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Wednesday, 9 August 1876 (28 July)
Mercredi, 9 août 1876 (28 juillet)
I am penniless. An agreeable situation. Étienne is an excellent man but always wounds my delicate feelings. This morning I lost my temper — but half an hour later I was laughing as if nothing had happened, at the Sapogenikoffs’. Doctor Tchemicheff was there and I wanted to ask him for a remedy for my hoarseness, but I had no money, and this gentleman does nothing for nothing. A very delicate position, I assure you. But I shall not weep in advance — the unpleasantness is disagreeable enough when it arrives without weeping over it beforehand. At four o’clock, Nina and the Three Graces set off by carriage for the Peterhof station — all three dressed in white under long dust-coats.
Je suis sans le sou. Agréable situation. Étienne est un excellent homme mais il froisse toujours mes sentiments délicats. Ce matin je me suis mise en colère mais, une demi-heure après, je riais comme si rien n’était, chez les Sapogenikoff. Le docteur Tchemicheff était là et j’avais envie de lui demander un remède contre mon enrouement, mais je n’avais pas d’argent et ce monsieur ne fait rien pour rien. Position très délicate, je vous assure. Mais je ne pleure pas d’avance, le désagrément est bien assez ennuyeux lorsqu’il arrive pour qu’on le pleure d’avance. A quatre heures, Nina et les Trois Grâces partaient en carrosse pour la gare de Péterhof. Les trois habillées de blanc sous de longs cache-poussière.
The train was about to leave; we climbed aboard without tickets, but provided with an escort of four Guards officers who were no doubt tempted by my white feather and the red heels of my Graces. So here we are, Giro and I, like noble warhorses at the sound of the band — ears pricked, eyes bright, and spirits gay.
Le train allait partir, nous montâmes sans billets mais munies de l’escorte de quatre officiers de la Garde qui se laissèrent sans doute tenter par ma plume blanche et par les talons rouges de mes Grâces. Donc nous voici, moi et Giro, comme de nobles chevaux militaires au son de la musique, l’oreille au guet, l’œil brillant et l’humeur joyeuse.
They were intrigued — we spoke Russian, French, and English, and were dressed like foreigners. Our rosy cheeks and nimble tongues caught their eye and ear.
Ils furent intrigués, nous parlions russe, français et anglais et nous étions vêtues comme des étrangères. Nos joues roses et nos langues agiles leur donnèrent dans l’œil et l’oreille.
Seeing this, I pitched myself two notes higher, and for the entire journey there were nothing but anecdotes, sallies, and witticisms, which made my Graces swoon and intrigued our companions more and more.
Vu cela, je montai de deux tons et durant toute la route ce ne furent qu’anecdotes, saillies, bons mots, qui faisaient pâmer mes Grâces et intriguaient nos compagnons de plus en plus.
They followed us in a cab; we had scarcely reached Peterhof when I was madly tempted to let them believe we were demi-mondaines and invite them to supper... at M. Sapogenikoff’s. Picture the scene! Peterhof is a true paradise of greenery, villas, and lakes. The Islands are enchanted isles, with ivy thickets and houses that look as if transported from Pompeii — with porphyry vases and malachite tables. All of it belongs to the Emperor, naturally. Olga declared herself already in love with the blond one; I with the dark one; the other two were generously ceded to Nina and Marie. We stopped before the island, but the followers went on — and for half an hour this made us thoughtful. But Giro assured us it could not end there, and that they would leave at eleven o’clock in the evening on the same train as ourselves, since we had said so loudly enough for them to hear.
Ils nous suivirent en fiacre, à peine à Péterhof, j’avais follement envie de leur laisser croire que nous étions des demi-mondaines et de les inviter à souper... chez M. Sapogenikoff. Tableau. Péterhof est un vrai paradis de verdure, de villas et de lacs. Ces Iles sont des îles enchantées, avec des bosquets de lierre, des maisons qu’on dirait transportées de Pompéi avec des vases de porphyre et des tables de malachite. Tout cela appartient à l’Empereur, bien entendu. Olga se disait déjà amoureuse du blond, moi du brun ; les autres deux étaient généreusement concédés à Nina et à Marie. Nous arrêtâmes devant l’île mais les suiveurs allèrent plus loin et, pendant une demi-heure, cela nous rendit pensives. Mais Giro assurait que cela ne pouvait finir ainsi et qu’ils partiraient le soir à onze heures par le même train que nous puisque nous l’avions dit assez haut pour qu’ils l’entendissent.
At six o’clock the thousand fountains of Peterhof1 were set playing. One cannot imagine anything more beautiful.
A six heures les mille fontaines de Péterhof furent lancées. On ne peut s’imaginer rien de plus beau.
crossed out[Fifteen lines crossed out]
[quinze lignes cancellées]
The canal lined with gigantic jets of water — which seem small in comparison to Samson2 wrestling a tiger, from whose gaping jaws the water leaps almost as high as the two superimposed terraces at the summit of which stands the Emperor’s palace, a yellow edifice otherwise unremarkable, though hallowed by memories of Peter the Great and Catherine. This Samson canal and the palace in perspective create an effect of rare beauty. Peterhof is inhabited by the Emperor, the Grand Dukes, and the Grand Duchesses — each with their own summer retreat, their own villa. In the avenues one encounters nothing but imperial carriages. One feels quite aflame with respect and adoration for the Emperor and the reigning house — so affable, so kind to everyone, despite the grandeur that characterises them and which is merely the trappings indispensable to such personages.
Le canal bordé de jets d’eaux gigantesques et qui semblent petits en comparaison du Samson terrassant un tigre, de la gueule béante de laquelle l’eau s’élance presque aussi haut que les deux terrasses superposées au sommet desquelles se trouve le palais de l’Empereur, édifice jaune et peu remarquable sinon de souvenir de Pierre le Grand et de Catherine. Ce canal Samson et le palais en perspective sont d’un effet rare. Péterhof est habité par l’Empereur, les grands-ducs et les grandes-duchesses. Ils y ont chacun sa retraite d’été, sa villa. Et dans les allées on ne rencontre que voitures impériales. On se sent tout embrasé du respect et d’adoration pour l’Empereur et pour la maison régnante, si affable, si bonne pour tout le monde, malgré la grandeur qui la caractérise et qui n’est qu’un appareil indispensable à ses personnages.
Nina, still tearful with laughter over the parting by the lake, took us to General Rostovzeff, head of the Grand Duke Nicholas’s household. Rostovzeff is related to the Sapogenikoffs, who beam with reflected glory. The general and his wife had known Maman and my aunt four years ago at Nice — and it turns out they even remember me. This visit, a little cold compared with Nina’s expectations, draped us as if in a grey veil, and it required the sight of Grand Duke Constantine, the Emperor’s brother, passing by, and our bowing to him and receiving a charming smile in return, to make us four madwomen again. At seven o’clock two military orchestras drew a multitude of people on foot and in carriages; the air one breathes at Peterhof is the air of kings and court, and the many uniforms give this land of greenery and water a character of gaiety and elegance one rarely encounters elsewhere.
Nina nous conduisit encore toute larmoyante de rire de la séparation du bord du lac, chez le général Rostovzeff, chef de la cour du grand-duc Nicolas. Rostovzeff est parent des Sapogenikoff qui en sont tout rayonnants. Le général et sa femme ont connu maman et ma tante il y a quatre ans à Nice. Il se trouve qu’ils se souviennent même de moi. Cette visite un peu froide par rapport aux expectations de Nina, nous couvrit comme d’un voile gris et il a fallu voir passer le grand-duc Constantin, frère de l’Empereur, le saluer et en recevoir un charmant sourire, pour redevenir de nouveau quatre folles. A sept heures, deux orchestres militaires attirèrent une multitude de monde à pied et en voiture, l’air qu’on respire à Péterhof est un air de rois et de cour, et les nombreux uniformes donnent à ce pays de verdure et d’eau un caractère de gaîté et d’élégance qu’on voit rarement ailleurs.
We were [blank] before an antique temple — a marble column, [One line crossed out] set on a marble dais with two lions at the entrance and a female statue in the centre representing a spring, which has this remarkable quality: that viewed from behind, the water flowing from the urn on her shoulder [she appears (?)] to be doing what one does not do before company. We were, then, before this temple — all streaming with water and veiled in a silver mist — when one of the four, the blond one, passed in a droschki drawn by a ravishing black horse. This gave Giro a stir of agitation3, and all at once we began to remember Nice.
Nous étions [blanc] devant un temple antique, une colonne de marbre, [une ligne rayée] placé sur une estrade de marbre avec deux lions à l’entrée et une statue de femme au milieu qui représente une source et qui a cela de remarquable qu’en la regardant par-derrière l’eau qui coule de l’urne sur son épaule, [elle a (?)] l’air de faire ce qu’on ne fait pas devant le monde. Nous étions donc devant ce temple, tout ruisselant d’eau et voilé d’une poussière argentée, quand un des quatre, le blond, passa en drochki attelé d’un ravissant cheval noir. Cela donna un turbamento à Giro et tout d’un coup on se mit à se souvenir de Nice.
“Do you remember the day when we bowed to everyone?”
— Te souviens-tu du jour où nous avons salué tout le monde ?
“And when we dressed in disguise?”
— Et lorsque nous nous sommes déguisées ?
“And when I came to your house...”
— Et lorsque je suis venue chez toi...
“Yes, and we spent the day spitting at targets.”
— Oui, et nous avons passé la journée à cracher au but.
But the music had ceased; it was getting late and cold; we had but one rouble between us for food — it was not to be thought of.
Mais la musique avait cessé, il se faisait tard et froid, nous n’avions qu’un rouble pour manger, il ne fallait pas y songer.
“What shall we do until eleven o’clock tonight?” asks Nina.
— Que faire jusqu’à onze heures du soir ? demande Nina.
“Wander in the wood.”
— Rôder dans le bois.
“And die of hunger.”
— Et mourir de faim.
“That is quite likely.”
— C’est fort probable.
Giro already saw us stretched out on the grass and the four officers on the horizon in a cloud of water or flame.
Giro nous voyait déjà étendues sur l’herbe et les quatre officiers à l’horizon dans un nuage d’eau ou de flamme.
But in reality we were in an odd situation: the wood grew deserted and dark; there was only our carriage, conveying four women half-mad with laughter and with saying foolish things in French, the coachman understanding nothing.
Mais en réalité nous étions dans une drôle de position, le bois devint désert et sombre, il n’y avait que notre voiture qui promenait quatre femmes à moitié folles de rire et de dire des bêtises en français, le cocher ne comprenait rien.
No one knew us and I felt at home; the officers gave us a topic of conversation. For in truth they were charming and very distinguished. My dark one especially.
Personne ne nous connaissait et je me sentais chez moi, les officiers nous donnaient un sujet de conversation. Car en vérité ils étaient charmants et d’une grande distinction. Mon brun surtout.
The coachman brought us to the station an hour and a half too early. Imagine the pleasure of being followed by all the military men in the place. We did nothing but change places to escape the pursuit. A few minutes before departure the four appeared; I tried to enter a compartment — the blond followed us in; I moved to another — the same manoeuvre... I returned to the first, and the blond installed himself there too.
Le cocher nous conduisit à la gare une heure et demie trop tôt. Pensez à l’agrément d’être suivies par tous les militaires de l’endroit. Nous ne faisions que changer de place pour échapper aux poursuites. Quelques minutes avant le départ apparurent les quatre, je voulus entrer dans un compartiment, le blond nous y suivit, je passai dans un autre, la même manœuvre..., je revins au premier et le blond s’y installa aussi.
“My dog will not disturb you, Madame?” he asked.
— Mon chien ne vous dérangera pas, Madame ? demanda-t-il.
“Not at all, Monsieur,” I replied with a glacial smile.
— Non Monsieur, nullement, répondis-je avec un sourire glacial.
The dog came to lie at my feet; the young man dislodged it, to my displeasure as the creature was warming me — but I said nothing.
Le chien vint se coucher sur mes pieds, le jeune homme l’en délogea à mon déplaisir car la bête me chauffait, mais je ne dis rien.
“How tiresome they are,” the officer tried again, after the tenth attempt [One and a half lines crossed out] of a dreadful little red-headed man — “they see there is no more room and still wish to come in.”
— Comme ils sont ennuyeux, essaya encore l’officier après la dixième tentative [une ligne et demie rayée] d’un affreux petit homme roux, ils voient qu’il n’y a plus de place et ils veulent entrer.
I had my mouth half open; I closed it with a kind of smile, or grimace.
J’avais la bouche entrouverte, je la refermai avec une sorte de sourire ou grimace.
“[...]” called [word crossed out] dog, turning [...] importuners.
— [...] appela [mot rayé] chien en tournant [...] solliciteurs.
But at this third attempt I contented myself with closing my eyes and saying to Olga in a plaintive voice:
Mais, à cette troisième tentative, je me contentai de fermer les yeux et de dire à Olga d’une voix dolente.
“Giro, my dear, come and sit beside me — we shall exchange our impressions.”
— Giro, ma chère, viens t’asseoir à côté de moi, nous nous communiquerons nos impressions.
Giro sat down beside me, and from that moment we gave free rein to a gaiety as mad as it was impertinent and unconstrained, reserving for the unfortunate officer cutting glances and pursed lips. He did not know what face to put on; and as I was saying very funny things, and as my Graces and Nina were dying of laughter, the young blond pressed his lips together, looked out of the window, and finally burst out laughing while covering his face, forcing himself to a gravity so comic that we redoubled our insolent laughter, our free jests, and our stiff and solemn airs toward him. He no longer had the least idea whom he was dealing with; this mixture of giddiness and pride disconcerted him and made me enjoy his embarrassment. Then I let drop a few words, naming at random the people of high society Maman had known eight years ago — Rostovzeff, my princess, and many others — and immediately afterwards told my companions (as if they did not know) how we had been followed by military men.
Giro s’assit à côté de moi et dès ce moment nous donnâmes toute liberté à une gaîté aussi folle qu’impertinente et sans-gêne, en conservant pour le malheureux militaire des regards tranchants et des bouches pincées. Il ne savait quelle figure faire et comme je disais des choses très drôles et comme mes Grâces et Nina mouraient de rire, le jeune blond se pinçait les lèvres, regardait par la fenêtre et finissait par éclater en se couvrant la figure et se forçant à un sérieux si comique que nous redoublions de rire insolent, de plaisanteries libres et d’airs graves et rigides envers lui. Il ne savait plus du tout à qui il avait affaire, ce mélange d’étourderie et de fierté le déroutait et me faisait jouir de son embarras. Et alors je dis quelques mots au hasard en nommant les personnes du grand monde qu’a connues maman il y a huit ans, Rostovtzeff, ma princesse et beaucoup d’autres et aussitôt après racontai à (comme si elles ne le savaient pas) mes compagnes comment nous avions été suivies par des militaires.
“How stupid they are,” I said with majesty; “and is a white hat sufficient to expose women to being followed by all sorts of people?”
— Sont-ils bêtes, dis-je avec majesté, et un chapeau blanc est-il suffisant pour exposer des femmes à être suivies par toutes sortes de gens ?
I enlarged on this subject and on the quality of the followers with such good grace that the... pretty blond turned red and serious, and at the first station called his dog, stepped out of the carriage — as did his three friends. Their exit was followed by a deathly silence, succeeded by a mad burst of laughter lasting approximately three minutes — the time the train remained at that station, and our military men standing before our carriage-door, lit by a glacial moon.
Je m’étendis sur ce sujet et sur la qualité des suiveurs avec tant de bonne grâce que le... joli blond devint rouge et sérieux et à la première station, appela son chien et descendit du wagon ainsi que ses trois amis. La sortie fut suivie par un silence de mort auquel succéda un rire fou qui dura à peu près trois minutes, le temps que le train restât à cette station et nos militaires en face de notre portière, éclairés par une lune glaciale.
Having banished him, I began to deplore my own cruelty and, passing to a feeling of great pity, was seized by a more violent laughter than the first. Nina and the Graces were gasping in their corner while I, recovering a little, looked out of the window without comprehending what I saw — for a thick mist, or a dew, was descending from the sky and covering the earth like silvery water, or a transparent snow. One could see the layers of air, lit by the moon, blue, transparent, descending like a veil... like a dream; I had never seen anything like it and remained enchanted, and this agreeable feeling gave birth to a... sudden idea. I tied a knot in a piece of cord which Marie happened, heaven knows why, to be holding, and threw it at the feet of the handsome officers at the moment the train began to move.
L’ayant chassé, je me mis à déplorer ma dureté et, passant à un sentiment de grande pitié, je fus prise d’un rire plus violent que le premier, Nina et les Grâces râlaient dans leur coin, pendant que, me remettant un peu, je regardais par la fenêtre ne comprenant pas ce que je voyais, car un épais brouillard, ou une rosée, descendait du ciel et couvrait la terre comme une eau argentée ou comme une neige transparente. On voyait les couches d’air, éclairées par la lune, bleues, transparentes, descendre comme un voile... comme un rêve ; je n’avais jamais rien vu de semblable j’en restai charmée et ce sentiment agréable donna naissance à une idée... subite. Je fis un nœud d’une corde que Marie tenait je ne sais par quel hasard entre ses mains et je le lançai aux pieds des beaux officiers au moment où le train se remettait en mouvement.
This was found sublime; Giro covered me with kisses, Marie clutched her head, and Nina lit a cigarette. My hoarse voice lent a particular stamp to everything I said; Giro seconded me like an angel; Nina threw in from time to time a murderous remark, and seemed as gay as if Yourkoff had never existed.
Cela fut trouvé sublime, Giro me couvrit de baisers, Marie se comprima la tête et Nina alluma une cigarette. Ma voix enrouée donnait un cachet particulier à tout ce que je disais, Giro me secondait comme un ange, Nina jetait de temps en temps un mot assassinant et semblait tout aussi gaie que si Yourkoff n’avait jamais existé.
We were scarcely in the carriage when the shrieks began again; Nina was positively raving; as for Giro and me, we sang a war march and [words crossed out] from the station to the hotel — a full hour. She could bear it no longer and my hands were burning, but I had made a vow and I begged her in a plaintive voice to continue.
A peine en voiture ce furent de nouveaux cris, Nina divaguait positivement, quant à Giro et moi nous avons chanté une marche guerrière et nous [mots rayés] depuis la gare jusqu’à l’hôtel, soit une heure entière. Elle n’en pouvait plus et mes mains brûlaient mais j’avais fait un vœu et je la suppliai d’une voix plaintive de continuer.
On returning I found a supper, Étienne, and money sent me by Alexandre. I ate the supper, dismissed Étienne, and hid the money.
Rentrée j’ai trouvé un souper, Étienne et de l’argent que m’envoie Alexandre. Je mangeai le souper, renvoyai Étienne et cachai l’argent.
And then, strangely, I felt a great emptiness — a kind of sadness; I looked at myself in the mirror; my eyes were as on that last evening in Rome; the man, the creature who had taken my first kisses, returned to my heart and to my mind; I longed madly to see him at that moment and to be pressed in his arms. The other evening he was begging me to stay one day more; I closed my eyes and believed myself back there, at that very moment.
Et alors, chose étrange, je sentis un grand vide, une espèce de tristesse, je me regardai dans la glace, j’avais les yeux comme le dernier soir à Rome ; l’homme, la créature qui m’avait pris mes premiers baisers me revint dans le cœur et dans la tête, je désirai comme une folle le voir en cet instant et être pressée dans ses bras. L’autre soir il me priait de rester encore un jour, je fermai les yeux et me crus alors et là-bas.
“I shall stay,” I murmured as if he were there; “I shall stay for my love, for my beloved! I love you — I want to love you — you do not deserve it — no matter — it pleases me to love you... only love me well; but I feel you do not love me as I understand love — yet I shall explain that to you... I love you!”
— Je resterai, murmurai-je comme s’il était là, je resterai pour mon amour, pour mon bien-aimé ! Je t’aime, je veux t’aimer, tu ne le mérites pas, peu m’importe, il me plaît de t’aimer... seulement aime-moi bien, mais je sens que tu ne m’aimes pas comme je comprends l’amour, mais je t’expliquerai cela... Je t’aime !
And suddenly taking a few steps about the room I began to weep before the mirror — such tears in small quantity become me tolerably well.
Et faisant tout à coup quelques pas dans la chambre je me mis à pleurer devant le miroir : ces larmes en petite quantité m’embellissent assez.
Having excited myself by caprice, I calmed myself through fatigue, and sat down to write, laughing softly at myself.
M’ayant excitée par caprice, je me calmai par fatigue et me mis à écrire en riant doucement de moi-même.
Often I thus invent a hero for myself, a novel, a drama, and laugh and weep over my invention as if it were reality.
Souvent ainsi je m’invente un héros, un roman, un drame et je ris et je pleure de mon invention comme si c’était la réalité.
I am enchanted by Petersburg — but one does not sleep here; it is already light; the nights are so short.
Je suis enchantée de Pétersbourg mais on n’y dort pas, il fait déjà jour, les nuits sont si courtes.
Notes
Peterhof’s Grand Cascade featured 64 fountains and 255 statues; the centrepiece was the Samson Fountain described in the next paragraph. ↩
The Samson Fountain (1735): the central jet of the Grand Cascade, representing Samson forcing open the lion’s (here described as tiger’s) jaws — a symbol of Russia’s victory over Sweden at Poltava. ↩
In Italian in the original: turbamento — agitation, excitement; a fluttering of the heart. ↩