❦
Tuesday, 25 February 1879
Mardi, 25 février 1879
We celebrated Carnival all day long. We were completely disguised, and I amused myself greatly accosting everyone during the two hours of the carriage parade.
Nous avons fêté toute la journée Carnaval. Nous étions entièrement déguisés et je me suis beaucoup amusée à interpeller tout le monde, pendant les deux heures qu’a duré le défilé en voitures.
The funniest thing was to call English people who had come here for their health “Arthur” or “Ernest” and tell them: “Your wife is cheating on you.” Or to cry at strangers that I am Ernestine, that they are perfidious, and that I shall have my revenge. All that is well-worn, silly if you like — but once one is in the swing of it one can bring about rather amusing situations and snatches of dialogue. Paul is very sweet; he talks nonsense to everyone in the street.
Le plus drôle c’était d’appeler Arthur ou Ernest des Anglais venus ici pour leur santé et de leur dire que: Ta femme te trompe. Ou de crier à des inconnus que je suis Ernestine, qu’ils sont des perfides et que je me vengerai. Tout ça est connu, bête, si l’on veut mais quand on est en train on peut amener des situations et des bouts de dialogues assez drôles. Paul est très gentil, il dit des bêtises à tout le monde dans la rue.
The day before yesterday we took into our carriage a Russian entirely unknown to us and stunned him for half an hour. In the midst of the festivities Paul leaves us and creates an amusing incident — here it is, as told by the hero himself. Madame Tutcheff, Mademoiselle and Monsieur Eristoff are at the grandstand. Paul goes to find them and takes his place behind them; then as they were preparing to leave he blocks the prince’s path. The prince politely begs him to let the ladies pass — and as the green domino paid no heed to the request, he said to him, laughing:
Avant-hier nous avons pris dans notre voiture un Russe totalement inconnu et nous l’avons abassourdi pendant une demi-heure. Au milieu de la fête Paul nous quitte et créé un incident amusant, le voici d’après les paroles du héros. Mme Tutcheff, Mlle et M. Eristoff sont à la tribune. Paul va les trouver et se place derrière eux puis comme ils s’apprêtaient à partir il barre le passage au prince qui le prie poliment de laisser passer ces dames et comme le domino vert ne tenait pas compte de la prière il lui dit en riant:
— Come now, mask, let us pass.
- Allons, masque, laisse-nous passer.
— No, replied the domino, no I shall not let you pass. And he removed his mask.
- Non, répond le domino, non je ne vous laisserai pas passer. Et il ôte son masque.
Tableau
Tableau
— My dear Monsieur, I am very glad to meet you. For two years I have been looking for you — but you hide like the coward you are.
- Mon cher Monsieur, je suis bien aise de vous rencontrer. Voilà deux ans que je vous cherche mais vous vous cachez comme un lâche que vous êtes.
— But Monsieur, but Monsieur — what do you want with me, what have you against me? We parted as good friends at Gavronzi — speak Russian, I beg you — he added in Russian.
- Mais Monsieur, mais Monsieur que me voulez-vous, qu’avez-vous contre moi ? Nous nous sommes quittés bons amis à Gavronzi, parlez russe je vous prie - ajouta-t-il en russe.
— I beg you to speak French, Monsieur; I wish everyone to know what a scoundrel you are.
- Je vous prie de parler français Monsieur, je désire que tout le monde sache quelle canaille vous êtes.
Another man would have leapt at him, but Monsieur Eristoff is not one to be feared; Uncle Alexandre has told me fifty times that he is an imbecile, but this beats everything.
Un autre eut bondi, mais M. Eristoff n’est pas à craindre; l’oncle Alexandre m’a dit cinquante fois que c’est un imbécile mais ceci dépasse.
— Monsieur, allow me to see these ladies home and I am at your disposal.
- Monsieur laissez-moi reconduire ces dames et je suis à vos ordres.
— Oh no, you will hide. Take off your wire mask so that I may slap your face, since nothing else has any effect.
- Oh ! non, vous vous cacherez. Otez votre masque de fil de fer que je vous donne un soufflet, puisque rien n’y fait.
— There is no need to slap anyone’s face; you know my address, I am at your disposal. I shall give you whatever explanation you wish. Besides, what have I done to you?
- Il est inutile de donner un soufflet, vous savez mon adresse, je suis à vos ordres. Je vous donnerai l’explication que vous voudrez. D’ailleurs que vous ai-je fait ?
— A great deal, to my family and to me; it is to me that you shall answer for all these vile acts.
- Beaucoup à ma famille et à moi; c’est à moi que vous répondrez de toutes ces vilenies.
— I swear to you that I have done nothing, I give you my word of honour...
- Je vous jure que je n’ai rien fait, je vous donne ma parole d’honneur...
— You have no honour, and besides it is not you — you are too stupid — it is your old mistress who puts you up to it!
- Vous n’avez pas d’honneur et d’ailleurs ce n’est pas vous, vous êtes trop bête c’est votre vieille maîtresse qui vous pousse !
— I am at your disposal, Monsieur.
- Je suis à vos ordres Monsieur.
— That is all I ask, only I shall follow you, otherwise you will run away.
- Je ne demande que cela seulement je vais vous suivre, autrement vous vous enfuirez.
— Very well, Monsieur.
- Très bien Monsieur.
They were nearing the carriage when the footman came running to call Monsieur the prince.
On s’approchait de la voiture lorsque le valet de pied accourut appeler Monsieur le prince.
— You see, Monsieur, I must accompany my ladies.
- Vous voyez Monsieur, je dois accompagner mes dames.
And he jumps into the carriage, but Paul, pushing the footman aside, lowered the window and said to Winslaw and to another gentleman who was there by the carriage:
Et il saute dans la voiture mais Paul écartant le valet de pied baissa la glace et dit à Winslaw et à un autre monsieur qui était là près de la voiture:
— I told you he was a coward and that he would hide.
- Je vous avais bien dit qu’il était un lâche et qu’il se cacherait.
Then he came to join us and tell us about the affair. I am pleased. It is a somewhat belated energy, it is true, but better late than never. Paul is nineteen, but no one ever takes him for less than twenty-five. He is a big fellow built like a colossus, and a being like that must make himself respected. From a dreadful scamp he has become calm, good and honest. He never lies. Maman is frightened at once, and if he listened to her people could spit in his face. Ordinary mothers are cowards. Fortunately his sister is there. He feels it, and he comes to me. But what do you think of the prince? No doubt he was afraid of being beaten. It seems he does not consider himself the insulted party. But if here there is the mother, there there is the mistress — and the man’s stupidity, which is truly astonishing. One can frighten people like that! That would be good. Eristoff will never fight. I shall take steps tomorrow. But to finish the day. Dourassoff introduces his friend Obidine. We dine at the London House in half-masks and dominos. Then carriages, flowers, laughter, shouts. There are six of us in the carriage, all masked.
Puis il vint nous retrouver et nous raconter l’affaire. Je suis contente. C’est une énergie un peu tardive, il est vrai mais cela vaut mieux que jamais. Paul a dix-neuf ans mais on ne lui en donne jamais moins de vingt-cinq. C’est un grand garçon bâti comme un colosse et un être pareil doit se faire respecter. D’affreux garnement il est devenu calme, bon et honnête. Il ne ment jamais. Maman a tout de suite peur et s’il l’écoutait on pourrait lui cracher au visage. Les mères ordinaires sont lâches. Heureusement la sœur est là. Il le sent et il vient à moi. Mais que dites- vous du prince ? Il a craint sans doute d’être battu. Il paraît qu’il ne se considère pas comme l’insulté. Mais si ici il y a la mère, là il y a la maîtresse et la bêtise de l’homme qui est vraiment étonnante. On peut faire peur à ces gens-là ! Ce serait bien. Eristoff ne se battra jamais. Je prendrai mes mesures demain. Finissons la journée. Dourassoff présente son ami Obidine. Nous dînons au London House en loups et dominos. Puis des voitures, des fleurs, des rires, des cris. Nous sommes six en voiture et tous masqués.
An enormous crowd everywhere; we were like the Tsar passing by, to whom people cry hurrah! — because we were shouting, which made everyone else shout.
Une foule énorme partout, nous étions comme le czar qui passe et auquel on crie hourrah ! parce que nous criions ce qui faisait crier tout le monde.
The procession went on foot — we did not go, in any case; we admired the fireworks from the grandstand. These good, these excellent Niçois. Having grown up among them, I love them! I detest the people of the North. I spoke to everyone — to common folk — and all answered nicely. Not one impertinence, not one vulgarity. At last, when everything was over and the Poor Carnival burned, we had tea at Rumpelmayer’s, and to continue the running joke of the day each of us asked the serving girl every time she passed whether Monsieur Gautier had arrived. That came to a good twenty-five times in all.
Le corso se faisait à pied, d’ailleurs nous n’y sommes pas allés, nous avons admiré le feu d’artifice de la tribune. Ces bons, ces excellents Niçois. Grandie parmi eux, je les aime ! Je déteste les gens du Nord. J’ai parlé à tout le monde, aux gens du peuple et tous ont bien répondu. Pas une impertinence, pas une platitude. Enfin comme tout était fini et le Pauvre Carnaval brûlé nous avons pris du thé chez Rumpelmayer et pour continuer les scies de la journée chacun de nous a demandé à la demoiselle de service chaque fois qu’elle passait si M. Gautier n’était pas arrivé. Ça a bien fait vingt-cinq fois en tout.