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Sunday, 5 December 1875
Dimanche, 5 décembre 1875
I slept until noon, and I find Varpahovsky at luncheon. He is a gentleman who is half blind — but it seems to me he is so morally as well as physically.
J’ai dormi jusqu’à midi, et je trouve Varpahovsky à déjeuner. C’est un monsieur à moitié aveugle, mais il me semble qu’il l’est aussi moralement que physiquement.
I am tired; it is raining; I stay home all day.
Je suis fatiguée, il pleut et je reste toute la journée chez moi.
“If only I had been able to foresee,” my aunt exclaims at luncheon, “that you would involve yourself with the Audiffrets! Ah! my God! If you continue to busy yourself with these peasants1 I shall curse you!”
- Si j’avais seulement pu prévoir, s’écrie ma tante à déjeuner, que vous seriez avec les Audiffret ! Ah ! mon Dieu ! Si vous continuez à vous occuper de ces moujiks je vous maudirai !
She says this because since this morning I have spoken of nothing but the old man.
Elle dit cela parce que depuis ce matin je ne parle que du vieux.
We have finally managed to obtain Fanny Lear2 — the book written by the mistress of the unfortunate Grand Duke Nicolas Konstantinovich.
Nous avons enfin pu avoir « Fanny Lear », ce livre ecrit par la maitresse du malheureux grand-duc Nicolas Constantinovitch.
She describes their first meeting — I was reading aloud in the dining room.
Elle décrit leur première entrevue, je lisais tout haut dans la salle à manger.
“He took my hand and said to me with a laugh: ‘You call this a hand? It is a little bird’s paw!’”
— « Il me prit la main et me dit en riant: Vous appelez cela une main, c’est une petite patte d’oiseau ! »
“Oh,” my aunt interrupted, “that has been said before — just as has: ‘you swim like a little fish.’” She continued — while I blushed like a cherry.
— Oh interrompit ma tante, ça a été dit déjà, de même que: vous nagez comme un petit poisson, continua-t-elle pendant que je rougissais comme une cerise.
“By whom?” asks Maman. “By him?”
— Par qui, demande maman, par lui ?
“Oh! Maman, I beg you — do not make me blush over trifles!” I cried, blushing more and more, my head bent over the book — for I had tears in my eyes, both from my blushes and from a charming memory.
— Oh ! maman, je vous en prie, ne me faites pas rougir pour des bêtises ! m’écriai-je en rougissant de plus en plus, la tête baissée sur le livre, car j’avais les larmes aux yeux tant à cause de ma rougeur qu’à cause d’un souvenir charmant.
What would you have! One is sixteen — or one is not.
Que voulez-vous ! on a seize ans ou on ne les a pas.
in the margin
I do not understand what pleasure my family takes in fanning this flame! It is quite astonishing. But my family is idiotic.
dans la marge Je ne comprends pas quel plaisir trouve ma famille à attiser ce feu ! C’est tout à fait étonnant. Mais ma famille est idiote.
I was planning a family evening and wanted to go to bed at nine o’clock — but all the Sapogenikoffs arrive for dinner in full opera dress, and I go with them, dressed and coiffed exactly as yesterday. Yourkoff goes out near the Cercle Masséna and Marie feels indisposed and returns — so we arrive at the theatre only three.
Je me proposais une soirée en famille et je voulais me coucher à neuf heures mais tous les Sapogenikoff viennent dîner et en toilettes d’opéra, et je vais avec eux, mise et coiffée exactement comme hier. Yourkoff sort près du cercle Masséna et Marie se sent indisposée et rentre de sorte que nous arrivons au théâtre seulement trois.
Léon is in his box, but I make no faces — for with him and beside him are all the Arsons in the world, girls and boys. At the first interval we are nearly dying of laughter with Giro — and I hid behind the formidable person of Nina, joining my hands around her stomach; I have long arms, but — it must be said in her favour — they barely sufficed for her waist. And why? Because père leaned toward one of the Arson girls in the box next to his, so that his nose stood out vividly against the white of the column, and I said:
Léon est dans sa loge mais je ne fais pas de grimaces car avec lui et à côté de lui sont tous les Arson de la terre, filles et garçons. Au premier entracte nous sommes presque mortes de rire avec Giro, et je me cachai derrière la personne formidable de Nina en joignant les mains sur son estomac, j’ai de longs bras mais, il faut lui rendre justice ils ont à peine suffi pour son tour de taille. Et pourquoi je le demande ? Parce que papa s’est penché vers une des Arson qui était dans la loge d’à côté et que son nez se détachait en vigueur sur le blanc de la colonne et que j’ai dit:
“Look, Giro — Léon’s nose is so white that it blends with the white partition between the boxes.”
— Regarde Giro, le nez de Léon est si blanc qu’il se confond avec le blanc de la séparation des loges.
We were on the first floor, and the people in the parterre — Pépino’s brother — were watching us; Giro began to laugh and I nearly choked.
Nous étions au premier étage et les gens du parterre, le frère de Pépino, nous épiaient, et Giro s’est mise à rire et je faillis étouffer.
I am beginning to feel at the Opera as at the Théâtre-Français — as at home.
Je commence à être à l’Opéra comme au Français, comme chez moi.
Cresci is in the box next to ours and addresses me a magnificent bow, which I return with a small familiar nod and a smile of superb condescension.
Cresci est dans la loge à côté de nous et m’adresse un salut magnifique auquel je réponds par un petit salut familier et un sourire de superbe condescendance.
Léon studies me through his glasses the whole time, then comes to the front of his box, looks at me, puts on his hat — and a moment later finds himself in Cresci’s box, where he remains a few minutes.
Léon me lorgne tout le temps, puis vient sur le devant de sa loge, me regarde, met son chapeau et, au bout d’un instant, se trouve chez Cresci, où il reste quelques minutes.
Not a soul I know — and I am gay and content. As arranged, Maman comes to fetch me at ten o’clock; at half past ten we leave — and at the same moment, Léon. What a charming young rogue.
Pas une âme de connaissance et je suis gaie et contente. Comme c’était convenu, maman vient me chercher à dix heures, à dix heures et demie nous partons et en même temps que nous Léon. Quel charmant garnement.
But we had another distraction: Guiglia, our octogenarian neighbour — Saëtone’s uncle. We study him through our glasses and laugh; he looks at us and smiles. He has more than two wigs — like the Duke of Brunswick.3
Mais nous avions aussi une autre distraction, c’est Guiglia, notre voisin octogénaire, l’oncle de Saëtone. Nous le lorgnons et rions, et il nous regarde et sourit. Il a plus de deux perruques, comme le duc de Brunswick. On a eu affaire à lui au moment de l’achat de la villa, comme avec un voisin.
At dinner, the Sapogenikoffs, Yourkoff, Varpahovsky and all the rest spoke of nothing but Audiffret. They discussed his amorous conquests, the devastation he causes — Marie even went so far as to say he could make a royal mantle out of nothing but hearts. Maman and my aunt recounted his successes — so that here I am once again carried away: I was on the point of spitting on him, but they celebrate him so much that my giddy head is turned again, and once more I think him the most beautiful of Don Juans.
A dîner, les Sapogenikoff, Yourkoff, Varpahovsky et tous les autres n’ont parlé que d’Audiffret. On a parlé de ses bonnes fortunes, des ravages qu’il fait, Marie est allée jusqu’à dire qu’il pouvait se faire un manteau royal rien qu’avec des cœurs. Maman et ma tante ont raconté ses succès, de sorte que me voilà de nouveau exaltée, j’allais lui cracher dessus mais on le célèbre tant que ma folle tête est de nouveau tournée, et de nouveau je pense qu’il est le plus beau des Don Juan.
Tomorrow I send him this:
Demain, je lui envoie ceci:
Copied letter · Billet anonyme de Marie à Emile d’Audiffret, décembre 1875Wretch!Malheureux !If you continue to frequent Gros your reputation with women is lost! You will become a Choulowsky (I misspell this name on purpose). And then truly you will rot in vice. Do not be so often with Gros — he will ruin you. This is a friend’s advice.Si tu continues à fréquenter Gros ta réputation auprès des femmes est perdue ! Tu deviendras un Choulowsky (j’écris ce nom mal, à dessein). Et alors bien véritablement tu pourriras dans le vice. Ne sois pas si souvent avec Gros, il te perdra. C’est un conseil d’ami que je te donne.
Notes
In French in the original: moujiks — the Russian word for peasants, used here as a class insult. ↩
Fanny Lear: the pen name of the American Harriet (Hattie) Blackford (1848–1886), mistress of Grand Duke Nicholas Konstantinovich; her account of the affair, Le Roman d’une Américaine en Russie, accompagné de lettres originales, was published in Brussels in 1875. ↩
Charles II, Duke of Brunswick (1804–1873) — a deposed and famously eccentric German duke who lived in Paris and Geneva; a vain dandy whose extravagant appearance and reputed multitude of wigs made him a byword for foppish vanity. ↩