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Thursday, 2 January 1879
Jeudi, 2 janvier 1879
What I envy is the freedom to walk alone, to come and go, to sit on the benches in the Tuileries gardens and especially the Luxembourg, to stop at the windows of art shops, to enter churches, museums, to walk in the evenings through the old streets — that is what I envy, and that is the freedom without which one cannot become a great artist. Do you think one gets anything out of what one sees when one is accompanied, or when, to go to the Louvre, one must wait for one’s carriage, one’s lady companion or one’s family?
Ce que j’envie c’est la liberté de se promener tout seul, d’aller, de venir, de s’asseoir sur les bancs des jardins des Tuileries et surtout du Luxembourg, de s’arrêter aux vitrines artistiques, d’entrer dans les églises, les musées, de se promener lé soir dans les vieilles rues, voilà ce que j’envie et voilà la liberté sans laquelle on ne pas devenir un grand artiste. Vous croyez qu’on profite de ce qu’on voit quand on est accompagnée ou quand pour aller au Louvre, il faut attendre sa voiture, sa demoiselle de compagnie ou sa famille ?
Ah! Blast it all. This is when I rage at being a woman. I shall arrange things. Some plain clothes and a wig — I shall make myself so ugly that I shall be free as a man. That is the freedom I lack, and without which one cannot seriously hope to become anything.
Ah ! cré nom d’un chien. Voilà quand je rage d’être femme. Je vais m’arranger. Des habits bourgeois et une perruque, je me ferai si laide que je serai libre comme un homme. Voilà la liberté qui me manque et sans laquelle on ne peut pas arriver sérieusement à être quelque chose.
Thought is shackled as a result of this stupid, nerve-racking constraint. Even disguised, even made ugly, I am only half free, and a woman wandering about alone is courting trouble. And in Italy, and in Rome! To go in a landau to see ruins?!
La pensée est enchaînée par suite de cette gêne stupide et énervante. Même en me déguisant, en m’enlaidissant, je ne suis qu’à moitié libre et une femme qui rode est une imprudence. Et en Italie, et à Rome ! Aller en landau voir des ruines ?!
— Where are you going, Marie?
- Ou vas-tu Marie ?
— Why, to see the Colosseum.
- Mais voir le Colisée.
— But you have already seen it!
- Mais tu l’as déjà vu !
— Let us go to the theatre or to the promenade; there will be a crowd.
- Allons au théâtre ou à la promenade, il y aura foule.
And that is enough to make one’s wings droop.
Et cela suffit pour que les ailes tombent.
This is one of the great reasons why there are no women artists. Oh, crass ignorance — oh, savage routine! It is not worth talking about!
C’est une des grandes raisons pour lesquelles il n’y a pas d’artistes femmes. Oh ! crasse ignorance, ô sauvage routine. Ce n’est pas la peine de parler !
Even if one said sensible things, one would be exposed to those common, age-old jibes that are heaped on the apostles of women. Besides, I think people are right to laugh. Women will never be anything but women! And yet... if they were brought up in the same way [as men], the inequality I deplore would be nil, and there would remain only the one that is inherent in nature itself. Well, whatever I say, one must shout and make oneself ridiculous (I shall leave that task to others) to obtain this equality in a hundred years.
Quand même on dirait des choses sensées on serait sous le coup de ces moqueries communes et anciennes dont on accable les apôtres des femmes. D’ailleurs je crois qu’on a raison de rire. Les femmes ne seront jamais que des femmes ! Mais pourtant... si on les élevait de la même manière, [que les hommes] l’inégalité que je déplore serait nulle et il ne resterait que celle qui est inhérente à la nature même. Eh bien quoi que je dise, il faut crier et se rendre ridicule (je laisserai ce soin à d’autres) pour obtenir cette égalité dans cent ans.
I, for my part, shall try to give it to society by showing it a woman who will have become something despite all the disadvantages with which society burdens her.
Moi je tâcherai de la donner la société en lui montrant une femme qui sera devenue quelque chose malgré tous les désavantages dont la comble la société.