très beaux. J’ai cherché des yeux le duc de Hamilton mais il n’est pas là. Où est-il ? Où est-elle ? Je crois que j’attendrai l’hiver à Nice pour le voir. Il a sans doute été plus tôt, en mai ou juin. Mais laissons cette ingrate bête. Je ne veux plus en parler. Je me suis trop humiliée pour lui.
Je répéterai comme pour Boreel que c’est à lui de me saluer et non pas à moi. Je veux enfin être fière; que le diable l’em... ah ! non ! Que le Bon Dieu le protège. Tiens, c’est drôle je ne l’aime pas du tout tendrement, je ne puis pas penser ce que je viens de dire. Quand je ne le vois pas, que le diable l’emporte ! Je ne le connais pas assez pour avoir des sentiments tendres. Je l’aime car son extérieur me convient, comme caractère aussi, si je ne me trompe pas sur son caractère.
Mais je ne puis l’aimer tendrement, parce qu’il ne m’aime pas. Je l’aime en cachette, même devant moi. J’ai découvert pourquoi je ne l’aime pas jusqu’au dévouement, c’est que je ne suis pas payée de retour: je ne puis pas être une héroïne sublime qui adore sa rivale, ou du moins je n’ai jamais essayé.
Je croyais que tous les hommes roux me plairaient. Mais, non, ils sont tous désagréables, lui seul me plaît; c’est un individu particulier.
Mais assez pour ce soir. Tous ces raisonnements ne le feront pas venir. Ingrate bête, va ! animal gras, tonneau ! Je te déteste.