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Saturday, 9 December 1882
Samedi 9 décembre 1882
Dîner très intime, Tony, Julian, Dusautoy, Bojidar, Mlle Villevieille et Emile Bastien qui revient de la campagne. Oh ! je suis contente ! Le vrai frère a été charmé de la caricature à Colembourg que j’ai envoyée et de mes lettres, il a ri, il a dit des choses gentilles et que j’ai du talent.
For that last point — a surge of happiness! For the architect is sincere; he does not lie; he is simple and good, and he said it because it is true — that is to say, because the other one told him so. We parted at two in the morning.
Pour ce dernier il y a un élan de bonheur ! Car l’architecte est sincère, il ne ment pas, il est simple et bon et il a dit ça parce que c’est vrai, c’est-à-dire parce que l’autre l’a dit. On s’est séparé à deux heures du matin.
Modeste Mignon3 (you know it well) — well, there are striking things in it. This young girl who lives entirely by imagination, who contrives a double life for herself, and is continually the heroine of a quantity of novels and dramas of her own invention; who manages to experience almost physical sensations; who has worn everything out through imagination...
Modeste Mignon (vous savez bien) eh bien il y a là des choses frappantes. Cette jeune fille qui vit par l’imagination, qui s’arrange une double vie et qui est continuellement l’héroïne d’une quantité de romans, de drames inventés par elle; qui arrive à éprouver des sensations presque physiques, qui a usé tout par l’imagination...
But it is me — and then she has fashioned for herself an ideal of happiness and love... One would have to quote everything. It is entirely like me; so if anyone could guess what is passing through my head at the theatre, at a ball, even during a conversation, they would be greatly surprised — and so would I... What a misfortune that he is dead, that there is no one like that now. Ah! so I shall never be inspired by someone I could love, deploying all these still-confused feelings that would make the happiness of an extraordinary man. Balzac is the greatest genius... And then re-read the first pages of Honorine — on Paris and on what makes one love Paris — what I have tried so often to say without managing it...
Mais c’est moi, et puis elle s’est fait un idéal de bonheur et d’amour... Il faudrait tout citer. C’est tout à fait comme moi, aussi si on pouvait deviner ce qui se passe dans ma tête au théâtre, au bal et même pendant une conversation, on serait bien surpris et moi-même... Quel malheur qu’il soit mort, qu’il n’y en ait pas un comme cela à présent. Ah ! je ne serai donc jamais inspirée par quelqu’un que je pourrais aimer en déployant tous ces sentiments encore confus et qui feraient le bonheur d’un homme extraordinaire. Balzac est le plus grand génie... Et puis relisez les premières pages d’ « Honorine » sur Paris et sur ce qui fait aimer Paris, ce que j’ai essayé si souvent de dire sans y arriver...
Notes
Émile Bastien-Lepage, architect, brother of the painter Jules Bastien-Lepage; Marie’s «architecte». ↩
«Le vrai frère»: Jules Bastien-Lepage, as against his brother Émile. ↩
Modeste Mignon (1844): Balzac’s novel of a provincial girl who carries on a secret correspondence with a famous poet. ↩