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Monday, 28 August 1882
Lundi 28 août 1882
There are days when I truly believe I have something in here. Listen — it is impossible that this fever, these impulses, this love of what I do should not be destined to amount to something great. It is impossible to see and feel nature and form as I do without arriving at...
Il y a des jours où je me crois vraiment quelque chose là. Ecoutez, c’est impossible que cette fièvre, ces élans, cet amour de ce que je fais ne soient pas destinés à aboutir à quelque chose de grand. Il est impossible de voir et de sentir la nature et la forme comme moi sans arriver à ...
I drew the second figure for the painting, and then, as Mme Tchernitsky, who had arrived while I was working, was reading in a corner, I made a quick sketch of her.
J’ai dessiné la deuxième figure du tableau puis comme la Tchernitsky étant arrivée pendant que je travaillais, lisait dans un coin, j’en ai fait une pochade.
One must never compose anything — no composition equals truth; the great art lies in seizing the right moment and doing what one sees... But let this truth sink in: to copy nature truly one must have genius, and an ordinary artist can only ever parody it... A skilled technician who copies for the sake of copying produces a vulgar work which the vulgar call realist and which they are often right to scorn. It is not a matter of taking just anyone and painting them as one sees them; a movement caught unawares, a pose, can be held only roughly, and in the posing it stiffens. The mind must be struck and retain the impression of the instant when one saw the thing. That is where one recognises the artist.
Il ne faut jamais rien arranger, aucun arrangement ne vaut la vérité, le grand art consiste à saisir le bon moment et à faire ce qu’on voit... Mais pénétrez-vous donc de cette vérité que pour copier la nature juste il faut avoir du génie et qu’un artiste ordinaire ne pourra jamais que la parodier... Un exécutant habile qui copie pour copier fait une œuvre vulgaire que le vulgaire appelle réaliste et dont il a souvent raison de faire fi. Il ne s’agit pas de prendre n’importe qui et de le peindre tel qu’on le voit, le mouvement surpris, la pose ne se garde qu’à peu près et en posant ça se raidit, il faut que l’esprit soit frappé et garde l’impression de l’instant où vous avez vu la chose. C’est là que l’on reconnaît l’artiste.
I have re-read a book by Ouida — a woman of no great talent — called Ariadne; it is in English. A book made to move one to the utmost degree; I have been on the point of re-reading it twenty times in the last three or four years and have always drawn back, knowing what agitation it caused me and must cause me again. It is about art and love, and is set in Rome.
J’ai relu un livre d’Ouida, une femme de pas trop de talent, cela s’appelle Ariadne, c’est en anglais. Un livre qui est fait pour émouvoir au suprême degré; j’ai été sur le point de le relire vingt fois depuis trois ans ou quatre ans et j’ai toujours reculé sachant quelle agitation il m’a causée et devait me causer encore. Il s’agit d’art et d’amour et cela se passe à Rome.
in the margin
On the first reading I had been moved only by the love and by Rome.
dans la marge A la première lecture je n’avais été touchée que par l’amour et par Rome.
Three things combined — any one of which would be enough to set me ablaze — and love is the least of them; one could remove the love from the book and there would remain quite enough to drive me mad. For Rome I have an adoration, a veneration, a passion that nothing equals. For the Rome of artists and poets, the true Rome, has not even been tarnished for me by the society Rome that made me suffer. I remember only poetic and artistic Rome, and that brings me to my knees. The book is about sculpture — I am forever on the point of trying it myself; last night I could not sleep!
Trois choses réunies dont une seule suffit pour me passionner et l’amour en est la moindre, on ôterait l’amour du livre qu’il resterait bien assez pour m’affoler. J’ai pour Rome une adoration, une vénération, une passion que rien n’égale. Car la Rome des artistes et des poètes, la vraie n’a pas même été atteinte chez moi par la Rome mondaine qui m’a fait souffrir. Je ne me rappelle que de la Rome poétique et artistique et celle-là me met à genoux. Il s’agit de sculpture dans le livre, je suis toujours sur le point d’en faire, hier soir je ne pouvais pas dormir !
O divine power of art, O celestial and incomparable feeling that holds you apart from everything, O supreme joy that lifts you above the earth — it is with heaving breast and eyes wet with tears that I invoke it and prostrate myself before God to implore His protection. It is enough to drive one mad; I want to do ten things at once; I feel, I believe — I believe, do you hear — that I am going to do something fine. And my soul soars towards unknown heights.
Ô divine puissance de l’art, ô sentiment céleste et incomparable qui vous tient loin de tout, ô suprême jouissance qui vous élève au dessus de la terre, c’est la poitrine oppressée et les yeux mouillés de larmes que je l’invoque et que je me prosterne devant Dieu pour qu’il m’accorde sa protection. C’est à devenir folle, je veux faire dix choses à la fois, je sens, je crois, je crois entendez-vous que je vais faire quelque chose de bien. Et mon âme s’envole vers des hauteurs inconnues.
Provided it is not in order to fall lower again... These relapses are terrible — but life must have a bit of everything... Days of dejection follow hours of exaltation; one suffers during both; yet I am not enough of a poseur to say that one suffers equally.
Pourvu que ce ne soit pas pour retomber plus bas.. Ces retours sont terribles mais il faut de tout dans la vie... les jours d’abattement suivent les heures d’exaltation, on souffre pendant les deux, pourtant je ne suis pas assez poseuse pour dire qu’on souffre également.
Compose nothing? But paintings — mine? Well, it is almost the same thing: a subject arrests you, strikes you — it is evident that at that very instant you picture the scene, you see the painting. If your imagination has been vividly struck, you see it almost simultaneously with reading or thinking. I am sure that all truly moving paintings were conceived in just this way. Beyond that there is only research and correction — the academy. One must do only what imposes itself, what haunts and holds you.
Ne rien arranger ? Et les tableaux ? Le mien ? Eh bien c’est presque la même chose, un sujet vous arrête, vous frappe il est évident qu’à l’instant même vous vous représentez la scène, vous voyez le tableau. Si votre imagination a été vivement frappée, vous le voyez presque en même temps que vous lisez ou pensez. Je suis sûre que tous les tableaux vraiment émouvants ont été conçus comme cela. Hors de là il n’y a que recherches et corrections, académie. Il ne faut faire que ce qui s’impose, ce qui vous tracasse, vous tient.
Dumas is quite right: one does not hold one’s subject — it is the subject that holds you. A man staking five francs may feel the same anguish as one staking a hundred thousand... I can therefore understand...
Dumas a bien raison, on ne tient pas son sujet, c’est le sujet qui vous tient. Un homme qui joue cent sous peut éprouver les mêmes angoisses que celui qui joue cent mille francs... Je puis donc me rendre compte...
No, no! There is in me such a need to translate my impressions, such a violence of artistic emotions, so many confused things crowding in my head, that it cannot fail to find expression one day. The formula — oh, the formula.
Non, non ! Il y a en moi un tel besoin de traduire mes impressions, une telle violence d’émotions artistiques, tant de choses confuses se pressent dans ma tête que cela ne peut manquer de se traduire un jour. La formule ô la formule.
All the fortune-hunting counts will say that the formula is marriage. I am not innocent enough to confuse the... impressions. I am no saint, and I would sometimes like to be a man — but let us not confuse, I beg you, earthly appetites that I understand by intuition or by nature... with the others... What M. Dumas fils calls love is a need like any other, and one dispenses with it easily when one is more than a young girl or an animal.
Tous les comtes à la recherche d’une dot diront que la formule serait le mariage. Je ne suis pas assez innocente pour confondre les... impressions. Je ne suis pas une sainte et je voudrais bien parfois être garçon mais ne confondons pas je vous prie des aspirations terrestres et que je compends par intuition ou par nature... Avec les autres... Ce que M. Dumas fils appelle l’amour est un besoin comme un autre et dont on se passe facilement quand on est plus qu’une jeune fille ou qu’un animal.
As for love — true love — well, it is an accessory, a complement, a crowning of the edifice; at least for me.
Quant à l’amour, au vrai eh bien c’est un accessoire, un complément, un couronnement de l’édifice, du moins pour moi.
One arrives at it by other means: being known, celebrated, great — that naturally brings in its train all the successes and the passions one inspires. But here I am straying from my subject.
On y arrive par autre chose, être connu, célèbre, grand, cela entraîne à sa suite tout naturellement les succès et les passions qu’on inspire. Mais voilà que je sors de mon sujet.
The point was simply to tell the false Diogenes to go hang — those who would reduce to their own level feelings they are incapable of understanding. There are filthy, ignoble, hideous creatures who reduce all feminine ambition to physical causes... marry her off and she will paint no more. Yet one might cite married women — or women who are as good as married — who have had talent and genius. There have been some too who remained Joan of Arc, but there have also been great men in the same case. You see plainly, ignoble materialists, that you are nothing but brutes. And since everything must be told you, know, you hideous beasts of St. Anthony, that if devotees of Art think about what M. Dumas fils calls love, it is as they think of their dinner, their sleep, and so forth. And that if I were married it would not take from me my love of Art — but on the contrary would allow me to devote myself to it with greater tranquillity, having no trouble to endure save that of thought. I am sorry to say this to you, but it seems to me I am arguing with real beings and answering their objections.
Il s’agissait simplement de répondre zut aux faux Diogène qui voudraient ramener à leur niveau des sentiments qu’ils sont incapables de comprendre. Il y a de sales, d’ignobles, de hideuses créatures qui ramènent toutes les ambitions féminines à des causes physiques... mariez là et elle ne fera plus de peinture. On pourrait pourtant citer des femmes mariées ou comme mariées qui ont eu du talent et du génie. Il y en a eu aussi qui sont restées Jeanne d’Arc mais il y eu aussi des grands hommes dans ce cas. Vous voyez bien ignobles physiciens que vous n’êtes que des brutes. Et puisqu’il faut tout vous dire sachez hideux animaux de Saint Antoine que si les adeptes de l’Art songent à ce que M. Dumas fils appelle l’amour, c’est comme à leur dîner, à leur sommeil etc. Et que si j’étais mariée cela ne m’enlèverait pas l’amour de l’Art, mais au contraire me permettrait de m’y consacrer avec plus de tranquillité n’ayant d’autre trouble à subir que celui de la pensée. Je suis fâchée de vous dire cela, mais il me semble que je discute avec des êtres et je réponds à leurs objections.