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Monday, 22 July 1878
Lundi, 22 juillet 1878
Copied letter · Lettre d’A. Multedo à Marie, reçue le 22 juillet 1878 (copie de Marie) · in ItalianMademoiselle, I bless my letter for having irresistibly provoked your counsel. Would that I were as irresistible as my letter. Among your counsels there are some that I accept. There are others that I regard as jests. First, I cannot admit that your guitar arrived in bad condition. It left completely healed of its wound. How can it have come to grief on the way? Next, I cannot believe your precept to be serious; you have too much good sense to think that one ought to fight before having been offended, or even when the offence, being insignificant, has been amply made good. Your ideal Cassagnac himself accepts written reparations. I, who am no swashbuckler but simply a serious man who commands respect coolly and without fuss, may content myself with them too. If you love bravoes and seekers of quarrels, I shall never suit you, for I am accustomed always to act honourably in every circumstance of my life. I shall try to write to you without hope of a reply. However, the verses I sent you the day before yesterday are so bad that I cannot believe you will resist the urge to mock them and send me a scathing letter. One piece of counsel calls for another. Always paying generously, I am going to give you several which, unlike yours, will all be good. I strongly urge you to set them down indelibly and to put them into practice:Mademoiselle, Je bénis ma lettre d’avoir provoqué irrésistiblement vos conseils. Que ne suis-je aussi irrésistible que ma lettre. Parmi vos conseils, il y en a que j’accepte. Il en est d’autres que je considère comme des plaisanteries. D’abord je ne puis pas admettre que votre guitare soit arrivée en mauvais état. Elle est partie complètement guérie de sa blessure. Comment se fait-il qu’elle se soit détraquée en route ? Ensuite je ne peux pas croire sérieux votre précepte; vous avez trop de bon sens pour penser qu’on doit se battre avant d’avoir été offensé ou même quand l’offense étant insignifiante est largement réparée. Votre idéal Cassagnac lui-même, accepte des réparations écrites. Moi qui ne suis pas un pourfendeur mais seulement un homme sérieux se faisant respecter froidement et sans bruit, je puis m’en contenter aussi. Si vous aimez les spadassins, les chercheurs de querelles je ne ferai jamais votre affaire, car j’ai l’habitude d’agir toujours honnêtement dans toutes les circonstances de ma vie. Je vais tâcher de vous écrire sans espoir de réponse. Cependant les vers que je vous ai envoyés avant-hier sont tellement mauvais qu’il m’est impossible de croire que vous résisterez à l’envie de vous en moquer et de m’adresser une lettre d’éreintement.. Un conseil appelle un conseil Payant toujours généreusement je vais vous en donner plusieurs qui à la différence des vôtres, seront tous bons. Je vous engage vivement à les mettre d’une manière indélébile et à les mettre en pratique:I° — The country you choose, the customs you find.1 Since you wish to live in France, learn, however great your repugnance at resembling French young ladies, to be like them in your habits. Content yourself with differing from them by surpassing them, as you do, in charm, wit and beauty! As long as you were in Florence, in Nice, in towns smaller than Paris, you could with impunity appear to act as you pleased. There you set the fashion. In Paris no one dominates absolutely. In seeking to dominate, one cuts oneself off. Besides, it does not become a young lady to stand out from everyone: a young lady without modesty is a monster. Content yourself with being more beautiful and wittier than anyone. That is advantage enough. You are beautiful; you have no need to dress always in white, which in Paris seems too showy, that is to say, hardly proper2. To be witty you need only let the bird of your wit sing, without forever uttering paradoxes, harsh things, mockeries. Prefer the gold of things natural and true to the tinsel of things far-fetched and exaggerated. Wishing to live in Paris, you have the choice between your eternally white costumes, your drives in the carriage all alone, your atelier, your death’s head with which you play incessantly, although that dead man deserves respect, a few elderly women accompanied by their dogs, like two or threeyoung menwhom I have seen at your house and who looked such strange figures, a few young men whom you put to flight with your mockery, candied lemon slices, your interminable memoirs, the Opéra ball — or else less showy costumes, less original habits, such as not going out alone, a little more time at home and less at the atelier, and good French society, which it is so easy for you to enter and in which you could take first place. Try to acquire more modesty of appearance, more kindness towards devoted friends such as myself, more tenderness towards those around you, for instance towards Madame your mother. I fear your anger. I shall stop. Enough for today; show me that you have a heart and wit; tell me that you see I am profoundly devoted to you and that all I have said is just. One more addendum. Why do you call yourself Mlle de Bashkirtzsff? The De does not exist in Russia. Besides, even in France it does not indicate that one is noble. There are people with this particle who are commoners, and others without it who are noble. If in Russia your name is preceded by a particle meaning De, why do you not take it untranslated? One says Prince Gortchakoff, Prince Schouvaloff. One does not say, so far as I know, the Princes de Gortchakoff and de Schouvaloff. That would be originality of the right sort — to take my sermon in this way and profit by such good counsel! I have so high an opinion of you that I almost count on it. For the rest, you cannot doubt the feelings you inspire in me. I lay them at your feet as a respectful homage. A. MultedoI° - Paese che vuoi, essi che trovi. Puisque vous voulez vivre en France, sachez, si grande que soit votre répugnance de ressembler aux jeunes filles françaises, par vos habitudes. Contentez-vous de différer d’elles en les surpassant comme vous le faites par le charme, l’esprit et la beauté ! Tant que vous étiez à Florence, à Nice, dans des villes plus petites que Paris vous pouviez impunément paraître agir à votre guise. Vous y faisiez la mode. A Paris personne ne domine absolument. En voulant dominer on se sépare. D’ailleurs il ne convient pas à une jeune fille de trancher sur tout le monde: une jeune fille sans modestie est un monstre. Contentez-vous d’être plus belle et plus spirituelle que personne. C’est un assez grand avantage. Vous êtes belle, vous n’avez nul besoin de vous vêtir toujours de blanc, ce qui à Paris semble trop voyant, c’est-à-dire peu comme il faut. Pour être spirituelle vous n’avez qu’à laisser chanter l’oiseau de votre esprit, sans dire toujours des paradoxes, des duretés, des railleries. Préférez l’or des choses naturelles et vraies au clinquant des choses cherchées et exagérées. Voulant vivre à Paris vous avez le choix entre vos costumes toujours blancs, vos promenades en voiture toute seule, votre atelier, votre tête de mort avec laquelle vous jouez sans cesse bien que ce mort mérite le respect, quelques femmes âgées accompagnées de leurs chiens comme deux ou troisjeunes gensque j’ai vues chez vous et qui paraissaient de si étranges figures, quelques jeunes gens que vous mettez en fuite par vos railleries, des tranches de citron confites, vos interminables mémoires, le bal de l’Opéra ou bien des costumes moins voyants, des habitudes moins originales comme celle de ne pas sortir seule, un peu plus de séjour à la maison et moins de temps passé à l’atelier, la bonne société française dans laquelle il vous est si facile d’entrer et d’occuper la première place. Tâchez d’acquérir plus de modestie d’apparence, plus de bonté pour vos amis dévoués comme moi, plus de tendresse pour ceux qui vous entourent par exemple pour Mme Votre mère. J’ai peur de votre colère. Je m’arrête. Assez pour aujourd’hui, montrez-moi que vous avez du cœur et de l’esprit, dites-moi que vous voyez que je vous suis profondément dévoué et que tout ce que j’ai dit est juste. Encore une rallonge. Pourquoi vous appelez-vous Mlle de Bashkirtzsff ? Le De n’existe pas en Russie. Au reste il n’indique pas, même en France, qu’on soit noble. Il y a des gens, ayant cette particule, qui sont roturiers, d’autres qui ne l’ont pas et qui le sont. Si en Russie votre nom est précédé d’une particule qui signifie De, pourquoi ne la prenez-vous pas sans la traduire ? On dit le prince Gortchakoff, le prince Schouvaloff. On ne dit pas que je sache les princes de Gortchakoff et de Schouvaloff. C’est cela qui serait de l’originalité de bon chic, de prendre ainsi mon sermont de faire profit d’aussi bons conseils ! J’ai une si haute idée de vous que j’y compte presque. Au reste vous ne pouvez pas douter des sentiments qui m’inspirent à votre égard. Je les mets à vos pieds à titre d’hommage respectueux. A. Multedo
I detest old women accompanied by little dogs — I wage war on my own family over every such matter — but the moment an outsider presumes to find fault, family quarrels vanish; the moment my own are attacked I am there to defend them... just as I shall always be there to defend the weaker and defy the strong. If I have copied this gentleman’s letter in extenso rather than pinning the original itself to one of these pages, it is because the original has already been returned to Mont-de-Marsan without a stroke of my pen.
Je hais les vieilles femmes accompagnées de petits chiens, je fais la guerre aux miens pour toutes choses de ce genre, mais dès qu’un étranger se permet de le trouver mauvais, les querelles de familles disparaissent, dès que les miens sont attaqués je suis là pour les défendre... de même que je serai toujours là pour défendre le plus faible et braver les forts. Si j’ai copié la lettre de ce monsieur in extenso au lieu d’épingler l’original même à une de ces pages c’est que l’original est déjà renvoyé à Mont-de-Marsan sans un trait de plume de moi.
I am not Monsieur Multedo’s intended, and were I so I should find exceedingly improper everything he permits himself to say to me — revealing thus his petty character, his mean-spirited nature that takes its revenge through stupid impertinences upon a witty joke.
Je ne suis pas la fiancée de M. Multedo et l’étais-je que je trouverais excessivement inconvenant tout ce qu’il se permet de me dire, révélant ainsi son petit caractère, sa mesquine nature qui se venge par des inconvenances bêtes d’une plaisanterie spirituelle.
You know what to think of all the things he dares to reproach me with, except one: my drives in the carriage all alone. That is a lie. Once only did I go out alone in our carriage, with our liveries, from the house to the Yorkes’, a dozen houses away; it was to call for Yorke and take a drive with her. I had the misfortune to meet the gentleman who is no swashbuckler and to speak to him at the foot of the stairs, after which I got into the carriage and drove on to Madame Yorke’s.
Vous savez ce que vous devez penser de toutes les choses qu’il ose me reprocher, excepté d’une; mes sorties en voiture toute seule. C’est un mensonge. Une seule fois je suis sortie seule dans notre voiture avec nos livrées, de la maison jusqu’à chez Yorke, une douzaine de maisons à traverser; c’était pour prendre Yorke et promener avec elle. J’ai eu le malheur de rencontrer le monsieur qui n’est pas un pourfendeur et de lui parler au bas de l’escalier, après quoi, je suis montée en voiture et suis allée jusqu’à chez Mme Yorke.
I trembled with anger while copying that letter — I hope he will tremble with humiliation upon receiving it. If Paul de Cassagnac said all those things to me, I would never forgive him — not even him.
J’ai tremblé de colère en copiant cette lettre, j’espère qu’il tremblera d’humiliation en la recevant. Si Paul de Cassagnac me disait toutes ces choses, je ne le lui pardonnerais jamais, même à lui.
As for writing de Bashkirtseff, I never do so, for the very reasons Multedo gives.
Quant à écrire de Bashkirtseff je ne le fais jamais pour les mêmes raisons que donne Multedo.
He takes me very seriously, all the same; when I was rattling off my nonsense and writing jokes, I never thought I should strike so hard.
Il me prend bien au sérieux, tout de même, je ne pensais jamais en débitant mes bêtises et écrivant des plaisanteries toucher si fort.
Harsh things and mockeries, indeed! But, poor man, I say them only to you. With the others I am proud but polite.
Dire des duretés et des railleries, mais pauvre homme, je ne les dis qu’à toi. Avec les autres je suis fière mais polie.
We make the acquaintance of Madame Outine — a woman already thirty-two or thirty-four, but ravishingly beautiful and distinguished, though not elegant. Monsieur Multedo denies Art! He is still at the stage of heads of Romulus for young ladies and Chaplin portraits for exhibitions.3 But I have taken more trouble over him than he deserves. Too strong a criticism is a kind of homage. And he has a right to nothing. I used to mock him; I shall not even do that any more.
Nous faisons connaissance de Mme Outine, femme de trente-deux à trente-quatre ans déjà mais belle à ravir et distinguée quoique pas élégante. Monsieur Multedo nie l’Art ! Il en est aux têtes de Romulus pour les jeunes filles et aux portraits de Chaplin pour les expositions. Mais je m’en suis occupée plus qu’il le mérite. Une trop forte critique est une sorte d’hommage. Et il n’a droit a rien. Je m’en moquais, je ne ferai même plus cela.
As for the society we receive... I shall take my revenge this winter, not on Multedo’s account in particular, but for all the others.
Quant au monde que nous recevons... je pendrai ma revanche cet hiver, non pas à cause de Multedo spécialement mais pour tous les autres.
This Multedo, for all his good upbringing, has at the very least shown a total want of tact.
Ce Multedo malgré sa bonne éducation a pour le moins manqué totalement de tact.
Notes
In Italian in the original: Paese che vuoi, essi che trovi. (evidently for the proverb Paese che vai, usanza che trovi, approximately “When in Rome, do as the Romans do”). ↩
In French in the original: comme il faut. ↩
Charles Chaplin (1825-1891), a fashionable French painter of sentimental portraits of pretty women; considered by serious artists a purveyor of decorative prettiness rather than genuine art. ↩