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Thursday, 20 October 1881
I finished my sketch of the shop yesterday, and after buying three hundred francs’ worth of old fabrics and bidding tender farewells to Señor Don Lorenzo1, we departed. Pollack left twenty minutes before us; he packed my canvases.Jeudi 20 octobre 1881 J’ai fini mon esquisse de la boutique hier et après avoir acheté pour trois cents francs de chiffons anciens et fait de tendres adieux al senior Don Lorenzo, nous sommes parties. Pollack partait vingt minutes avant nous, il a emballé mes toiles. J’ai acheté chez deux autres confrères de Lorenzo deux écharpes, deux robes et un grand rideau de vieille soie rouge saumon tout brodé: total deux cents francs. Le lot de trois cents francs contient quatres grandes toiles brodées de soie, de Salamanque, une écharpe et une robe idem, un morceau de velours rouge brodé de soie et d’or qui ressemble à des ornements d’église. Un grand morceau de soie à grandes fleurs et feuillages extrêmement pâles et d’un âge respectable. Une sorte de tapis d’autel en soie rose, le milieu en raie blanche avec broderies et applications. Très usé.
But this morning I spent two hours in Córdoba — just time enough to cast a glance at the city, which is ravishing… in its fashion — in short I adore cities like that; it has Roman remains that enchant me. And the mosque is a genuine marvel — you see, the Moorish tone of Paris prejudices and disgusts one against the real thing, which is wonderful. Toledo then… Córdoba seems to me far more magnificent, and the mosque is a marvel; there is no other word. But what fury seizes one in contemplating the Christian mushrooms that have sprouted inside it!
Mais ce matin j’ai passé deux heures à Cordoue, juste le temps de jeter un coup d’œil sur la ville qui est ravissante... à sa façon, enfin j’adore les villes comme ça, il y a là des restes romains qui me ravissent. Et la mosquée est une véritable merveille, voyez-vous, le ton arabe de Paris, vous prévient et vous dégoûte du vrai qui est merveilleux. Tolède enfin... Cordoue me paraît bien plus magnifique et la mosquée est une merveille, il n’y a pas d’autre mot. Mais de quelle colère on est pris en contemplant les champignons chrétiens qui y ont poussé !
Que les chapelles et ce Coro sont autant de crimes de lèse-arts (lézards, pour les lecteurs du Pays). On est indigné de voir ce chef-d’œuvre abîmé par des hommes stupides. Cette profanation chrétienne est barbare.
If you could imagine those thousands of little columns, ravishing in their lightness, making the mosque like a forest with a ceiling — you would understand the horror of having blocked here and there those unique aisles with chapels, iron-gated doors topped by tin-painted female saints. And the Gothic infamies! That art in infamy — its barbarous imprint, its sickly, ignorant character. Those eternal pillars, those doorways burrowed with capricious, coarse designs. Those dreadful hydrocephalic saints with hands emerging God knows how from straight-pleated cloaks, artless… bodies flat and crippled. I don’t say this apropos of Córdoba, but in general. I shall have seen soon all the most famous cathedrals, and it is impossible for me to arrive at admiring Gothic, which I have detested since my earliest childhood — a touching detail. And when one adds to that ravishing religious paintings from the late 14th and 15th centuries — then it is complete! And to think there are beings who swoon — that is, who pretend to swoon — before those naïve primitive saints with horrible, badly drawn, graceless faces.
Si vous pouviez vous imaginer ces milliers de colonnettes ravissantes de legerete et qui font de la mosquée comme une forêt à plafonds, vous comprendriez ce qu’il a eu d’horrible, à boucher ça et là ces allées uniques par des chapelles à portes de fer surmontées de saintes en fer blanc colorié. Et les infamies gothiques !! Cet art dans l’infamie vu son empreinte barbare, son caractère malingre, ignorant. Ces éternels piliers, ces portes fouillées de dessins capricieux et grossiers. Ces saintes épouvantables, hydrocéphales à mains qui sortent Dieu sait comment du manteau à plis droits, sans art... des corps plats et estropiés; je ne dis pas ça à propos de Cordoue, mais en général. J’aurai vu tantôt toutes les plus fameuses cathedrales et il m’est imposible d’arriver à admirer le gothique que j’ai execré depuis ma tendre enfance; détail touchant. Et lorsqu’on y joint de ravissantes peintures religieuses des fin 14ème et 15ème siècles alors c’est complet ! Et dire qu’il y a des êtres qui se pâment, c’est-à-dire qui font semblant, devant ces primitives et naïves saintes à figures horribles, mal dessinées, disgracieuses.
Give them credit for the intention, the religious character (which is prettily dreadful!) — but do not say it is beautiful.
Tenez leur compte de l’intention, du caractère religieux (il est joliment affreux !) mais ne dites pas que c’est beau.
One would like to stay a month in Córdoba. But for that one would not have to be travelling with one’s aunt, who in ten minutes finds a way to enrage one ten times: first by raging herself — now it is that there is nothing worth seeing and the guide leads us deliberately to earn money and make us miss the train; then it is that a carriage is needed to go to the mosque. In Córdoba! At eight o’clock in the morning! Think of it — one might catch a cold and besides I, who am dying, cannot walk. In short, a furious air. What delightful company! Adorable companions for an artistic journey through Spain! I pray to God the whole time that it not affect me — for it is despairing to see everything thus ruined. It makes no difference — I have no luck — it is enough to make one weep.
On aimerait rester un mois à Cordoue. Mais pour cela il ne faudrait pas voyager avec sa tante qui en dix minutes trouve moyen de vous enrager dix fois, d’abord en rageant elle-même, tantôt c’est qu’il n’y a rien à voir et le guide nous mène exprès pour gagner de l’argent et nous faire manquer le train. Puis c’est une voiture qu’il faut, pour aller à la mosquée. A Cordoue ! A huit heures du matin ! Songez donc, on peut s’enrhumer et puis moi qui me meurs je ne puis marcher. Bref un air furieux. Douce société ! Adorable compagnie pour un voyage artistique à travers l’Espagne ! Moi je prie Dieu tout le temps pour qu’il fasse que ça ne me fasse rien car c’est désespérant de se voir tout abîmer comme ça. C’est égal je n’ai pas de chance, c’est à pleurer.
I take care of myself, love comfort, and am very fond of good food — but when one comes to pester me with that for the rest of my life I would rather be abandoned in the street! And besides, the things one intends to do oneself — if someone comes to suggest I have sworn to do always the contrary, hoping to be less pestered — but instead of hinting at it to a third person or through words, you can guess with what finesse! So if one comes to pester you twenty times about what you had yourself intended to do of your own accord, the spontaneous impulse is no longer there, and one is… Ah! Lord, how these people bore me!!
Je me soigne et aime le confort et suis très gourmande mais quand on vient m’ennuyer avec ça toute la vie j’aime mieux être abandonnée dans la rue ! Et puis les choses qu’on a l’intention soi-même de faire si on vient vous insinuer j’ai juré de faire toujours le contraire espérant être moins embêtée mais au lieu de dire ou insinuer à la troisième personne ou à l’aide de paroles vous devinez avec quelle finesse ! Donc si on vient vingt fois vous embêter avec ce que vous vouliez faire de votre propre mouvement, le propre mouvement n’y est plus et on est... Ah ! Seigneur que ces gens-là m’ennuient !!
At least while young Pollack was there I escaped to some degree their stupidities… Besides, my poor aunt is delighted when there is someone — she would gladly have paid Pollack’s travel costs if that were possible, for she knows well that she enrages me, poor woman; only as it is unconscious, it always begins again.
Au moins tant qu’il y avait le petit Pollack j’échappais jusqu’à un certain point à leurs stupidités... Du reste ma pauvre tante est ravie quand il y a quelqu’un, elle aurait bien payé le voyage de Pollack avec plaisir si ça se pouvait, car elle sait bien qu’elle m’enrage la pauvre femme, seulement comme c’est inconscient ça recommence toujours.
Notes
In Spanish in the original: al senior Don Lorenzo (so in the text, for al señor, “to Señor”); Don Lorenzo is the name of the dealer in old fabrics whose shop she painted. ↩
In Spanish in the original: Coro. ↩
Lèse-arts: Marie’s coinage, modelled on lèse-majesté (high treason). The parenthetical “(lézards, pour les lecteurs du Pays)” — “(lizards, for readers of Le Pays)” — is a wordplay: lèse-arts sounds like lézards (lizards); Le Pays was a conservative Bonapartist newspaper. ↩