Diary of Marie Bashkirtseff

I felt like going to see Le Canard a trois becs. Walitsky went to find a small ground-floor box and we go, but the pleasure is no doubt poisoned by all manner of unpleasantness and scoldings, as usual -- although to this day I have not yet grown accustomed to it. I do not dress up; I go in my old violet dress and stay behind everyone. There are not many people, but I stop, for only ten minutes remain before midnight -- the beginning of the new year. She meets it with him; I am shut up in my room, hair loose, in my nightgown; before me his photograph and the clock from the salon, which I have just carried in to hear midnight strike. One must, they say, write what one desires while midnight strikes. I wait, trembling; I wait... four minutes more, three minutes.... two minutes; I tremble... half a minute! To marry a very rich English duke, to live -- my heart beats like a hammer; I can scarcely breathe; I had time only to write these few words. I meant to say to live as I love, but I had time only for to live.

J'eus envie d'aller voir "Le canard à trois becs". Walitsky alla chercher une petite loge de rez-de-chaussée et nous allons, mais le plaisir est sans doute empoisonné par toutes sortes de désagréments et de gronderies, comme d'habitude, cependant jusqu'à ce jour je n'en ai pas encore pris l'habitude. Je ne fais pas de toilette, je vais en ma vieille robe violette et reste derrière tous. Il n'y a pas beaucoup de monde, mais je cesse car il manque dix minutes seulement avant minuit, le commencement de la nouvelle année. Je la rencontre avec lui; je suis enfermée chez moi, les cheveux épars, en chemise, devant moi sa photographie et l'horloge du salon que je viens de transporter pour entendre sonner minuit, il faut dit-on écrire ce qu'on désire pendant que minuit sonne, j'attends tremblante, j'attends... encore quatre minutes, trois minutes.... deux minutes, je tremble... une demi-minute ! Epouser un richissime duc anglais, vivre, mon cœur bat comme un marteau, je respire à peine, je n'eus le temps que d'écrire ces quelques mots, je voulais dire vivre comme j'aime, mais je n'eus le temps que pour vivre.

So here is the new year 1874! Hail! I pray God that He will make it happy for me.

Voilà donc la nouvelle année 1874 ! Salut ! Je prie Dieu qu'Il me la donne heureuse.

She meets this year with him, and I, all alone, with a bit of his nape and his back before me. It is all the same rather stupid.

Je rencontre cette année avec elle, et moi, toute seule avec le bout de sa nuque et de son dos devant moi. C'est tout de même assez bête.

I was looking at something in a shop when I felt myself seized by the waist; I turn -- it is Mme Antonsky. We were both very pleased; she has married her daughter to M. Warrodel; it appears they are the happiest people on earth, etc. etc. I take her to Monier's, where Maman was with my aunt and Dina. Everyone is happy.

Je regardais quelque chose dans un magasin lorsque je me sentis prise par la taille, je me tourne, c'est Mme Antonsky, nous étions toutes deux très contentes, elle a marié sa fille à M. Warrodel, il paraît qu'ils sont les plus heureux de la terre etc. etc. Je la mène chez Monier où était maman avec ma tante et Dina. Tout le monde est heureux.

I walked the Promenade from one end to the other, to the fashionable spot; I caught sight of Count Lambertye, who thinks it his duty to look at me (blue dress, brown hat, good). It is extremely cold and gray. I think now of all the happy people who are so gay at this moment. Take Nice: no doubt at Mme Prodgers's an elegant company awaited midnight, champagne glass in hand; and at Gioia's there must have been some extraordinary cataclysm. Everyone is content, at this moment at least. But in our house everything passes as among animals; I can say nothing, so grieved and mortified am I. ^[In English in the original.]

Je passais par la promenade depuis le commencement jusqu'à la fin, à l'endroit fashionable, j'aperçus le comte de Lambertye qui pense que c'est son devoir de me regarder (robe bleue, chapeau brun, bien). Il fait extrêmement froid et gris. Je pense maintenant à tous les heureux qui sont si gais en ce moment. Prenons Nice, sans doute chez Mme Prodgers une troupe élégante attendait minuit le bocal de champagne à la main, et chez Gioia il devait y avoir quelque cataclysme extraordinaire. Tout le monde est content, ce moment au moins. Mais chez nous, tout se passe comme chez des animaux; je ne puis rien dire tant j'en suis chagrinée et mortifiée.

[In the margin: A dinner in the antique style, reclining on couches (in costume).]

[Dans la marge: Un dîner à l'antique sur des lits (et costumés).]

No difference from other evenings -- shabbily dressed, one sits downstairs, then goes to sleep; as -- no, worse than animals. Truly I am grieved. I cannot live like this. Oh my God, deliver me from this odious way of life! Forgive my sins and cease to punish me! And if one invited someone, it would be the Anitchkoffs. Oh my God, why can I not express how unhappy this makes me? It is not ridiculous -- those who have already lived as I love may be weary of it and prefer calm, and even, for a change, the vulgar. But I -- I! My God, I hope Thou wilt have pity on me! That Thou wilt deliver me, because I believe in Thee! Oh great God, change this detestably odious and insupportable life!

Aucune différence à d'autres soirs, salement habillés on reste en bas, puis on va dormir, comme non, pire que des animaux. Vraiment je suis chagrinée. Je ne puis pas vivre comme cela. Oh mon Dieu délivre-moi de cette manière de vivre odieuse ! Pardonne mes péchés et cesse de me punir ! Et si on invitait quelqu'un ce serait les Anitchkoff. Oh mon Dieu pourquoi ne puis-je exprimer combien cela me rend malheureuse. Ce n'est pas ridicule, ceux qui ont déjà vécu comme j'aime en sont peut-être las et préféreront le calme, et même, pour changer, le vulgaire. Mais moi, moi ! Mais mon Dieu j'espère que Tu auras pitié de moi ! Que Tu me délivreras parce que je crois en Toi ! Oh Grand Dieu, change cette vie détestablement odieuse et insupportable !

So absorbed am I by all these unpleasantnesses that I forget Hamilton. When one has a headache, one must cut the skin -- one pain will make you forget the other, but will not calm it.

Tant je suis absorbée par tous ces désagréments que j'oublie Hamilton. Lorsqu'on a mal à la tête il faut se couper la peau, une douleur fera oublier l'autre mais ne la calmera pas.

LONG LIVE THE YEAR 1874! GOD PROTECT ME!

VIVE L'ANNEE 1874 ! QUE DIEU ME PROTEGE !

[Undated] Edy knows Maman, etc.; today he met Walitsky and says that tomorrow he and Willy embark for Cairo on their sailboat. I proposed at table to go there -- seriously. But by sail it is too long. Then Bete speaks of the duke's steamer; then I know not who speaks of his honeymoon visits by steamer.

[Sans date] Edy connaît maman etc, aujourd'hui il a rencontré Walitsky et dit que demain ils s'embarquent lui et Willy pour Le Caire, sur leur voilier. Je proposais à table d'y aller, sérieusement. Mais à voile c'est trop long. Alors Bête parle du steamer du duc, puis je ne sais plus qui parle de ses visites de noces en steamer.