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Wednesday, 19 April 1876
Mercredi 19 avril 1876
See the disadvantage of my position. Antonelli without me has his club, society, his friends — everything, in a word, except me. Whereas I, without Antonelli, have nothing.
Voyez le désavantage de ma position. Antonelli sans moi a le cercle, le monde, ses amis, tout en un mot excepté moi. Tandis que moi sans Antonelli, je n’ai rien.
For him I am only a luxury pastime; for me he was everything — he made me forget our horrible position, and I did not think of it and occupied myself only with him, too happy to escape.
Je ne suis pour lui qu’une occupation de luxe, lui était pour moi tout, ile faisait oublier notre horrible position, et je n’y pensais pas et je ne m’occupais que de lui trop heureuse d’échapper.
Whatever I become, I bequeath my journal to the public. All the books one reads are inventions — the situations in them are forced, the characters false. Whereas this is the photograph of an entire life. Ah! you will say, but this photograph is tedious while inventions are entertaining! If you say that you give a very poor notion of your intelligence. I offer you here what has never yet been seen. All memoirs, all journals, all these letters one publishes, are nothing but painted inventions designed to deceive the world.1
Quoique je devienne je lègue mon journal au public. Tous les livres qu’on lit sont des inventions, les situations y sont forcées, les caractères faux. Tandis que ceci c’est la photographie de toute une vie. Ah ! direz-vous, mais cette photographie est ennuyeuse tandis [que] les inventions sont amusantes ! Si vous dites cela vous ne donnez une bien petite idée de votre intelligence. Je vous offre ici ce qu’on a encore jamais vu. Tous les mémoires, tous les journaux, toutes ces lettres qu’on publie, ne sont que des inventions fardées et destinées à tromper le monde.
[Annotation: As if the tone here were not forced, and as if everything were not of a wearisome exaggeration and romanticism! 1881]2
[Annotation: Avec ça qu’ici le ton n’est pas forcé et que tout n’est pas d’une exagération et d’un romantisme fatigants ! 1881]
I have no interest in deceiving — I have no political acts to conceal, no criminal relations to hide; no one cares whether I love or do not love, whether I weep or whether I laugh. My greatest concern is to express myself as exactly as possible. I have no illusions about my style or my spelling.
Je n’ai aucun intérêt à tromper, je n’ai ni actes politiques à voiler, ni relations criminelles à dissimuler, personne ne s’inquiète si j’aime ou si je n’aime pas, si je pleure ou si je ris. Mon plus grand soin est celui de m’exprimer aussi exactement que possible. Je ne me fais pas illusion sur mon style et mon orthographe.
I write letters without errors, but in the midst of this ocean of words I doubtless let many slip. I also make errors in French. I am a foreigner — but ask me to express myself in my own language, and I would perhaps do it even worse.
J’écris des lettres sans faute mais au milieu de cet océan de mots j’en laisse échapper sans doute beaucoup. Je fais en outre des fautes de français. Je suis étrangère, mais demandez-moi [que] je m’exprime en ma langue, je le ferai peut-être plus mal encore.
But it is not to say all that that I opened the notebook. It is to say that it is not yet noon, that I am more than ever given over to my tormenting thoughts, that my breast is heavy, and that I would gladly howl.
Mais ce n’est pas pour dire tout cela que j’ai ouvert le cahier. C’est pour dire qu’il n’est pas midi, que je suis plus que jamais livrée à mes tourmentantes pensées, que ma poitrine est oppressée et que je hurlerais volontiers.
Besides, this is my natural state, as long as I have no Pietro to distract me from my constant unhappiness. That is why I cling to him so.
D’ailleurs c’est mon état naturel, tant que je n’ai aucun Pietro pour me distraire de mon malheur constant. C’est pour cela que j’y tiens tellement.
The sky is grey; the Chiaia is traversed only by cabs and dirty pedestrians; those stupid trees planted between the promenade and the sea prevent one from seeing it. In Nice on the Promenade des Anglais one has on one side the villas and on the other the sea, which breaks on the pebbles unobstructed. Here one has houses on one side and on the other a kind of garden that runs the length of the street and separates it from the sea — which is itself separated from the garden by a fairly large stretch of barren ground covered in building rubble, offering a spectacle of truly desolating sadness. Arriving at the square that terminates the Chiaia — planted with pretty shrubs — one feels far better, and that spot is pretty. Further on one enters the quay: houses on the left, the sea on the right — but the sea stopped by a balustrated wall lined with stalls of oyster-sellers and shellfish-dealers; then come the iron gates of the port itself. But that is no longer the sea — it is a dirty place, entirely obstructed by a heap of ugly things.
Le ciel est gris, la Chiaia n’est traversée que par des fiacres et de sales piétons, ces stupides arbres plantés entre la promenade et la mer empêchent de la voir. A Nice à la promenade des Anglais on a d’un côté les villas et de l’autre la mer qui vient se briser sur les galets sans aucun empêchement. Ici on a les maisons d’un côté, d’un autre on a une espèce de jardin qui se continue aussi longuement que la rue et qui la sépare de la mer dont il est lui-même séparé par un assez grand espace de terre aride, couverte de pierres de constructions et offrant un spectacle de tristesse vraiment désolante. Arrivés sur le carré qui termine la Chiaia, qui est planté de jolis arbustes, on se sent bien mieux et cet endroit là est joli. Plus loin on entre sur le quai, à gauche les maisons, à droite la mer mais la mer arrêtée par un mur à balustres, et garni de boutiques de marchands d’huîtres, de coquillages, puis viennent les grilles du port lui-même. Mais ça ce n’est plus la mer, c’est un sale endroit tout obstrué par un tas de laideurs.
Grey weather always makes me a little sad — but here, but today, it oppresses me. This deathly silence in our hotel apartment; this irritating noise of cabs and bell-hung carts outside; this grey sky; this wind stirring the curtains!
Le temps gris me rend toujours un peu triste mais ici, mais aujourd’hui il m’opprime. Ce silence de mort dans notre appartement d’hôtel, ce bruit agaçant de fiacres et de charrettes à grelots, au dehors, ce ciel gris, ce vent qui agite les rideaux !
Ah! I am very wretched, and I must blame neither the sky nor the sea but the earth. This disappointment concerning Pietro — whom I always thought so sincere and so passionate, despite my doubts... Sincerity and passion transformed into a lie and cowardly submission!
Ah ! je suis bien misérable et il ne faut m’en prendre ni au ciel ni à la mer mais à la terre. Cette déception sur le compte de Pietro que je pensais toujours si sincère et si furieux malgré mes doutes... La sincérité et la fureur se changent en un mensonge et en une lâche soumission !
After all, my life is only beginning — why cry out so much over a disappointment, over a lie! I shall see so many more.
Après tout, ma vie ne fait que commencer, pourquoi tant crier pour une déception, pour un mensonge ! J’en verrai tant encore.
Tomorrow evening we leave. There is not enough money — we must go. Is that not vexing?
Demain soir nous partons. On n’a pas assez d’argent, il faut partir. Est-ce contrariant ?
The time has seemed long to me — and yet tomorrow it will barely have been eight days!
Le temps m’a paru long et pourtant il y aura à peine huit jours demain !
I would very much like to know since when his lordship Antonelli has been in Rome. I would like to know above all the truth! Was he removed by some ruse, or did he remove himself? If the latter were so, it would also mean that he had never said a single true word to me.
Je voudrais bien savoir depuis quand le seigneur Antonelli est à Rome. Je voudrais savoir avant tout la vérité ! A-t-il été éloigné par ruse ou bien s’était-il éloigné lui-même. En admettant cette dernière hypothèse il faudrait aussi qu’il ne m’eut jamais dit un seul mot de vérité.
If he was removed by a ruse, once back he ought to have stirred himself a little more than this. But there is a third supposition. He has renounced me of his own accord. There — that would be charming.
S’il était éloigné par une ruse, une fois de retour il aurait dû se remuer un peu plus que ça. Mais il y a une troisième supposition. Il a renoncé à moi de lui-même. Voilà qui serait charmant.
Or perhaps he loves me — but since I do not love him he wishes to force himself to forget me. That is the most flattering supposition for my pride — and perhaps a fairly probable one.
Peut-être aussi il m’aime mais comme je ne l’aime pas il veut se forcer à m’oublier. Voilà la supposition la plus flatteuse pour mon amour-propre, et peut-être assez probable.
Plowden will not fail to show him my photograph and have him read the PEACE TO YOU3.
Plowden ne manquera pas de lui montrer ma photographie et de lui faire lire le PAX TIBI.
In any case, so much the better. Ah! But I forgot something magnificent — as Foster used to say — which is that it was I who did not want him; it was I who always said no, and he will not think that I love him. There is a compensation — almost a joy.
Dans tous les cas tant mieux. Ah ! mais j’oubliais quelque chose de magnifique, comme disait Foster, c’est que c’est moi qui n’ai pas voulu de lui, c’est moi qui ai dit toujours non, et il ne pensera pas que je l’aime. Voilà une compensation, presque une joie.
A few more days and I shall be in Nice. This moment, so desired before, is quite indifferent to me now. I would not wish to delay it — solely because of my character, which is so contrary to postponements of any kind.
Encore quelques jours et je suis à Nice. Cet instant, si désiré avant, m’est bien indifférent à présent. Je ne voudrais pas le reculer simplement à cause de mon caractère qui est si contraire aux délais quels qu’ils soient.
I am glad to have spent a few days in Florence last summer, and to have come to Naples this spring. I shall no longer have that aversion I have for every new city — if in future I have occasion to go to them.
Je suis contente d’avoir été l’été passé pour quelques jours à Florence, et ce printemps à Naples. Je n’aurai plus cette aversion que j’ai pour chaque nouvelle ville, si dans l’avenir j’ai à y aller.
That poor aunt, dying of boredom! She has never been so long alone, and her letters are pitiful to read. And Grand-papa! And the dogs and the Sapogenikoffs and Collignon and the monkeys!4
Cette pauvre tante qui se meurt d’ennui ! Elle n’a jamais été si longtemps seule et ses lettres me font pitié. Et grand-papa ! Et les chiens et les Sapogenikoff et Collignon et les singes !
I believe Antonelli has been in Rome since Saturday. In that case he would only have been delayed by a week. Good — more mitigations and excuses. Besides, it is not to justify him — it is to calm myself.
Je crois qu’Antonelli est à Rome depuis samedi. Dans ce cas il n’aurait retardé que d’une semaine. Bon, encore des adoucissants et des excuses. D’ailleurs ce n’est pas pour le justifier, mais pour me calmer.
Altamura displays and throws about too much money for me to trust him. One sees at once whether a man throws his money about from habit or to throw dust in one’s eyes.
Altamura montre et jette trop d’argent pour que j’ai de la confiance. On voit de suite si l’homme jette son argent par habitude ou pour lancer de la poussière aux yeux.
I am so bored that I do not know what to do with myself, and La Comtesse de Salisbury5 is too serious a book to take my mind off things and hold my interest.
Je m’ennuie tant que je ne sais où me mettre et « La Comtesse de Salisbury » est un livre trop grave pour m’étourdir et m’intéresser.
Canaries and parrots! I am just back from the promenade — it was brilliant. We had just turned in front of the balcony where the gentlemen were standing, Muliterno among them, and watched Altamura playing the clown on his horse, when Torlonia passed with a friend of Petruccio’s and raised his hat quite naturally — as if we were on the Corso or the Pincio.6 He had spotted Chocolat beside the coachman from a distance — but for me it was so unexpected, so unexpected... that I found it the most natural thing in the world. The gaiety rose from my heart to my head like the foam of a bottle of champagne. I went back in and stationed myself on the balcony half mad with joy — and then... what am I to Torlonia? Why this joy at the sight of a man who does not even look at me?... And little by little the foam subsided, and once more I saw the sad reality. I alone think of all these people — they do not concern themselves with me.
Canaris et perroquets ! Je rentre de promenade, elle a été brillante. Nous venions de tourner devant le balcon où se tenaient des messieurs et entre autre Muliterno, et de voir Altamura faire le clown sur son cheval, quand passa Torlonia avec un ami de Petruccio et ôta son chapeau tout naturellement, comme si nous étions au Corso ou au Pincio. Il avait vu de loin Chocolat à côté du cocher, mais pour moi c’était si inattendu, si inattendu... que je l’ai trouvé tout naturel. La gaieté m’a monté à la tête du cœur, comme la mousse d’une bouteille de champagne. Je suis rentrée me mettre au balcon à moitié folle de joie, et puis... que suis-je pour Torlonia, pourquoi cette joie à la vue d’un homme qui ne me regarde même pas ?.. Et peu à peu la mousse s’est calmée, et de nouveau j’ai vu la triste réalité. Seule je pense à tous ces gens-là, ils ne s’inquiètent pas de moi-
— I do not want to leave tomorrow! I exclaimed on coming in. And why stay? Certainly to see Torlonia is an immense pleasure — but this pleasure is accompanied by so many pains and so many humiliating thoughts that really it is enough to dash one’s head against the wall!!
Je ne veux pas partir demain ! m’écriai-je en rentrant. Et pourquoi rester ? Certes voir Torlonia est un immense plaisir mais ce plaisir est accompagné de tant de peines et de tant d’humiliantes pensées que vraiment c’est à se briser la tête ! !
Let us mention in passing that we visited the Royal Palace near the Teatro San Carlo.7 Doenhoff, having met us when Maman had already gone back, asked whether we were at home this evening. We are going to the theatre.
Disons en passant que nous avons visité le palais du Roi, près le théâtre San Carlo. Doenhoff nous ayant rencontrées lorsque maman était déjà rentrée a demandé si on était chez soi ce soir. Nous allons au théâtre.
Dinner is served; I dine alone while the others go to the table d’hôte.
Le dîner est servi, je dîne seule et les autres vont à la table d’hôte.
God — what sadness! Truly Torlonia is adorable — there is someone I would be mad about if he loved me!!
Dieu quelle tristesse ! Vraiment Torlonia est adorable, voilà de qui je serais folle s’il m’aimait ! !
That moment of happiness has hurt me — this Torlonia has humiliated me, I do not know why.
Cet instant de contentement m’a fait mal, ce Torlonia m’a humiliée je ne sais pourquoi.
There are many Roman faces here — one would think it the Corso.
Il y a beaucoup de figures de Rome ici, on dirait le Corso.
I do not want to stay anywhere — I want to rush headlong to Russia and return from it only when I am clean. One hour more and this life seems to me impossible. I do not know whether it is my imagination, but it seems to me that everyone is pointing at us, mocking, despising!
Je ne veux plus rester nulle part, je veux courir tête baissée en Russie et n’en revenir que propre. Une heure de plus et cette vie me paraît impossible. Je ne sais si c’est l’imagination mais il me semble que chacun nous montre au doigt, se moque, méprise !
You understand what torture it is!
Vous comprenez quelle torture !
I shall not go to the theatre! Why go? To arouse curiosity — so that people ask who is that? — and so that they answer: I don’t know.
Je n’irai pas au théâtre ! Pourquoi aller ? Pour exciter la curiosité pour qu’on demande qui ? Et pour qu’on réponde, je ne sais pas.
Ah! If they answered that, it would be too fortunate — but no: they will want to provide information gathered in scraps and stitched together to form a most abominable fabric!
Ah ! si on répondait cela ce serait trop heureux mais non, on voudra donner des renseignements ramassés par lambeaux et cousus ensemble pour former une abominable étoffe !
Besides, it seems to me that everyone knows us. One must leave — nothing holds me here; I am good for nothing — not for myself, not for anyone; no one loves me, no one cares for me!
D’ailleurs il me semble que tout le monde nous connaît. Il faut partir, rien ne me retient ici, je ne suis bonne à rien ni pour moi ni pour personne, personne ne m’aime, personne ne se soucie de moi !
I hear Doenhoff, who has just come into the drawing room. The poor fool still hopes to obtain something from Maman. He might as well court a statue or a piece of furniture.
J’entends Doenhoff qui vient d’entrer au salon. Ce pauvre fou espère encore obtenir quelque chose de maman. Autant vaudrait faire la cour à une statue ou à un meuble.
Ah! Pietro! believe me, if only I could, I would make you pay dearly for all the vexations you cause me! I really do not know what is the matter with me, but I pity myself!
Ah ! Pietro ! crois-moi, si je pouvais seulement, je te ferais payer cher tous les ennuis que tu me causes ! Je ne sais vraiment ce que j’ai mais je me fais pitié !
The theatres begin very late here, at half past nine.
Les théâtres commencent fort tard ici, à neuf heures et demie.
I am so weak and so sad, and if Pietro came in I... I would be glad.
Je suis si faible et si triste et si Pietro entrait je... je serais contente.
We go with Doenhoff as far as the Hôtel du Louvre, where he is staying; then we continue on our way and arrive at the Frondo theatre in the middle of the first act of my dear Barber of Seville. We are on the right, the only side I like; the boxes here are large, handsome and comfortable, and between the armchairs there is a raised sofa hidden in the shadow. It was on this sofa that I sat at first, leaving Dina alone in front, with Maman in the second row.
Nous allons avec Doenhoff jusqu’à l’hôtel du Louvre où il descend, alors nous continuons notre chemin et arrivons au théâtre Frondo en plein premier acte de mon cher “Barbier de Séville”. Nous sommes à droite, le seul côté que j’aime, les loges ici sont grandes, belles, commodes, entre les fauteuils il y a un canapé élevé et caché dans l’ombre. C’est sur ce canapé que je me mis d’abord laissant Dina seule sur le devant avec maman sur le second plan.
Torlonia is opposite, in the Neapolitan club box;8 although I am in the shadow, I cannot look at him, for he has his glass trained on me.
Torlonia est en face dans la barcaccia napolitaine, bien que dans l’ombre, je ne puis le regarder car il me lorgne.
— How I detest him, said Maman; I have always detested him.
— Comme je le déteste, dit maman, je l’ai toujours détesté.
— Whom, Maman?
— Qui, maman ?
— That young man.
— Ce jeune homme.
I say nothing and stay quietly in my corner.
Je ne dis rien et reste tranquille dans mon coin.
— There he goes already, she continues. No, he is only hiding.
— Le voilà qui s’en va déjà, continue-t-elle, non il ne fait que se cacher.
Two seconds later there was a knock at the door and Chocolat announced Torlonia.
Au bout de deux secondes on frappait à la porte et Chocolat annonçait Torlonia.
I was so astonished that I scarcely answered his apologies for his attire, and only a minute later asked him to sit down. He was not drunk — wait a moment: his but listen rings so agreeably in my ears that I am going to close my eyes for two minutes...
J’en fus si étonnée que je répondis à peine à ses excuses sur sa toilette et ne lui dis qu’une minute après de s’asseoir. Il n’était pas ivre., attendez un instant, son écoutez-donc, me résonne dans les oreilles si agréablement que je vais fermer les yeux pour deux minutes...
... There, let us go on now. He was not drunk, as I said, but on the contrary very sober, very proper and charming. He even said that it is a great misfortune when young girls are rich, for they cannot believe in the disinterestedness of those who court them; they always think it is for their money. This was said apropos of Mlle Mechtchersky, whom he has known since December but had not even greeted, and about whom he did not trouble himself in the least until the other day, when he talked with her and found her very agreeable.
... Voilà, continuons à présent. Il n’était pas ivre, comme je l’ai dit, mais au contraire très sobre, très convenable et charmant. Il a même dit que c’est bien malheureux lorsque les jeunes filles sont riches, car elles ne peuvent pas croire au désintéressement de ceux qui leur font la cour, elles pensent toujours que c’est pour leur argent. Ceci fut dit à propos de Mlle Mechtchersky qu’il a connue depuis le mois de décembre mais qu’il n’a pas même saluée, et ne s’est aucunement soucié d’elle jusqu’à un de ces jours où il a causé avec elle et l’a trouvée très sympathique.
Pietro has been in Rome for three days; the country air has done him good and he has grown fatter, but come now!9
Pietro est à Rome depuis trois jours, l’air de la campagne lui a fait du bien et il a engraissé, mais via !
Torlonia claims to have known us under the name of Appletcheieff; it was only the other day that Mlle Mechtchersky is supposed to have told him our real name. I wonder what they can have said about my unfortunate person.
Torlonia prétend nous avoir connues sous le nom d’Appletcheieff, ce n’est qu’un de ces jours que Mlle Mechtchersky lui aurait dit le vrai nom. Je me demande ce qu’ils ont bien pu dire de ma malheureuse personne.
— I walk into Spillmann’s and he asks me whether I am going to Naples. Why? Because these ladies are going to Naples. That is how I learned of it; I meant to come and pay my respects that same evening, but it was too late.
J’arrive chez Spillmann et il me demande si je vais à Naples. Pourquoi ? parce que ces dames vont aller à Naples. Voilà comment j’ai appris cela, je voulais le même soir aller vous saluer mais c’était trop tard.
He always means to, and he never does.
Il veut toujours, et il ne le fait jamais.
No, but listen — I have nothing but those words in my head. He stayed a long time, but never long enough; he went away saying “until tomorrow at the races” just as Altamura came in. Doenhoff has made enquiries about this gentleman and was told, for certain, that Altamura is a very respectable and wealthy man. That reassures me a little.
Non, écoutez donc, je n’ai que ces mots en tête. Il est resté longtemps, mais jamais assez; il s’en alla en disant, à demain aux courses, lorsqu’entrait Altamura. Doenhoff a pris des informations sur ce monsieur et on lui a dit, pour sûr qu’Altamura était un homme très respectable et riche. Voilà qui me rassure un peu.
So Torlonia went off to the club box, and I moved to the front, to be furiously ogled and stared at by the gentlemen opposite — three boxes of them, I think.
Torlonia s’en alla donc dans la barcaccia et je me mis sur le devant pour être furieusement lorgnée et regardée par les messieurs d’en face, trois loges je crois.
No, but listen. The devil — those words and that voice pursue me.
Non, écoutez donc. Diable, ces mots et cette voix me poursuivent.
But soon he went away, and half an hour later I begged Maman to leave the theatre, where I was bored without him. Altamura saw us home.
Mais bientôt il s’en alla et une demie-heure après je priai maman de quitter le théâtre où je m’ennuyais sans lui. Altamura nous conduisit jusqu’à chez nous.
— Oh! said Maman, I am sure they will marry him to the Mechtchersky girl.
— Oh ! dit maman, je suis sûre qu’on le mariera à la Mechtchersky.
— And why? I think that...
— Et pourquoi, je crois que...
— Because, she interrupted, she will fall in love with him, she will want him, and since the match is a fine one on both sides, it will come about. Countess Kiseleff will manage the affair so well that the proposal will be made through the ambassadress. Oh! I am quite sure of it.
— Parce que, interrompit-elle, elle deviendra amoureuse de lui, elle le voudra et, comme le parti est beau des deux côtés, cela se fera. La comtesse Kiseleff mènera si bien l’affaire que la demande se fera par l’intermédiaire de l’ambassadrice. Oh ! j’en suis tout à fait sûre.
Maman knows that this gives me anything but pleasure, but she says it with a salutary intention, to prepare me for it.
Maman sait que cela me fait tout autre chose que plaisir mais elle le dit avec une intention salutaire et pour m’y préparer.
One is never prepared for unpleasantness.
On n’est jamais préparé aux désagréments.
No doubt the Mechtchersky girl will fall in love with him — and who would not, especially if he shows himself a little attentive?
Sans doute la Mechtchersky deviendra amoureuse de lui et qui ne le deviendrait pas surtout s’il se montre un peu attentif.
written across the page
Oh! how stupid that is.
en travers Oh ! que c’est bête.
— No, tell me, Marie, Dina asks during supper, you... no, listen, one can suppose anything, can one not?
— Non, dis-moi, Marie, demande Dina pendant le souper tu... non, écoute, on peut tout supposer, n’est-ce pas ?
— Yes. And then?
— Oui, après ?
— One can suppose the least probable things.
— On peut supposer les choses les moins probables.
— No doubt.
— Sans doute.
— Well, if he asked for your hand, would you accept him? Answer me, and seriously.
— Eh bien, s’il te demandait en mariage, l’accepterais-tu ? Réponds-moi et sérieusement.
— Truly and seriously, I tell you I would accept him at once.
— Vrai et sérieusement je te dis que je l’accepterais tout de suite.
— You say that because you think he will not ask you.
— Tu dis cela parce que tu penses qu’il ne te demandera pas.
— Why no, I say it because it is the truth.
— Eh non, je le dis parce que c’est la vérité.
— And whom would you choose, him or Doenhoff?
— Et qui choisirais-tu, lui ou Doenhoff ?
— Him, of course.
— Sans doute lui.
— Oh!!
— Oh !!
— It is the truth. Doenhoff is more serious, more important perhaps, but the mere idea of living in Prussia!... whereas I adore Italian life.
— C’est la vérité, Doenhoff est plus grave, plus important peut-être, mais la seule idée de vivre en Prusse !... tandis que j’adore la vie italienne.
A fig for everyone. Torlonia said a few words to me in passing; he was almost rude in Rome, and here he deigned to spend half an hour or three quarters of an hour in my box, and I am wild about it.
Foin de tout le monde. Torlonia m’a dit quelques mots en passant, il a été presque impoli à Rome, ici il a daigné passer une demie-heure ou trois quarts d’heure dans ma loge et j’en suis folle.
Ah! how ugly it is to know for certain that he does not look at me, that I am nothing to him!
Ah ! que c’est laid de savoir pour sûr qu’il ne me regarde pas, que je ne lui suis rien !
Notes
Marie’s manifesto for the diary as document humain — anticipating what she will refine into her famous 1884 preface. This passage was suppressed in the 1887 published edition. ↩
Marie’s own note, added to this page when she reread the diary in 1881. ↩
In Latin in the original: PAX TIBI — the two words Marie wrote in block capitals on the photograph she gave Plowden (entry of 3 April 1876). ↩
The household at Nice evidently included actual pet monkeys — a not-uncommon aristocratic affectation in the 1870s. ↩
La Comtesse de Salisbury — a historical novel by Alexandre Dumas père (1839), set in the reign of Edward III of England, involving the founding of the Order of the Garter. One of Dumas’s many medieval romances. ↩
The Pincio — the hilltop terrace gardens above the Piazza del Popolo in Rome, one of the fashionable promenading spots for the Roman aristocracy. Torlonia’s hat-tip here carries the easy naturalness of a social equal — which is precisely what thrills Marie. ↩
Teatro San Carlo — Naples’ great opera house, one of the oldest and largest in the world (opened 1737), considered a rival to La Scala. Located adjacent to the Royal Palace (Palazzo Reale). ↩
In Italian in the original: barcaccia — in an Italian opera house, the large proscenium box beside the stage, taken by a club or a group of young men of fashion. ↩
In Italian in the original: via! — a dismissive “come now!” or “enough of that!”. ↩