Diary of Marie Bashkirtseff

If there is anything tedious and stupid, it is gowns that have gone wrong ten times running. Which is to say that I am furious.

Samedi 14 juillet 1877\\nS'il y a quelque chose d'ennuyeux et de stupide, ce sont des robes dix fois de suite manquées. C'est-à-dire que je suis enragée.

I have at last found a townhouse I genuinely want to live in. It is the old Princess Radzivill's, on the Avenue du Bois de Boulogne. There is only one story — very high, like an Italian palace — with admirable outbuildings and service quarters. A magnificent courtyard that the house encloses on three sides; the entrance to the courtyard is on a street parallel to the avenue. On the avenue side there is also an entrance through the garden. They are asking twenty-five thousand francs a year. Therefore it must be five hundred thousand francs to buy. If one could exchange, arrange, and finagle this with — or against — the villa, it would be a true happiness.

J'ai enfin trouvé un hôtel que j'ai réellement envie d'habiter. C'est celui de la vieille princesse Radzivill, à l'avenue du Bois de Boulogne. Il n'y a qu'un étage, très haut, comme un palais italien, les dépendances et les offices admirables. Une cour magnifique que la maison entoure de trois côtés; l'entrée de la cour est dans une rue parallèle à l'avenue. Du côté de l'avenue il y a aussi une entrée par le jardin. On demande vingt-cinq mille francs par an. Donc cela doit être cinq cent mille francs à vendre. Si on pouvait échanger, arranger, tripoter cela avec, ou contre la villa ce serait un vrai bonheur.

I am so immersed in my dreams — that is to say, in my second life — that twenty times the urge has seized me to write it down. It would be stupid to recount! That is to say, I am only happy there; and at every moment I collect myself, resume where I have been interrupted, and continue. For, you see: I have married the Comte de Doenhoff out of spite; Alexandre, out of spite, falls in love with me, and at a decisive refusal shoots himself in the chest; a few hours later, while I still know nothing of this catastrophe, my husband succumbs to an aneurysm or stroke.

Je suis si plongée dans mes rêves, c'est-à-dire dans ma seconde vie que vingt fois l'envie m'a pris de l'écrire. Ce serait stupide à raconter ! C'est-à-dire que je ne suis heureuse que là-bas et à chaque instant je me recueille, je reprends où l'on m'a interrompue et je continue. C'est que, voyez-vous, je me suis mariée de dépit au comte de Doenhoff, Alexandre de dépit devient amoureux de moi et sur un non décisif se tire un coup de pistolet dans la poitrine, au bout de quelques heures et lorsque j'ignore encore ce malheur mon mari succombe à un anévrisme ou apoplexie.

I learn of Alexandre's attempted suicide at almost the same moment, and I run by a secret door all the way to Palazzo 19 (for we are in Florence) to throw myself at the knees of the comtesse.

J'apprends le suicide d'Alexandre presque en même temps et je cours par une porte secrète jusqu'au Palazzo 19 (car nous sommes à Florence) me jeter aux genoux de la comtesse.

I enter amid a very natural tumult; I find the comtesse in a room at the far end of the house — my courage fails me and I fall to my knees on the threshold, unveiling myself. Without a word she seizes my hand; I let myself be drawn down to the ground floor, and find myself before the bed where Alexandre lies unconscious — but alive!

J'entre au milieu d'un tumulte bien naturel, je trouve la comtesse dans une chambre au fond de la maison, le courage me manque et je tombe à genoux sur le seuil de la porte en me dévoilant. Sans rien me dire elle me saisit par la main, je me laisse entraîner jusqu'au rez-de-chaussée et me trouve devant le lit où Alexandre est étendu sans connaissance mais vivant !

I am the first person he recognises! I steal away every night to come sit with him; his mother is my own — she loves me as though I had brought her son back from the dead; indeed, having said to him playfully that I did not love him, he had forty-eight hours of fever. He is better now; last night he slept with his head resting on my shoulder while I looked at him unable to tear my eyes away — happy I!

Je suis la première personne qu'il reconnaît ! Je m'échappe chaque nuit pour venir le veiller, sa mère est la mienne, elle m'aime comme si j'avais ressuscité son fils; en effet lui ayant dit par plaisanterie que je ne l'aimais pas, il eut quarante-huit heures de fièvre. Il va mieux à présent, cette nuit il a dormi la tête appuyée sur mon épaule pendant que je le regardais sans pouvoir en détacher les yeux, heureuse I!

I weep and laugh like a madwoman.

Je pleure et je ris comme une folle.

After two months of anxieties, sufferings, and the delights of attending on him, I see him well enough to go out with his mother. I watch him pass from my window — for I do not go out, being supposed to be mourning my husband. I receive no one. But I must go to Berlin — the Count's position at court obliges me, and then his estates, his son; for he has left a son named Charles in honour of the Prince of Prussia who served as godfather. Alexandre comes to see me every evening; I receive him in a half-lit salon. We sit on a divan, and there, our hands joined, we talk or remain silent for hours together, like two engaged lovers…

Au bout de deux mois d'inquiétudes, de souffrances et de délices de le servir, je le vois assez bien pour sortir avec sa mère. Je le vois passer de ma fenêtre car je ne sors pas et suis sensée pleurer mon mari. Je ne reçois personne. Mais je dois aller à Berlin, l'emploi du comte à la cour m'y oblige, puis ses biens, son fils, car il a laissé un fils nommé Charles en honneur du prince de Prusse qui lui a servi de parrain. Alexandre me vient voir chaque soir, je le reçois dans un salon demi éclairé. Nous nous asseyons sur un divan et là nos mains unies nous causons ou nous nous taisons des heures entières comme deux fiancés...

He knows my ideas on love and honour; he has not said to me a single word that could seem improper to a virgin. Only when after an hour of amorous, divine, celestial silence I dare raise my eyes to him… I find his eyes fixed on me with such tenderness that I pass my hand through his hair, murmuring: Yes, I love you.

Il connaît mes idées sur l'amour et sur l'honneur, il ne m'a pas dit un mot qui pût paraître vif à une vierge. Seulement lorsqu'au bout d'une heure de silence amoureux, divin, céleste, j'ose lever les yeux sur lui... je trouve ses yeux fixés sur moi avec tant de tendresse que je lui passe la main dans les cheveux en murmurant : Oui, je vous aime.

The thought of separating for a month seems dreadful to me. Blanche is so good that she consents to come with me to the country in Prussia, in order to give her brother a pretext to come fetch her at the end of a fortnight. How lonely the comtesse will be!

Nous séparer pour un mois me semble affreux, Blanche est si bonne qu'elle consent à venir avec moi à la campagne en Prusse pour donner à son frère le moyen de la venir chercher au bout de quinze jours. La comtesse sera si seule !

Gaston is dead; his wife has returned to her family. The evening before my departure he came as usual; we did not exchange fifty words. If I were to speak I should dissolve in tears. Eleven o'clock strikes; I make a movement to leave.

Gaston est mort, sa femme est retournée dans sa famille. La veille de mon départ, il est venu comme de coutume; nous n'avons pas échangé cinquante mots. Si je parlais je fondrais en larmes. Onze heures sonnent, je fais un mouvement.

— It is impossible! Alexandre exclaims. Oh! Let me go with you!!

- C'est impossible ! s'écrie Alexandre. Oh ! laissez-moi partir avec vous II

I turn quickly and see that he is weeping, his face hidden in the satin cushion of the divan. If I said a single word I should not leave — or he would remain with me all night.

Je me retourne vivement et je vois qu'il pleure, la figure cachée dans le coussin de satin du divan. Si je disais un mot je ne partirais pas ou bien il resterait avec moi toute la nuit.

— You have seen me weep! he cries — you will laugh!

- Vous m'avez vu pleurer ! s'écrie-t-il, vous rirez !

Instead of answering I seize his hand and kiss it. He has no time to draw it back — I have fled, gesturing him toward the door.

Au lieu de répondre je saisis sa main et la baise. Il n'a pas le temps de la retirer, je me suis enfuie en lui indiquant la porte.

I have left with Blanche; many friends at the station. The comtesse accompanies her daughter; Alexandre arrives with Marcuard.

Je suis partie avec Blanche, beaucoup d'amis à la gare. La comtesse reconduit sa fille, Alexandre arrive avec Marcuard.

At the end of a fortnight I announce to my Prussian friends — who come to knit stockings at my house in order to console me — I announce therefore, and in particular to a viper of an old princess, that Blanche is to leave and that her husband is coming to fetch her. The next day he arrives! I am surprised it is not M. de Mirafiore. The reasons for this substitution are explained to me. I retire early, leaving brother and sister together, and bidding goodbye to my Germans who return to Berlin. No one can recount the silent joys of those who love each other and meet again! Blanche has withdrawn, and we remain until dawn, our hands intertwined. At the moment of parting he kisses my hand twenty times; I let my head fall on his shoulder, he puts his arms around me… I pull away abruptly and flee, pressing a burning kiss upon his brow.

Au bout de deux semaines j'annonce à mes amies de Prusse qui pour me consoler viennent tricoter des bas chez moi, je leur annonce donc et en particulier à une vipère de vieille princesse que Blanche va partir et que son mari doit venir la prendre. Le lendemain il arrive ! Je suis surprise que ce ne soit pas M. de Mirafiore. On m'explique les raisons de cette substitution. Je me retire de bonne heure laissant le frère avec la sœur et disant adieu à mes Allemandes qui retournent à Berlin. Personne ne peut raconter les joies muettes de ceux qui s'aiment et se revoient ! Blanche s'est retirée et nous restons jusqu'à l'aube les mains entrelacées. Au moment de nous séparer il me baise vingt fois la main, je laisse tomber ma tête sur son épaule, il m'entoure de ses bras... je me dégage brusquement et me sauve lui imprimant sur le front un baiser brûlant.

Blanche does not leave — it had been arranged so from the start. She will stay as long as I stay; I perform a small tender scene at luncheon before the maître d'hôtel, who is in the pay of the old princess with her nephew to marry off. I lament being left alone; the princess has gone — and so I shall die of solitude and grief!

Blanche ne part pas, c'était d'ailleurs convenu. Elle restera tout le temps que je resterai, je lui fais une petite scène tendre à déjeuner devant le maître d'hôtel qui est aux gages de la vieille princesse qui a un neveu à marier. Je me plains de rester seule, la princesse est partie, je vais donc mourir de solitude et de chagrin !

Alexandre departs — I bid him farewell before everyone so as not to make a scene. Blanche's son is with her; we talk while watching our children play; mine is always beaten as he is so much younger. Her son is five, mine two.

Alexandre s'en va, je lui dis adieu devant tout le monde pour ne pas faire de scène. Le fils de Blanche est avec elle, nous causons en voyant jouer nos enfants, le mien est toujours battu étant beaucoup plus jeune. Son fils a cinq ans, le mien deux.

We go to Berlin; my affairs are settled; I have gone to pay my respects to the great ones of this world. The Empress was perfect and said many consoling things, insinuating ideas in which the old princess may well have had some part.

Nous allons à Berlin, mes affaires sont réglées, j'ai été saluer les grands de ce monde L'Impératrice a été parfaite et m'a dit beaucoup de consolations en insinuant des idées dans lesquelles la princesse peut bien être pour quelque chose.

Now I am free to leave! To go to Paris, where I shall see whom I please in my single-storied townhouse, tall as an Italian palace. Dina has just married a Westphalian baron. Maman and my aunt are at Nice. Mlle Collignon — married and widowed — comes to fill in my house the role of governess, friend, companion. All is for the best. I still have nine months of mourning! Alexandre has come back to fetch his sister; we meet in Berlin; I am so ashamed of my kiss on his brow that I encounter him all confusion. In the evening we remain together for a long time — I had begged Blanche to keep us company. We parted, both of us weeping.

Me voilà libre de partir ! D'aller à Paris où je verrai qui je voudrai dans mon hôtel à un étage, haut comme un palais italien. Dina vient d'épouser un baron de Westphalie. Maman et ma tante sont à Nice. Mlle Collignon a été mariée et veuve vient remplir dans ma maison le rôle de gouvernante, d'amie, de seconde. Tout est pour le mieux. J'ai encore neuf mois de deuil ! Alexandre est revenu chercher sa sœur, nous nous rencontrons à Berlin, je suis si honteuse de mon baiser au front que je le rencontre toute confuse. Le soir nous restons longtemps ensemble, j'ai prié Blanche de nous tenir compagnie. Nous nous sommes quittées en pleurant toutes les deux.

I am in Paris. Since my departure for Prussia with Blanche, we have not ceased corresponding with Alexandre by telegraph.

Je suis à Paris. Nous n'avons cessé depuis mon départ pour la Prusse avec Blanche, de correspondre avec Alexandre par télégraphe.

Alexandre says he prefers this to the post, as the telegraph employees correct his spelling. He signs Violet^[In English in the original.] and I Violette. Every day I receive a basketful. This evening I nearly fell down with joy when my mother, arrived yesterday, came into my room to announce that he is here! He has come to call on Mme Bashkirtseff. I receive no one; the princess's nephew is in Paris — it is a German passion, or the desire to gild his coat of arms with my wretched hundred thousand francs of income.

Alexandre dit qu'il aime mieux cela que la poste parce que les employés corrigent l'orthographe. Il signe Violet et moi Violette. Tous les jours j'en reçois une corbeille. Ce soir je suis presque tombée de joie lorsque ma mère arrivée depuis hier est entrée chez moi en m'annonçant qu'il est là ! Il est venu faire visite à Mme Bashkirtseff. Je ne reçois personne, le neveu de la princesse est à Paris. C'est une passion allemande ou le désir de dorer son blason avec mes malheureux cent mille francs de rente.

He is announced; I make my escape; in the grand salon he finds only my mother and M. de Larderei. I enter and greet the latter as though I had not seen him — the prince departs satisfied to the Café Riche, where he will drink eight bocks of beer.

On l'annonce, je me sauve, il ne trouve au grand salon que ma mère et M. de Larderei. J'arrive et salue ce dernier comme si je ne l'avais pas vu, le prince s'en va satisfait au café Riche où il boira huit bocks de bière.

Alexandre comes every evening; he passes through the garden; I open the door to him.

Alexandre vient tous le soirs, il passe par le jardin, je lui ouvre la porte.

I paint a great deal; I finish the portrait of Blanche as a Madonna with our two children — a hackneyed subject, but those three figures were so ideal I could not resist. Besides, I have exhibited, and people assure me I have talent. An Englishman offered me twenty thousand francs for a head of an old man weeping before his wife's portrait. I also sing, accompanying myself on the harp. I wear ravishing mourning. Now that it is warm these are long crêpe gowns that mould me entirely; with the first cold I shall wear black velvet gowns in the Robespierre style.

Je peins beaucoup, je finis le portrait de Blanche en madone avec nos deux enfants, sujet battu mais ces trois figures étaient idéales je n'ai pas pu résister. D'ailleurs j'ai exposé et on assure que j'ai du talent. Un Anglais m'a offert vingt mille francs [pour] une tête de vieillard pleurant devant le portrait de sa femme. Je chante aussi en m'accompagnant de la harpe. Je porte un deuil ravissant. Maintenant qu'il fait chaud ce sont de longs habits de crêpe qui me moulent toute entière, aux premiers froids je prendrai des robes de velours noir à la Robespierre.

This evening we talked for a long time; from my hand his kisses climbed to the elbow; drowsy, amorous, languishing, I yield him my brow, my hair. He was seeking my lips — I pull back abruptly.

Ce soir nous avons longtemps causé, de ma main ses baisers montèrent jusqu'au coude; endormie, amoureuse, languissante je lui abandonne mon front, mes cheveux. Il cherchait mes lèvres je me recule brusquement.

— Forgive me, he says softly — forgive me, Marie; but why… do not take it as a reproach, you are capable of it — why do you avoid my lips… you… you do not love me, then… or rather… I do not understand: why the brow, the eyes, the hands — and never the lips?

- Pardon, dit-il doucement, pardon, Marie; mais pourquoi... ne le prenez pas comme un reproche, vous en êtes capable, pourquoi vous évitez mes lèvres... vous... vous ne m'aimez donc pas... ou bien... je ne comprends pas pourquoi le front, les yeux, les mains et jamais les lèvres ?

He seemed very embarrassed in saying this — beset by a heap of fears and confusions. These words would sound ridiculous elsewhere, and between other lovers than us — who thought aloud and had arrived at that sublimity of love where the ridiculous can no longer reach.

Il semblait très embarrassé en disant cela, il avait un tas de peurs, de confusions. Ces paroles sembleraient ridicules ailleurs et entre d'autres amoureux que nous qui pensions tout haut et étions arrivés à cette sublimité de l'amour où le ridicule n'atteint plus.