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Monday, 10 July 1876
Ah! I am pleased — Binder has been paid. That debt is off our hands.Lundi 10 juillet 1876
The day was spent at the beautifiers’ and then in the Bois. I was almost cheerful, for I was much noticed, but this “much” seemed very little after the rather too effusive manners of the Italians.
La journée s’est passée chez les embellisseurs puis au Bois. J’ai été presque gaie car on m’a beaucoup remarquée, mais ce beaucoup m’a semblé bien peu de chose après les manières un peu trop expansives des Italiens.
I have given my diamonds to Mellerio, who will make me some jewellery in the fashion — no, in my fashion.
J’ai donné mes diamants à Mellerio qui me fera des bijoux à la mode, non, à ma mode.
In the hotel salon I chatted with Rice, with the Vicomte Vigier opposite me; he invariably places himself opposite me everywhere, wherever I happen to be.
Au salon de l’hôtel j’ai causé avec Rice, ayant en face de moi le vicomte Vigier, qui se met invariablement en face de moi partout, dans quelque endroit que je me trouve.
“What does Vigier want?” said my aunt.
— Que veut Vigier ? dit ma tante.
I really do not know, for he is old and married. Perhaps someone told him I was getting married, and people are always curious to see those who are about to marry, as they are those who are about to die.
Je ne sais vraiment pas, car il est vieux et marié. Peut-être lui a-t-on dit que je me mariais et on est toujours curieux de voir ceux qui se marient, comme ceux qui vont mourir.
That confounded Gioia * in white! She and I were the only ones in white.
Cette fichue Gioia * en blanc ! Il n’y avait qu’elle et moi en blanc.
Rémy spent the evening with us. At first the conversation turned on my charms and on indifferent subjects; then my aunt withdrew from it and leafed through a book while we launched into a scientific discussion. That is my weakness; I always come round to it.
Rémy a passé la soirée chez nous. D’abord la conversation a roulé sur mes charmes et sur des sujets indifférents, puis ma tante s’en est retirée et feuilletait un livre pendant que nous nous engagions dans une discussion scientifique. C’est mon faible, je finis toujours par là.
Rémy was in evening dress, which reminded me of Antonelli [words crossed out]; then Rémy took my hand, kissed it, pressed it... but that is not it. How is it, then, that I find no one agreeable but Antonelli? This evening, for instance, I feel that if Pietro were independent and very rich, I would adore him.
Rémy était en habit, cela m’a rappelé Antonelli [mots rayés] puis Rémy m’a pris la main, l’a baisée, l’a serrée... mais ce n’est pas cela. D’où vient donc que je ne trouve agréable qu’Antonelli ? Ce soir par exemple je sens que si Pietro était indépendant et très riche, je l’adorerais.
Do not put this feeling down to base calculation, but rather to this: one loves what is strong, free, powerful. With money one is all of that. But think of the host of small disappointments, small letdowns, small wounds to one’s pride that poverty and dependence bring with them, which cool love so much and constantly hold the noblest feelings of the heart in check. Think of all those small attentions that are so delightful and that dependence and poverty rule out.
N’attribuez pas ce sentiment à un vil calcul, mais bien à ceci : on aime ce qui est fort, libre, puissant. Avec l’argent on est tout cela. Mais pensez à la multitude des petits désappointements, de petites déceptions, de froissements d’amour-propre qu’entraînent la pauvreté et la dépendance et qui refroidissent tant l’amour et tiennent constamment en échec les plus nobles sentiments du cœur. Pensez à toutes ces petites prévenances qui sont si délicieuses et que la dépendance, la pauvreté, excluent.
Think of all that power and wealth can give. The most disinterested, the most austere souls let themselves be swayed by brilliance and magnificence. The loftiest minds are not free of that involuntary respect one feels for the powerful... but what am I saying? It is precisely such minds that best understand everything I am explaining here. Think what joy, what pride I would feel if Antonelli, loving me, followed me to Nice, to Paris! And he cannot! And a thousand things more: think what a delicate position one is in when one is afraid of leading someone into expenses beyond his means, of embarrassing him, of wounding him. One [is] so happy to show oneself to the person one loves surrounded by every imaginable splendour; one is so wretched when one must remain obscure, straitened — straitened!
Pensez à tout ce que peuvent donner la puissance et la richesse. Les âmes les plus désintéressées, les plus austères se laissent influencer par l’éclat, la magnificence. Les esprits les plus élevés ne sont pas exempts de ce respect involontaire qu’on porte à ceux qui sont puissants... mais que dis-je ? Ce sont ces esprits-là qui comprennent le mieux tout ce que j’explique ici. Pensez quelle joie, quel orgueil j’aurais si Antonelli, m’aimant, me suivait à Nice, à Paris ! Et il ne le peut pas ! Mais mille choses encore, pensez quelle position délicate lorsqu’on a peur d’induire quelqu’un dans des dépenses au-dessus de ses moyens, de le gêner, de le blesser. On [est] si heureux de se montrer à ce qu’on aime entouré de tout l’éclat imaginable ; on est si misérable lorsqu’on doit rester obscur, gêné, gêné !
And then between husband and wife. Is it not a joy to surround each other with attentions, with delicate surprises, to be able to give the woman one loves all those things that the wise regard with the most magnificent disdain and which, in their commonplace materialism, make up the felicity of this world — sparing her all those small frictions, all those small privations that quietly irritate the mind, sour the character, degrade the soul? Try working with your head when your body is ill.
Et puis entre mari et femme. N’est-on pas heureux de s’entourer mutuellement de prévenances, de surprises délicates, de pouvoir donner à celle qu’on aime toutes ces choses que les sages regardent avec le plus magnifique dédain et qui, dans leur matérialisme banal, forment la félicité de ce monde, en évitant tous ces petits froissements, toutes ces petites privations qui irritent doucement l’esprit, aigrissent le caractère, avilissent l’âme ? Travaillez donc avec la tête quand le corps est malade.
Think how much pain the vile metal that one is ashamed to desire and to honour would have spared me. I would not be tearing myself apart with a thousand doubts: Antonelli loves me, he is free, he is rich... and look — but no! For fear of losing his inheritance he hesitates, he torments me, he abandons me. He cannot come! There he is, wretched and humiliated, subject to his father — that is, to money.
Songez combien de peine m’aurait évité le vil métal qu’on a honte de désirer et d’honorer. Je ne me déchirerais pas par mille doutes, Antonelli m’aime, il est libre, il est riche... eh voyez, eh non ! De peur de perdre son héritage, il hésite, il me tourmente, il m’abandonne. Il ne peut pas venir ! Il est là, misérable et humilié, soumis à son père : à l’argent.
And how wretched one is to see the man one would like to love humiliated, powerless, abased!
Et comme on est misérable de voir ce qu’on voudrait aimer, humilié, impuissant, abaissé !
Say what you will, write all the novels you like: power and splendour (the vile goods of this world) put a kind of halo around the one we love and almost make us love the one we do not. So true is it that, despite the outcry of all the sentimentalists, it is clearly proven that the strongest minds are liable to be swayed by outward advantages — by the setting. But let us put that aside and look at the matter from the point of view of the heart.
On a beau dire, on a beau faire des romans ; la puissance et l’éclat (vils biens de ce monde) font comme une auréole à ce qu’on aime et font presque aimer ce qu’on n’aime pas. Tant il est vrai que, malgré les cris de tous les sensibilistes, il est clairement démontré que les esprits les plus forts sont sujets à se laisser influencer par les biens apparents : par le cadre. Mais mettons de côté cela et prenons la chose au point de vue du cœur.
Is it not dreadful to be kept apart by an absurd cause, to suffer doubts, absence, sadness — and because of money! I despise it, money, but I admit that it is necessary.
N’est-ce pas affreux d’être séparé par une cause absurde, de souffrir les doutes, l’absence, la tristesse, et à cause de l’argent ! Je le méprise, l’argent, mais je conviens qu’il est nécessaire.
When one is physically happy, one’s mind and heart are free, and one can then love without calculation, without ulterior motive, without meanness.
Quand on est heureux physiquement, on a l’esprit et le cœur libres et on peut alors aimer sans calcul, sans arrière-pensée, sans vilenie.
Why have so many women loved kings? Because a king is the expression of power of every kind, and woman loves to dominate, but she needs to lean on someone strong, as a frail and delicate plant leans against a tree.
Pourquoi tant de femmes ont-elles aimé des rois ? Parce qu’un roi est l’expression de la puissance de tous genres et que la femme aime dominer mais elle a besoin de s’appuyer sur quelqu’un de fort, comme une plante frêle et délicate s’appuie contre un arbre.
You see! I love Antonelli, and this love is shaken at every moment, now by uncertainty, now by fear. At every moment crushed by wounded pride, humiliated by this ignoble dependence.
Voyez ! J’aime Antonelli, et cet amour est à chaque instant secoué tantôt par l’incertitude, tantôt par la crainte. A chaque instant aplati par l’amour-propre blessé, humilié par cette dépendance ignoble.
I could have loved him very much; I could have had a steady, strong, lasting feeling, and instead I have only a kind of torment that makes me say now yes, now no, that makes me uncertain, irresolute, mercenary, wretched.
J’aurais pu l’aimer beaucoup, j’aurais pu avoir un sentiment égal, fort, durable et, au lieu de cela, je n’ai qu’une espèce de tourment qui me faire dire tantôt oui, tantôt non, qui me rend incertaine, indécise, mercenaire, misérable.
No, do not put my conduct down to dreadful calculations! I do not love a man because he is rich, but because he is free, unconstrained in all his movements. I want wealth so as to be able to stop thinking about it, to be no longer subject to that brute force — base, but indisputable, inevitable.
Non, n’attribuez pas ma conduite à d’affreux calculs ! Je n’aime pas un homme parce qu’il est riche, mais parce qu’il est libre, franc dans tous ses mouvements. Je veux la richesse pour pouvoir ne plus y songer, ne plus être soumise à cette force brutale, basse mais incontestable, mais inévitable.
I open my mouth to say more, but everything I could say will always come down to this: perfect moral happiness can exist only when the material side of one’s nature is satisfied and does not make itself felt like an empty stomach.
J’ouvre la bouche pour parler encore mais tout ce que je pourrai dire se réduira toujours à ceci : le bonheur parfait moral ne peut exister que lorsque le côté matériel du caractère est satisfait et ne fait pas songer à soi comme un estomac vide.
Love at its height, passion, outweighs everything, but only for a moment — and how much more keenly one feels afterwards everything I have just said!
L’amour au dernier point, la passion l’emporte sur tout, mais pour un instant seulement et comme on sent après davantage tout ce que je viens de dire !
What I am saying I have not read in books, nor have I experienced it; but let all those who have lived, who are no longer seventeen as I am, set aside that false shame one feels at admitting such things, and let them admit it, let them say whether what I am trying to prove is not right. If someone is content with little, it is because he needs no more, because he sees nothing beyond what he has.
Ce que je dis, je ne l’ai pas lu dans les livres, je ne l’ai pas éprouvé, mais que tous ceux qui ont vécu, qui n’ont plus dix-sept ans comme moi, mettent de côté cette fausse honte qu’on a d’avouer de pareilles choses et qu’ils avouent, qu’ils disent si ce que je tâche de prouver n’est pas juste. Si quelqu’un se contente de peu, c’est qu’il n’a pas besoin davantage, c’est qu’il ne voit pas au-dessus de ce qu’il a.