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Friday, 23 May 1879
So yesterday I went and listened at the door to what my respectable family was saying. And I believe that this time I shall preserve no more illusions concerning any of these people.Vendredi 23 mai 1879
For two hours I listened to them consoling one another and quieting their consciences by heaping all the blame on me and saying I am punished by heaven because I persecute the wretched Georges. Everything that strangers and enemies might say — it was all said. I was slandered, I was defiled, I was degraded. Every one of my vanities was wounded, and thick dirty fingers were run over every wound my love has suffered since I became a young lady. And I no longer believe it is mere stupidity — for when Jeanne, who knows of the persecutions against this wretched Georges, met my mother and said to her: “My dear friend, my dear friend, Marie is right; do not oppose what would deliver you from this shame.”
Pendant deux heures je les ai écoutées se consolant les unes les autres et calmant leur conscience en rejetant toutes les fautes sur moi et en disant que je suis punie par le ciel parce que je persécute le malheureux Georges. Tout ce que des étrangers et des ennemis pourraient dire, on l’a dit. On m’a calomniée, on m’a salie, on m’a avilie. On a froissé toutes mes vanités et on a promené de gros doigts sales sur toutes les blessures de mon amour depuis que je suis jeune fille. Et je ne crois plus que ce soit de la stupidité, car lorsque Jeanne, qui connaît les persécutions contre ce malheureux Georges, a rencontré ma mère en lui disant: chère amie, chère amie, Marie a raison; ne vous opposez pas à ce qu’on vous délivre de cette honte.
— My charming mother replied: “But my dear madame, on the contrary, I wish to be rid of him, and do not doubt that we are taking measures — we have already taken some; what torments and distresses me is that my poor child should compromise herself by sticking her nose into everything.”
— Ma charmante mère a répondu : Mais ma chère madame, au contraire, je désire en être débarrassée et ne doutez pas que nous ne prenions des mesures, nous en avons déjà prises, ce qui me tourmente et me chagrine c’est que ma malheureuse enfant se compromette en fourrant son nez partout.
Inserted item · Annotation de la mère de Marie (M. Bashkirtseff mère), 1905
[Annotation: 1905. For all of us, and above all for me, our unfortunate brother was a misfortune, and it was only to calm my adorable and adored Marie that I opposed her. M. Bashkirtseff, mother. 1905]
[Annotation: 1905. pour nous tous et surtout pour moi, notre malheureux frère était un malheur et ce n’est que pour calmer mon adorable et adorée Marie que je l’ai contrariée. M. Bashkirtseff mère.1905]
She was telling this to the ladies while I listened at the door, and she added, weeping, that I am a monster to expose her brother, whom she loves and wishes to protect. So that I should be delivered up to scandal, that only a week ago this wretch should come and shout horrors in French under our windows and say in every tavern that his sisters are thieves and I a madwoman and a girl who drags herself through all the low haunts of Paris — that is nothing. And if this wretch is seized by the police for swindling and forgery and scandals and offences against public decency, on the complaint of the Comptoir Russe, which he swindled, then it is my fault: it is I who basely denounced him to the police this winter, and it is God who will punish me for it.
Elle le racontait à ces dames pendant que j’écoutais à la porte, et elle ajoutait en pleurant que je suis un monstre de présenter son frère qu’elle aime et qu’elle veut protéger. Ainsi que je sois livrée aux scandales et que ce malheureux il y a huit jours encore vienne crier des horreurs en français sous nos fenêtres et qu’il dise dans tous les cabarets que ses sœurs sont des voleuses et moi une furieuse et une fille qui se traîne dans tous les mauvais lieux de Paris, ça ne fait rien. Et que ce malheureux soit empoigné par la police pour escroqueries et faux et scandales et outrages aux mœurs sur la plainte du Comptoir Russe qu’il a escroqué, alors c’est ma faute, c’est moi qui l’ai lâchement dénoncé à la police cet hiver et c’est Dieu qui m’en punira.
— There is no need to run away, I said, opening the door very calmly; I have only a few words to say to you, and I shall not do you the honour of a scene. That was all very well in the days when I imagined that what you said to my face was pique, irritation, family quarrels. I have just spent nearly three hours listening to the filth and the infamies you were saying about me to justify yourselves and soothe your consciences a little.
- Il n’y a pas besoin de vous enfuir, dis-je en ouvrant la porte très calmement, je n’ai que quelques mots à vous dire, je ne vous ferai pas l’honneur d’une scène. C’était bon au temps où je m’imaginais que ce que vous me disiez en face était du dépit, des irritations, des querelles en famille. Je viens de rester près de trois heures à écouter les saletés et les infamies que vous disiez sur moi pour vous justifier et calmer un peu vos consciences.
For to learn the truth with liars like you, one must listen at doors. Now I know enough; I am finished, and I repeat that I shall not even insult you. You are strangers and enemies. You will not see me; I shall eat alone.
Car pour savoir la vérité avec des menteurs comme vous il faut écouter aux portes. Maintenant j’en sais assez, j’ai fini et je vous répète que je ne vous insulterai même pas. Vous êtes des étrangers et des ennemis. Vous ne me verrez pas, je mangerai seule.
You know that one does not hear with impunity what I have heard... never, never did I suspect it. They do not even love me. What I get from them I owe to their cowardice and their stupidity. They are my most dangerous enemies, for one word from them counts for more than an enormous slander from a stranger.
Vous savez que l’on n’entend pas impunément ce que j’ai entendu... jamais, jamais je n’ai soupçonné cela. On ne m’aime même pas. Ce que j’en obtiens c’est de leur lâcheté et de leur bêtise. Ce sont mes plus dangereux ennemis, car une parole d’eux vaut plus qu’une calomnie énorme d’un étranger.
It is, I think, one of the greatest collapses one can suffer in life. And what is most painful is having to live with these people. I do not want to see them at all for some time; afterwards I shall have to... but it will never, never be as it was before. There had already been scenes between us that one does not forget; this time it is the end, for me at least. These creatures think I am sulking and that it is already passing, because the Karageorgevitches are dining here this evening and I dined with everyone. They dared to speak to me. Last night I did not write, I was too shaken; now I am calm and I am telling you all this. There are things one does not forgive oneself. They bewailed my misfortunes, saying that Antonelli had abandoned me not because of the reports from Nice but because of my conduct.
C’est je crois un des plus grands effondrements qu’on puisse avoir dans sa vie. Et ce qui est pénible surtout c’est de vivre avec ces gens-là. Je ne veux plus les voir du tout pendant quelque temps, après il faudra bien... mais ce ne sera plus jamais, jamais comme avant. Déjà il s’était passé entre nous des scènes qu’on n’oublie pas, cette fois c’est la fin, pour moi du moins. Ces créatures pensent que je boude et que cela se passe déjà parce que les Karageorgevitch dînent ce soir, j’ai dîné avec tout le monde. Elles ont osé me parler. Hier soir je n’ai pas écrit, j’étais trop émue, à présent je suis calme et je vous raconte cela. Certaines choses on ne se les pardonne pas à soi-même. Elles ont déploré mes malheurs en disant qu’Antonelli ne m’avait pas abandonnée à cause des renseignements de Nice mais bien à cause de ma conduite.
So they conclude that I am furious with them because Antonelli abandoned me. And things of that sort. That needs no comment, does it? I must say that when I told them I had been listening for two hours, the effect was great, and these wretched and excellent people were so flustered that I wanted to laugh.
Alors elles déduisent que je suis furieuse contre elles parce que Antonelli m’a abandonnée. Et des choses dans ce genre. Ça se passe de commentaires n’est-ce pas. Je dois dire que lorsque j’eus dit que j’étais depuis deux heures à écouter, l’effet a été grand et ces malheureuses et excellentes personnes se sont troublées au point que j’ai eu envie de rire.
Not only to Antonelli — they would give me to anyone at all; and I thought they wanted kings! And I believe I would as soon receive a slap in the face as see myself regarded in this way by people I thought proud, and even inclined to think far too much of me.
Non seulement à Antonelli, elles me donneraient à n’importe qui, moi qui pensais qu’elles voulaient des rois. Et je crois que j’aimerais autant recevoir un soufflet que de me voir ainsi considérée par des gens que je pensais fiers et même trop exagérés sur mon compte.
So they would have given me to that little Italian, and to anyone else. I have never seen a man pay court to me whom they did not think worthy of me; only I believed they were pretending... to swell my conquests out of vanity. Oh yes, indeed! Well, all this is thoroughly disgusting. There is nothing else to be said. Most disgusting.
Ainsi elles m’auraient donnée à ce petit Italien et à n’importe quel autre. Je n’ai jamais vu d’homme me faisant la cour qu’elles ne pensaient pas digne de moi, seulement je croyais qu’elles faisaient semblant... pour grossir mes conquêtes par vanité. Ah! bien oui. Enfin tout cela est bien dégoûtant. On ne peut dire autre chose. Très dégoûtant.
So I was to be ruined by these people, tarnished by their scandals (begun before I was born); so I was to suffer from their ill-ordered life, from their lack of tact, from their existence — honest enough on the whole, but disorderly, and with every appearance of wrong; so I was to be the victim of all their blunders — and it is my fault. And if at sixteen or seventeen I was imprudent, or simply thoughtless in what I said, then I was misbehaving. Did these virtuous women ever give me any notion of what is proper or improper in society, and of how a young girl ought to conduct herself? It is I who, through much vexation, managed to learn how to behave, and it is I who teach them every day; and in spite of that they sometimes commit such follies that one would like to sink into the ground. But these are useless recriminations, unworthy of me. They did tell me that kissing men was wrong, but that physical fact is a very small thing beside all the knowledge one needs to keep a good standing in people’s minds and to make oneself respected — of which these virtuous persons know not a word.
Ainsi, j’aurais été perdue par ces gens-là, ternie par leurs scandales, (commencés avant ma naissance) ainsi j’aurais souffert de leur vie mal organisée, de leur manque de tact, de leur existence assez honnête en somme, mais en désordre, mais avec toutes les apparences du mal; ainsi j’aurais été victime de toutes leurs maladresses, et c’est ma faute. Et à seize ou dix-sept ans si j’ai été imprudente ou simplement étourdie en paroles, alors je me conduisais mal. Est-ce que ces vertueuses femmes m’ont jamais donné l’idée de ce qui est convenable ou inconvenant dans le monde et de comment doit se tenir une jeune fille ? C’est moi qui, à force d’ennuis, suis parvenue à savoir vivre et c’est moi qui le leur apprend tous les jours et malgré cela elles commettent de telles bêtises quelquefois qu’on voudrait être sous terre. Mais voilà des récriminations inutiles et indignes de moi. Elles m’ont bien dit que s’embrasser avec les hommes était mal mais ce fait matériel, est bien peu de choses à côté de toute cette science qu’il faut pour se bien maintenir dans l’esprit des gens et se faire respecter, et dont ces vertueuses personnes ne savent pas un mot.
It is dirty, it is sickening. Because it is my family, I supposed it to have both delicacy and loftiness of feeling... and there is nothing of the kind, absolutely nothing. They are narrow, ordinary people, dulled by their misfortunes.
C’est sale, c’est écœurant. Parce que c’est ma famille, je lui supposais et des délicatesses et des élévations... et il n’en n’est rien, absolument rien. Ce sont des gens bornés, ordinaires et abrutis par leurs malheurs.
And I am well and truly all alone.
Et je suis bel et bien toute seule.
This evening’s Le Pays is weak — the article is poor; the man has diminished.
« Le Pays » de ce soir est faible, l’article est mauvais; l’homme a diminué.
There is yet another false knight — false in delicacy, false in loyalty, false in courage.
En voilà encore un faux chevalier, faux délicat, faux loyal, faux brave.