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Monday, 26 June 1876
After each singing lesson I feel better. But two years! Two years of a calm life pass like two days — but two years of a life like mine!Lundi 26 juin 1876 Après chaque leçon de chant, je me sens mieux. Mais deux ans ! Deux ans d’une vie calme se passent comme deux jours, mais deux ans d’une vie comme la mienne !
Cresci brought me the compliments of “Monsieur Émile.” The other day Galula, having met Maman, told her that they all knew what a voice I had and on which day I took my first lesson, etc. etc.
Cresci m’a apporté les compliments de « M. Émile ». L’autre jour Galula ayant rencontré maman lui dit qu’ils savaient tous quelle voix j’avais et quel jour j’ai pris la première leçon etc. etc.
Yes — if my voice follows its natural course... look, there are days when it seems to me I can never say enough good of it, while there are others when it seems I have said nothing at all.
Oui, si ma voix suit son cours naturel... tenez il y a des jours où il me semble que je n’en dis jamais trop de bien, tandis que d’autres où il me semble que je n’en ai pas dit du tout.
What rain! One might think oneself in October. It thunders and the sky is full of lightning — and I, idle creature that I am, admire myself in the mirror as I write. There is nothing like a Beatrice-style dress,1 with the throat free, no ornaments, the nape of the neck bare. The slightest movements of the neck are so graceful; one is an entirely different person from what one is in those gowns with their ruffles and trimmings. Botkin slyly remarked on my neck to me — and it is true, for a painter those pale, soft tones are a rare find.
Quelle pluie ! On se croirait au mois d’octobre. Il tonne et le ciel est plein d’éclairs et - oisive créature que je suis ! - je me mire tout en écrivant. Il n’y a rien comme une robe de Béatrice avec le cou dégagé, sans ornements, la nuque découverte. Les moindres mouvements du cou sont si gracieux, on est tout autre qu’avec ces robes, ces nichés, ces garnitures. Botkin m’a sournoisement parlé de mon cou, c’est vrai, pour un peintre ces teintes claires et douces sont une trouvaille rare.
My mothers bring me the score of Ruy Blas2 that I have been asking for since yesterday, and while I sight-read the great aria of the second act, they ask my permission to go to Monaco. It is priceless. I make discontented faces, but Maman obtains this permission by pleading the imminent departure of my aunt with me: “It will be the last time.”
Mes mères m’apportent la partition de Ruy Blas que je demande depuis hier et pendant que je déchiffre le grand air du second acte, elles me demandent la permission d’aller à Monaco. C’est impayable. Je fais des mines mécontentes mais maman obtient cette permission en alléguant le départ prochain de ma tante avec moi : « Ce sera la dernière fois. »
I sang some time longer alone, then with Collignon who accompanied me, then I read — then I no longer knew what to do; and when the rain stopped and the sun appeared, I threw open all the windows, and the women of the rue de France came out of their windows and their shops smiling at me and showing me all their babies, making them blow kisses in my direction. Touching popularity!
Je chantai encore quelque temps seule, puis avec Collignon qui m’accompagnait, puis j’ai lu, puis je n’ai plus su que faire et la pluie ayant cessé et le soleil s’étant montré, j’ouvris toutes les fénêtres, les femmes de la rue de France sortirent de leurs fenêtres, et de leurs boutiques me souriant et me montrant tous les bébés qu’elles ont, leur faisant envoyer des baisers à mon adresse. Touchante popularité !
The bell at the garden gate rang: the postman, another acquaintance of five years’ standing. — There is a letter for you, Mademoiselle — from Rome. — Oh! Really! — Madame... your mother met me and told me to give it to you. — Give it here, give it here — ring at the house door, again, harder, ring!
On sonna à la porte du mur : le facteur, encore une connaissance de cinq ans : - Il y a une lettre pour vous, Mademoiselle, de Rome. - Ah ! Bah ! - Madame... maman m’a rencontré et m’a dit de vous la donner à vous. - Donnez, donnez, sonnez à la porte de la maison, encore, plus fort, sonnez !
I leapt to the staircase to meet the man, who handed me with a smile the letter and Le Figaro. — Dina! Mademoiselle Collignon! A letter! I cried, quite delighted — that wretched General, what a prophet he is! — Rome, from Rome! Dina was calling — let’s see! — Oh no — wait first until I have read it; the General predicted something disagreeable for me.
Je bondis sur l’escalier à la rencontre de l’homme qui me tendit en souriant la lettre et Le Figaro. - Dina, Mademoiselle Collignon, une lettre, m’écriai-je toute contente, ce maudit général, comme il prédit ! - Rome, de Rome, criait Dina, voyons ! - Ah ! non, attendez d’abord que j’en prenne connaissance, le général m’a prédit un désagrément.
— And I’ll follow you! Dina cried, pursuing me to my dressing room (which is a true boudoir), where I sat down at the table that serves me as a desk for the time being — breathless, hands trembling, cheeks flushed. I was afraid of some new horror, and the General’s prediction was still quite fresh. — Come on, read it, read it, Dina was saying, all animated and curious. — I shall not read it with you there! I cried — to give myself courage.
— Et je te suis ! s’écria Dina en me poursuivant jusqu’à mon cabinet de toilette (qui est un vrai boudoir) où je m’assis devant la table qui me sert provisoirement de bureau, hors d’haleine, les mains tremblantes et les joues rouges. J’avais peur de quelque nouvelle horreur et la prédiction du général était encore toute récente. - Voyons, lis, lis, disait Dina tout animée et curieuse. - Je ne lirai pas devant toi ! m’écriai-je, pour me donner du courage.
But as she stayed, I read it in her presence in an undertone. I had feared it might be some insult — I could not imagine what kind, but I dreaded everything as I tore the envelope. A small-format sheet increased my anxiety; I do not know why, but I was only reassured after reading. This letter is duly fastened to one of the pages of today’s diary with a thin pin, as are all other letters of interest.
Mais, comme elle resta, je lus devant elle tout bas. J’avais craint que ce fût quelque insulte, je ne pouvais m’imaginer laquelle mais je craignais tout en déchirant l’enveloppe. Un papier de petit format augmenta mon inquiétude, on ne sait pourquoi je ne fus rassurée qu’après avoir lu. Cette lettre est dûment attachée à une des feuilles du journal d’aujourd’hui, avec une épingle mince, comme toutes les autres lettres présentant de l’intérêt.
I was so pleased and so angry and so moved that I leapt toward Dina’s room, crying: — Mademoiselle Collignon! Mademoiselle Collignon! Come — I shall revenge myself on this scoundrel by showing his letter to everyone! Ha! He thinks I am making a mystery of it! I would, if it were anyone else — but I do not care about this one! Here — look, read — I don’t care! — Marie, Marie, that is not right, said Collignon. — And how!3
Je fus si contente et si en colère et si émue que je bondis vers la chambre de Dina en criant : - Mademoiselle Collignon, Mademoiselle Collignon, venez, je me venge de cette canaille en montrant sa lettre à tous ! Ah ! il croit que je fais du mystère ! J’en ferais si c’était un autre, mais je ne tiens pas à celui-ci ! Tenez, regardez, lisez, je m’en moque ! - Marie, Marie, ce n’est pas bien, dit Collignon. - E altro !
— But what does he say? Dina was asking. But at the moment of reading aloud I found I was too moved, trembling too much. — Nothing, I said. — Oh! But you scream and then you say: nothing! — Was it necessary to write a letter to tell me this? I said as if to myself — truly, I have always thought this boy a little mad; he is, quite genuinely. — Read it, Marie. — Come now, Marie, do read.
— Mais qu’est-ce qu’il dit, demandait Dina. Mais au moment de lire tout haut je me trouvai trop émue, trop tremblante. - Rien, dis-je. - Oh ! mais tu cries et puis tu dis : rien ! - Fallait-il écrire une lettre pour me dire cela, disais-je comme à moi-même, en vérité j’ai toujours cru ce garçon un peu fou, il l’est vraiment. - Lis, Marie. - Voyons, Marie, lisez.
And I read what follows — only, to write it here, I translate, since the original is pinned in:4
Et je lus ce qui suit, seulement, pour écrire ici, je traduis, puisque l’original est attaché là :
Editors’ note
LETTER IN ITALIAN PINNED INTO THE NOTEBOOK
LETTRE EN ITALIEN ÉPINGLÉE AU CAHIER
Copied letter · Lettre de Pietro Antonelli à Marie, 23 juin 1876, traduite de l’italien par Marie“I find myself in one of those moments, so fateful for me, in which I cannot master myself and am compelled to tell you: I love you, and I need the relief of a word from you, were it only in writing. Pietro P.S.: Will you forgive me such boldness? I hope so.”
« Je me trouve dans un de ces moments si fatals pour moi, pendant lesquels je ne puis me vaincre moi-même et suis obligé de vous dire : je vous aime et j’ai besoin du soulagement d’une parole de vous ; ne fut-ce que par écrit. Pietro P.S. : Me pardonnez-vous une telle hardiesse ? Je l’espère. »
At least the letter is in good taste and bears no resemblance to Bruschetti’s sugary flattery. — Poor boy! Collignon exclaimed. — O Pietro, said Dina. — O scoundrel!5 I cried, enchanted, ravished, intoxicated.
Au moins la lettre est de bon goût et ne ressemble pas aux sucreries de Bruschetti. - Pauvre garçon ! s’écria Collignon. - 0 Pietro, dit Dina. - O canaglia ! m’écriai-je, enchantée, ravie, enivrée.
— But, I continued, if he thinks I am going to write to him! Oh yes, indeed — to give evidence against myself to those accursed priests! Those scoundrels! — Marie, you are not behaving rightly; you have no doubt encouraged this poor man — it is wrong; one must not play games with true affection; it is so rare, so precious — and besides, it is dangerous; you can make people excessively unhappy while laughing at them! — Mademoiselle Collignon, if I followed your advice regarding my admirers I should have to either remain always alone and bored, or love everyone.
— Mais continuai-je, s’il croit que je vais lui écrire ! Ah ! bien oui ! Pour donner des documents contre moi et ces maudits prêtres ! A ces canailles ! - Marie, vous ne faites pas bien, vous avez sans doute encouragé ce pauvre homme, c’est mal, on ne doit pas plaisanter avec la vraie affection, c’est si rare, si précieux et puis c’est dangereux, tout en riant vous pouvez rendre les gens excessivement malheureux ! - Mademoiselle Collignon, si je suivais vos conseils concernant mes amoureux je devrais ou rester toujours seule à m’ennuyer ou aimer tout le monde.
Besides, I am enchanted by this letter — come, you shall accompany me. Ruy Blas is Antonelli’s opera; let us sing it while I am in love with him, for tomorrow perhaps I shall love Audiffret and shall want to sing Mignon. Since yesterday I have had a strange fancy for Audiffret. — What a madwoman! Collignon and Dina cried.
D’ailleurs je suis enchantée de cette lettre, allons, vous m’accompagnerez. Ruy Blas, c’est l’opéra d’Antonelli, chantons-le pendant que je l’aime, car demain peut-être j’aimerai Audiffret et je voudrai chanter Mignon. Depuis hier j’ai une étrange fantaisie pour Audiffret. - Quelle folle ! firent Collignon et Dina.
I sang — then went back to my room, and something indescribable occurred within me: each word of that letter was like a sharp and delicious blow striking me in the heart and making every fibre of my being resound with delight.
Je chantai, puis je remontai chez moi et alors il se passa en moi quelque chose d’indescriptible, chaque mot de cette lettre était comme un coup aigu et délicieux, qui me frappait au cœur et faisait résonner de délice toutes les fibres de mon être.
What to reply to him? He loves me — he is unhappy! But first, let us fulfil the promise to the General and send him a note in these terms: “General! The sensational letter has arrived. The shock6 has been duly delivered. Long live the sorcerer! Thank you.”
Que lui répondre ? Il m’aime, il est malheureux ! Mais, d’abord, remplissons la promesse envers le général et envoyons-lui une lettre ainsi conçue : « Général ! La lettre à sensation est arrivée. Le schreck est produit. Vive le sorcier ! Merci. »
Editors’ note
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in the margin · Annotation de Marie
Why, that is an order of the day!
Mais c’est un ordre du jour cela !
I shall reply to Antonelli with these simple words: You are a wretch! No. I thought about it until dinner.
Je lui répondrai, à Antonelli, ces simples mots : Vous êtes un misérable ! Non. J’y ai pensé jusqu’au dîner.
— I have found the reply, I said. — To what? Grandfather asked. — To Antonelli’s letter. — He writes to you? — Yes. — Ah! Ha! He writes to you himself.
— J’ai trouvé la réponse, dis-je. - A quoi ? demanda grand-papa. - A la lettre d’Antonelli. - Il t’écrit ? - Oui. - Ah ! ah !, il t’écrit à toi.
— Yes, and I have found the reply: Nihil.7 (I believe the word is spelt nighil.) Nothing at all.
— Oui, et j’ai trouvé la réponse : Nihil. (Je crois que ce mot s’écrit nighil). Rien du tout.
— Yes, he said, one must reply with nothing; you must not write. Besides, it will only add to your value as a person — one loves best what is inaccessible, believe me.
— Oui, dis-je, il ne faut rien répondre, tu ne dois pas écrire. D’ailleurs cela ne fera qu’ajouter de la valeur à ta personne, on aime mieux ce qui est inaccessible, crois-moi.
— Grandfather! Grandfather! I cried, opening wide eyes — I thought you were foolish and now I discover that you have wit! Why, you have a great deal of wit, Grandfather! The poor old man grumbled for form’s sake but was visibly gratified by the rough flattery.
— Grand-papa ! Grand-papa ! m’écriai-je en ouvrant de grands yeux, je vous croyais bête et voilà que je découvre que vous avez de l’esprit ! Mais c’est que vous avez beaucoup d’esprit, grand-papa ! Le pauvre vieillard gronda pour la forme, mais fut visiblement satisfait de la rude flatterie.
That’s it — I shall not reply. It is not that I fear compromising myself; there is always a way of writing... even in block capitals — but I shall not write to him because he has tormented me quite enough for me to torment him a little. After all, it may be a trap — a wager with Torlonia: he will have bet on receiving a letter from me. Fie!
C’est cela, je ne lui répondrai pas, ce n’est pas que je craigne de me compromettre, il y a toujours moyen d’écrire... en lettres d’imprimerie même, mais je ne lui écrirai pas parce qu’il m’a assez tourmentée pour que je le tourmente un peu. Après tout, ce peut être un piège, un pari avec Torlonia : il aura parié de recevoir une lettre de moi. Fi !
I do not understand this man. I gave him permission to write to me — I urged him to; it was agreed he would write to me every day, a sort of journal of his life; it was further agreed that, whatever happened, I would not write him a single word. And now he asks whether I shall forgive him the boldness he has taken in writing to me, and begs me to write to him!
Je ne comprends pas cet homme. Je lui ai permis de m’écrire, je l’en ai prié, il était convenu qu’il m’écrirait tous les jours, une espèce de journal de sa vie, il était en outre convenu que, quoiqu’il arrive, je ne lui écrirais pas un mot. Et voilà qu’il me demande si je lui pardonnerai la hardiesse qu’il a prise de m’écrire et qu’il me prie de lui écrire !
Trap or truth, I shall not reply. I have every right to be wounded — besides, I may already have departed. This will be a down payment on the sum of torments I owe him. Very well! Here is my good genius reproaching me for this spite. But is it even spite? Does he truly love me — does he truly care for me? No matter — let us be silent.
Piège ou vérité, je ne répondrai pas. J’ai bien le droit d’être blessée, d’ailleurs je puis être partie déjà. Ce sera un acompte de la somme de tourments que je lui dois. Bon ! voilà que mon génie me reproche cette méchanceté. En est-ce seulement une ? M’aime-t-il vraiment, tient-il à moi ? N’importe, taisons-nous.
— If he truly loves you, Grandfather said, if he is truly in earnest, he will not be rebuffed by this small harshness — it will only make him love you more; he will know well enough how to find you. Have no fear — trust to my experience. Difficulties excite. Severity — inaccessibility — inspire respect, love, and desire.
— S’il t’aime vraiment, dit grand-papa, s’il est vraiment intéressé, il ne sera pas rebuté par cette petite rudesse, il ne t’en aimera que plus, il saura bien où te trouver. Ne crains rien et crois à mon expérience. Les difficultés excitent. La sévérité, l’inaccessibilité, font respecter, aimer et désirer.
— Grandfather, you speak like an angel — I am entirely of your opinion; I could not have put it better myself. All the same, I need to write down Grandfather’s words, to re-read them and recall them at every moment; and also to remember what I myself said on this subject in Rome (on arrival), so as to keep myself in these good dispositions — for I waver, I feel pity, I feel myself becoming indulgent. He is unhappy. Wretched heart — wretched weakness!
— Grand-papa, vous parlez comme un ange, je suis de votre avis, je n’aurais pas mieux dit moi-même. C’est égal, j’ai besoin d’écrire ces paroles de grand-papa, de les relire et de me les rappeler à chaque instant et aussi de me souvenir de ce que j’ai dit moi-même sur ce sujet à Rome (en arrivant) pour me maintenir dans ces bonnes dispositions, car je chancelle, je plains, je me sens indulgente. Il est malheureux. Fichu cœur, fichue faiblesse !
Hearing my family return, I went to share their supper in the pavilion and to show them the letter. Walitsky laughed and clapped his hands like a child. My aunt repressed her smiles behind a haughty air; Maman smiled openly. We laughed, everyone was pleased, plans were made. Walitsky wanted to reply tomorrow to Saturday’s letter. I forbade him. — And why? I repeated Papa’s words.
Entendant rentrer les miens, j’allai partager leur souper au pavillon et leur communiquer la lettre. Walitsky rit et bat des mains comme un enfant. Ma tante retient ses sourires sous des airs hautains, maman sourit à découvert. On rit, on est content, on fait des plans. Walitsky veut lui répondre demain à la lettre de samedi. Je le lui défends. - Et pourquoi ? Je répétai les paroles de papa.
— That is nonsense, they told me — for Walitsky has the right to write to whoever he pleases. — But, my aunt interrupted, you say that vile things have been written about us — how is it then that none were told to Löbecke, whose aunt spent the winter in Nice and frequented all that world? — It is simply, said Walitsky, returning to Pietro — it is simply that his parents give him no money; he cannot therefore come to Nice on a hundred francs.
— Ce sont des bêtises, me répondit-on, car Walitsky a le droit d’écrire à qui il veut. - Mais, interrompit ma tante, vous dites que l’on a écrit des vilenies sur notre compte, comment se fait-il donc qu’on n’en ait pas dites à Lôbecke dont la tante a passé l’hiver à Nice et a fréquenté tout ce monde ? - C’est tout simplement, dit Walitsky, parlant de nouveau de Pietro, c’est tout simplement les parents qui ne lui donnent pas d’argent, il ne peut donc pas venir à Nice avec cent francs.
— No — listen: I do not understand this creature. I give him permission to write to me; he makes no use of it, and now he apologises for the boldness of it! — But, Walitsky said, since he was intending to come himself — he writes as much to me — poor fellow! He wanted to come; it is not his fault if he cannot! — Poor Pietro! — Poor Antonelli! — Go on, go on — pity him! You are all in love with him. — Certainly — I love him, said Walitsky.
— Non, écoutez donc, je ne comprends pas cette créature, je lui permets de m’écrire, il n’use seulement pas de la permission et à présent il s’excuse sur cette hardiesse ! - Mais, reprit Walitsky puisqu’il comptait venir lui-même, il me l’écrit, pauvre garçon ! il voulait venir, ce n’est pas sa faute s’il ne peut pas ! - Pauvre Pietro ! - Pauvre Antonelli ! - Allez, allez, plaignez-le ! vous êtes tous amoureux de lui. - Sans doute, je l’aime dit Walitsky.
Finally everyone joked in every possible way on the same theme — but I told them that I wished to marry in order to have racehorses, jewels, palaces — to make a tremendous fuss — and not to spin out a perfect romance with any creature whatsoever. — Know, I said at last, that love is to be had for nothing — one is even sometimes paid for it — whereas... Besides, I continued, I shall not marry since I wish to become a singer. And now they are all alarmed by this new idea.
Enfin on plaisante de toutes les façons sur le même thème mais je leur dis que je veux me marier pour avoir des chevaux de courses, des bijoux, des palais, faire un tapage du diable et non point pour filer le parfait amour avec un animal quelconque. - Sachez, dis-je enfin, que l’amour se trouve pour rien, on nous le paye même quelquefois, tandis que... D’ailleurs, continuai-je, je ne me marierai pas puisque je veux devenir chanteuse. Et les voilà tous effrayés de cette nouvelle idée.
— Walitsky, my friend, do not write to the puppy8 in Rome. — I shall write to tell him I leave in a week — he will understand; I am giving him a week then. — Oh! I cried — if only he could arrive when I am no longer here! — That is just your character: always pranks.
— Walitsky, mon ami, n’écrivez pas au chtchenock de Rome. - Je lui écrirai que je pars dans une semaine, il comprendra, je lui donne donc une semaine. - Ah ! m’écriai-je, s’il pouvait arriver quand je n’y serai plus ! - Voilà ton caractère, toujours des farces.
— Madame, hear what Publius Syrus said in Antiquity:9 “A lover is like a torch — the more you shake it, the more it burns.” And La Rochefoucauld in modern times:10 “Absence diminishes mediocre passions and increases great ones, as the wind extinguishes candles and fans a fire.” Now, I refuse to admit that anyone could have a mediocre passion for me; as for great ones, I refer you to the two sages I have just cited. Besides, I am always glad to torment someone.
— Madame, écoutez ce qu’a dit Publius Syrus dans l’Anti-quité : « L’amant est un comme un flambeau, plus on l’agite, plus il brûle. » Et La Rochefoucauld dans les temps modernes : « L’absence diminue les passions médiocres et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu . » Or je n’admets pas qu’on ait pour moi des passions médiocres, quant aux grandes je m’en rapporte aux deux sages que je viens de citer. D’ailleurs je suis toujours contente de tourmenter quelqu’un.
Notes
A dress in the style inspired by Dante’s Beatrice and Pre-Raphaelite paintings: loose, flowing, with a low or open neckline, rejecting the tightly structured fashions of the day. ↩
Ruy Blas: opera by Filippo Marchetti (1869), after Victor Hugo’s play. Marie associates this opera with Pietro Antonelli. ↩
In Italian in the original: E altro ! — “And how!” or “You can say that again!”, an ironic exclamation of mock defiance. ↩
Pietro’s original letter, written in Italian, was pinned directly into the diary notebook by Marie. ↩
In Italian in the original: O canaglia ! — “Oh, scoundrel!”, used here with delighted irony. ↩
In German in the original: schreck (see the entry of 24 June). ↩
Nihil: Latin for “nothing.” Marie misremembers the spelling, writing “nighil” — a charming slip. ↩
In Russian in the original: chtchenock (Russian shchenok, “puppy”) — an affectionate diminutive used by the household for Pietro. ↩
Publius Syrus (1st century BC), Roman writer of moral maxims. Marie had quoted him extensively in the entry of 18–19 June. ↩
François de La Rochefoucauld (1613–1680), Maximes, no. 276. ↩