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Thursday, 3 October 1878
God bless me if I know... Yes, Doenhoff dined with us yesterday and I was even pretty... This gentleman, as you know, is seeking to remarry a wealthy young lady, and I please him well enough. Good Lord — if he were given an embassy in Paris or Rome, I should very much like... Madrid and London would still pass. But to live in Prussia at the court of Prince Charles or of the Emperor... that does not suit me with a husband like Doenhoff.Jeudi 3 octobre 1878
I have letters from Abaza and from Florence — I am decidedly not going to stay with Florence; I prefer the Exposition and the rest... the atelier. But you must have found a letter from Mouzay here, which is interesting to me and almost precious, for she is an intelligent woman, though common and mad.
J’ai des lettres d’Abaza et de Florence chez laquelle je ne vais décidément pas, je préfère l’Exposition et le reste... l’atelier. Mais vous avez dû trouver là une lettre de Mouzay qui est curieuse pour moi et presque précieuse, car c’est une femme intelligente quoique commune et folle.
Copied letter · Lettre de Mme F. de Mouzay à Marie, samedi [28 septembre 1878]Saturday [28 September 1878]Samedi [28 septembre 1878]In your better hours, dear Moussia, you are yourself — that is to say, the warm-hearted child and the amiable young woman! That, believe me, is worth more than ill-bred brusqueness and lapses from politeness and good manners. At fifty, originality is a flower one puts in one’s white hair; but in fair hair it is a thistle that only asses will condescend to eat!! When those around you tell you that a foolish thing is charming, you have wit enough not to feel that you are playing a false note in the human concert — you look at me, divine me, and know where you stand... You hold all the trumps needed to win the game, but you must hold your cards better. Trust in my old affection of eight years in your life, little Moussia — that is something. I adore your nature; I abominate your faults; I feel that my heart would make me snatch you from the flames — cross all Europe to come to your rescue — and yet at certain moments I would throw you out of the window! Perhaps, with all my grumbling, I am the only friend who truly wishes your happiness. In ten years, when you know life, you will know whether I speak truly. See how I brought up my daughter — and yet you will admit that in talent and worth, Marie is a person of uncommon quality. My dear Moussia, believe me — I know life and its consequences better than anyone! Society has but one code, especially for all those born to it: money, wit, talent — these are enquired into only to be envied or exploited, a fine harvest! Goodness and charm — those are the two sole forces of a woman, the only two qualities ever cited, even to the credit of princesses! On that note, thank you, my dear; your Russian concert gave me only its second half — I had people to luncheon. But it made me weep.à votre heure chère Moussia, vous êtes vous-même, c’est-à-dire l’enfant plein de cœur et la jeune fille aimable ! Cela, croyez-moi vaut mieux que des brusqueries de mauvais goût, et des entorses à la politesse et au savoir-vivre; à cinquante ans l’originalité est une fleur qu’on met dans ses cheveux blancs, mais dans des cheveux blonds c’est un chardon que les ânes seuls veuillent bien manger !! Quand on vous dit autour de vous qu’une bêtise est charmante vous avez assez d’esprit pour ne pas sentir que vous jouez faux dans le concert humain, vous me regardez, me devinez, et savez à quoi vous en tenir... Vous avez tous les atouts dans la main pour gagner la partie, mais tenez mieux vos cartes ? Croyez en ma vieille affection de 8 ans dans votre vie, petite Moussia c’est quelque chose ?? j’adore votre nature, j’abomine vos travers, je sens que mon cœur me ferait vous arracher des flammes à traverser l’Europe pour aller à votre secours, et dans certains moments je vous jetterais par la fenêtre ! je suis peut-être avec mes bougonneries la seule amie qui veuille votre bonheur vrai. Dans dix ans, lorsque vous connaîtrez la vie vous saurez si je parle vrai ? Voyez comme j’ai élevée ma fille et pourtant vous avouerez qu’en talent et en valeur Marie est une individualité peu commune ? Ma chérie Moussia, croyez bien que je sais mieux la vie et ses conséquences que personne ! La société n’a qu’un code, surtout pour tous ceux qui sont nés; l’argent, l’esprit, le talent, on ne s’enquiert de cela que pour la jalouser ou l’exploiter, belle récolte ! La bonté et le charme voilà les deux seules forces de la femme, les deux qualités qu’on citent seules, à l’actif même des princesses ! Sur ce, merci mignonne, votre concert russe ne m’a donné que sa seconde partie? J’avais du monde à déjeuner. Mais il m’a fait pleuré.I embrace you with all my heart.Je vous embrasse de tout mon cœur.F. de MouzayF. de Mouzay
Today we spent nearly four hours at an international dramatic and musical matinée.
Aujourd’hui nous sommes restés près de quatre heures à une matinée dramatique et musicale internationale.
They performed excerpts from Aristophanes in hideous costumes — so abridged, rearranged, and remade that it was dreadful. What was superb was a dramatic recitation, Christopher Columbus, delivered in Italian by Rossi.1 What a voice, what intonations, what expression, what naturalness! It was better than music... I believe it would seem admirable even to one who did not understand Italian. While I listened to him I adored him almost as much as the Deceased.
On a donné des morceaux d’Aristophane en d’affreux costumes et puis tellement abrégés, arrangés et refaits que c’était affreux. Ce qui a été superbe c’est un récit dramatique Christophe Colomb, dit en italien par Rossi. Quel organe, quelles intonations, quelle expression, quel naturel ! C’était mieux que de la musique... Je crois que cela paraîtrait admirable même si on ne comprenait pas l’Italien. Pendant que je l’écoutais je l’adorais presque autant que le Défunt.
Ah! what power the spoken word has, even when it is learnt, even when it is not eloquence. The handsome Mounet-Sully recited afterwards... but I shall not even speak of it.
Ah ! quelle puissance que la parole même quand elle est apprise, même quand cela n’est pas de l’éloquence. Le beau Mounet-Sully a récité ensuite... mais je n’en parlerai même pas.
Rossi creates great art; he is a great artist at heart. I saw him at the exit speaking to two other men — he is common... he is an actor. But an artist of that degree must have a certain greatness of character even in daily life; I saw it in his eyes. He cannot be a perfectly ordinary man — but the charm exists only while he speaks... oh! then it is marvellous... The nihilists who mock the Arts!
Rossi fait du grand art, c’est un grand artiste dans l’âme; je l’ai vu à la sortie parlant à deux autres hommes, il est commun... c’est un acteur, mais un artiste à ce point doit avoir une certaine grandeur de caractère même dans la vie de tous les jours, je l’ai vu dans ses yeux; ce ne peut être un homme tout à fait ordinaire, mais le charme n’existe que tant qu’il parle... oh ! alors c’est merveilleux... Les nihilistes qui se moquent des Arts !
What a dreadful existence. What an impossible existence! If I were intelligent I should know how to extricate myself. But I am only intelligent on trust — and at that, only my own word for it. Where have I proved or shown my intelligence? In bantering with Cassagnac?! That was the sole occasion I had to reveal my high talents... A poor occasion at that: Cassagnac is not a man to — he had too much the reputation of a ladies’ man for it to be taken seriously. I see no one. Come now! Come now, all you like — miracles do not exist; I see absolutely no one, save the rare imbecile to whom I say banalities pitched to his level, or things that bowl him over. That is life for me! And a circle of people who are stupid, tedious, nagging! Were it not for a kind of pride I should say I have had enough and renounce all the struggles!
Quelle affreuse existence. Quelle impossible existence ! Si j’étais intelligente je saurais bien me tirer de là. Mais je ne suis intelligente que sur parole et encore rien que ma parole à moi. Ou ai-je prouvé, montré mon esprit ? En blaguant avec Cassagnac ?!! C’était la seule occasion que j’avais de révéler mes hauts talents... Occasion peu propice, Cassagnac n’est pas homme à ... il avait trop la réputation de, coureur pour que cela soit sérieux. Je ne vois personne . Allons donc ! allons donc, tant que vous voudrez, les miracles n’existent pas, je ne vois absolument personne, sauf rarement quelque imbécile auquel je dis des banalités à sa portée ou des choses qui le renversent. Voilà la vie pour moi ! Et un entourage, sot, ennuyeux, tracassier !! Si ce n’était une sorte d’orgueil je dirais que j’en ai assez et que je renonce à toutes les luttes !
You will form an idea of our household if I tell you that my greatest happiness is to be alone — alone I am never bored, but I revolt because it is a forced solitude.
Enfin vous vous ferez une idée de notre intérieur si je vous dis que mon plus grand bonheur est d’être seule, seule je ne m’ennuie jamais mais je me révolte parce que c’est une solitude forcée.
If we were entirely unknown it would be entirely easy — but the Nice background... Suppose Mme Gavini speaks of us to her friends: all Europe has passed through Nice. Either people will not know us, or they will say we went nowhere. Let ten people repeat it and it will seem extraordinary, then suspicious. In short, what is to be done? Temporise like some Fabius?2
Si nous étions tout à fait inconnus ce serait tout à fait facile, mais les antécédents de Nice... Supposez que Mme Gavini parle de nous à ses amis, toute l’Europe a passé par Nice. Ou bien on ne nous connaîtra pas, ou bien on dira que nous n’allions nulle part. Que dix personnes le répètent et cela paraîtra extraordinaire, puis louche. Enfin que faire ? Temporiser comme un Fabius quelconque ?
They are stupid, impractical, bourgeois, deadly dull, nagging! What a martyrdom! I swear that at moments one would give the devil everything — pride and all — and wish to die like a dog to escape these family pastimes. These evenings! Impossible to hide: my salon is next to theirs; an absurdity on their part provokes a reply or observation from me, and then a war of words without rhyme or reason, in which I appear as a sort of monster. For they cry at me: you would do better not to do this or that — they will say you do such a thing, they will say you will do another. At bottom they seem to be forewarning me — and that is precisely what is atrocious. One would have to be an idiot or horribly cunning to act and speak in such a way.
Ils sont stupides, ils ne sont pas pratiques, ils sont bourgeois, ils sont assomants, tracassiers ! Quel martyre ! Je vous jure que par moments on donnerait au diable et l’orgueil et tout au monde et que l’on aimerait mourir comme un chien pour échapper à ces passe-temps de famille. Ces soirées !! Impossible de me cacher, mon salon est à côté du leur; une absurdité chez eux amène une réponse ou une observation chez moi et alors une querelle de mots qui n’a ni queue ni tête, et où j’apparais comme une sorte de monstre. Car on me crie: tu ferais mieux de ne pas faire ça ou ça, on dira que tu fais telle chose, on dira que tu feras telle autre. Au fond on a l’air de me prémunir, et c’est justement ce qui est atroce. Il faut être idiot ou horriblement rusé pour agir et parler de la sorte.
“She will scream all day” — or else:
- Elle va crier toute la journée - ou bien
“Nadine, do not answer — otherwise she will break everything.”
- Nadine, ne répondez pas autrement elle cassera tout.
Divine justice! What I would gladly break is my head!
Justice divine ! Ce que je casserais volontiers, c’est ma tête !
Or else they say:
Ou bien on dit:
“What have you done with your young existence? You are the one ruining yourself; you are the cause of everything you reproach us for.”
- Qu’as-tu fait de ta jeune existence ? C’est toi qui te perds, c’est toi qui est cause de tout ce que tu nous reproche.
Either this changes, or I die.
Que cela change ou que je meure.
Notes
In French in the original: Christophe Colomb. Ernesto Rossi (1827–1896), celebrated Italian tragic actor famous for his Shakespeare roles. ↩
Quintus Fabius Maximus Verrucosus (“Cunctator” — the Delayer), Roman dictator who defeated Hannibal through strategic avoidance of battle. The strategy was controversial but ultimately successful. ↩