❦
Sunday, 15 June 1884
That creature Hayem came this morning. He advises me to ask two thousand five hundred francs for the Meeting.Cet animal de Hayem est venu ce matin. Il me conseille de demander deux mille cinq cent francs du Meeting.
I told you I believe a firm called Oppé & Co. enquired about the price. They are major dealers. I was foolish enough to say six thousand francs — and naturally I have received no reply. These are people who buy to resell, and six thousand francs for a tradesman is steep. Hayem says that Montenard, a man of recognised talent, has told him he likes my painting enormously, and has been complimenting him on my account.
Je vous ai dit que je crois que un nommé Oppé et C° m’a demandé le prix. Ce sont de grands commissionnaires. J’ai eu la bêtise de dire six mille francs. Et naturellement je n’ai pas de réponse. Ce sont des gens qui achètent pour revendre et six mille francs pour un commerçant, c’est raide. Hayem dit que Montenard a un certain talent récompensé, lui a dit aimer énormément ma peinture et qu’il lui a fait des compliments sur moi à lui.
He is accepting congratulations for having discovered me! Filthy Jew. Meanwhile he keeps circling without deciding anything.
Il se fait féliciter de m’avoir découverte ! Sale juif. En attendant il tourne toujours sans décider rien.
I am beginning to dislike Julian a little. My affections and hatreds are slow to form. Several blows are needed, and then a moment comes when I reckon up and add them together. This soup-merchant has always said stupid things about me under the pretence of recounting the eccentricities of “this extraordinary nature.” He was never a friend — to begin with he thought God knows what, things in the style of the world he frequents, demi-mondaines, Cartwrights and the like. And besides, he is the sort of person before whom someone could say I had gone dancing at a low suburban dance hall — he would not leap up, he would say neither yes nor no. We have made peace now, but the kind of peace I have with my family: disdainful indifference. He is not as foolish as my family, but he has given me many disillusionments. Very coarse underneath.
Je commence à détester un peu Julian. Mes sympathies ou mes haines sont lentes. Il faut plusieurs coups et alors vient un moment ou je récapitule et additionne. Ce marchand de soupe a toujours dit des bêtises de moi sous prétexte de raconter les originalités de « cette nature extraordinaire ». Il n’a jamais été un ami, d’abord il a commencé par penser Dieu sait quoi, des choses dans le genre du monde qu’il fréquente, des demi-castors, des Cartwright etc. Et puis c’est un être devant lequel on peut dire que j’ai été dansée dans un bal de barrière, il ne bondira pas et ne dira ni non ni oui. Nous avons fait la paix maintenant mais la paix comme avec ma famille, c’est de l’indifférence dédaigneuse, il n’est pas si bête que ma famille, mais il m’a donné bien des désillusions. Un fond très grossier.
Whereas Tony is decent, if limited — but Julian is limited too, only he is more modern, he knows what is being said on the boulevard and he adores Balzac. No, I have no friends. There is the architect, but he is more than limited — though he is a very loyal nature, a good fellow.
Tandis que Tony est propre quoique borné; mais Julian aussi est borné, seulement il est plus moderne, il est au courant ce qui se dit sur le boulevard et il adore Balzac. Non, je n’ai pas d’amis. Il y a bien l’architecte mais il est plus que borné, pourtant c’est une nature très loyale, un brave garçon.
The Canroberts? If you like — but I do not give myself entirely to them; it takes time. Yes, time. There is certainly sympathy or antipathy at first sight, but after that there is a very long process.
Les Canrobert ? Si l’on veut, mais je ne me livre pas entièrement avec eux, il faut le temps. Oui, le temps. Il y a certainement la sympathie ou l’antipathie à première vue, mais après il y a un travail très long.
There are also people who at first say nothing to you — take Emile. And Julian: it was after some months that I began to enjoy his conversation; I was foolish enough to be flattered because he supposed me more perverse than I was. And then little by little I came to see that he is not as clever as all that.
Il y a aussi des gens qui d’abord ne vous disent rien, tenez Emile. Et Julian, c’est au bout de quelques mois que j’ai commencé à aimer sa conversation, j’étais assez bête pour être flattée parce qu’il me supposait plus perverse que je n’étais. Et puis petit à petit je me suis aperçue qu’il n’a pas tant d’esprit que ça.
In the Bois, I am in grey and pretty. In the days when I went for a walk every day I always had some face I hoped to meet. I go and do not look — no one interests me. Do you remember Italy? All in all I regret nothing — that past time was not happier, only different... And yet... it was gayer; I busied myself with the young men...
Au Bois, je suis en gris et jolie. Dans le temps où j’allais me promener tous les jours j’avais toujours une tête que je tenais à rencontrer. Je vais et je ne regarde pas, personne ne m’intéresse. Vous rappelez-vous en Italie ? En somme je ne regrette rien, ce temps passé n’était pas plus heureux, il était seulement autre... Pourtant... c’était plus gai, je m’occupais des petits jeunes gens...