Friday, 16 July 1880
Vendredi 16 juillet 1880
Julian trouve tres bien, tres bien, ma peinture et Amelie est obligee de dire que ce n'est pas mal, car Julian est plus severe que Tony.
Nous sommes restees jusqu'a six heures a l'atelier. Amelie qui peint Mlle de Villevieille et moi qui peins Miss Richards.
Je suis folle des eloges de Julian.
Nous partons demain et je subis les ennuis de la veille des departs, paquets, etc. etc.
Il est heureux que je parte, sans cela l'atelier n'irait plus si bien. J'en suis, a l'heure qu'il est, le chef inconteste, il n'y a qu'Amelie qui se place avant moi, les autres la mettent apres.
Je donne des conseils, j'amuse, on s'extasie devant mon oeuvre; je mets de la coquetterie a etre bonne, gentille, obligeante, a me faire aimer, a aimer les camarades en peine de mes precieux conseils et a les consoler par des fruits ou des glaces.
L'autre jour, je suis sortie et on se mit aussitot a dire du bien de moi. Mlle Marie del Sarte n'en revenait pas en me le racontant, et Magdeleine, qui dessine comme vous savez, veut se mettre a peindre et se met sous mon aile pour les conseils. Il est vrai que j'enseigne parfaitement; si je peignais comme j'enseigne, je serais fort contente.
En somme, que voulez-vous, c'est toujours ca que d'etre un professeur epatant. Julian regrette que je ne puisse pousser plus loin cette tete qui "serait une chose d'exposition".
"Ca, a du temperament, c'est nature, c'est franc, c'est vivant".
La petite est une tete originale: de tres grands yeux, des paupieres enormes, l'arcade sourciliere enorme, des sourcils un peu etonnes, un nez retrousse, une jolie bouche, un teint charmant; elle est jeune, mais il y a je ne sais quoi de fletri, qui ne deplait pas pourtant. Des cheveux d'or que je crois teints, mais qui sont admirables, arranges en criniere de lion sur un fond gros vert.