Saturday, 16 August 1873
Nous allames en ville, j'ai achete un voile pour le voyage. A trois heures nous quittons l'hotel et nous allons au Westbahn. Paul est alle plusieurs fois s'informer sur le depart du train, et il n'a pas su au juste, nous sommes venus trop tot.
C'est une journee perdue, on pouvait aller a I Exposition et diner la. Dans la salle d'attente je lisais "Le capitaine Pamphile", Paul ne lit que du Dumas fils. Ce Pamphile est lourd, monotone et le style est mauvais. Enfin nous partons. Nous passons comme dans un reve Vienne, Schonbrunn, les villas puis tout passe et nous voila au milieu des bois et des prairies.
C'est etrange, hier encore nous etions au Grand Hotel, a sept heures nous allions a l'Exposition, on se promenait. Et tout d'un coup nous voila en wagon, emportes. Et dans quelques heures, on n'a pas le temps de rassembler ses pensees, lorsqu'on est loin, on passe des villes, des villages, des forets, des cabanes, des hommes. Dans chaque maisonnette on vit, on aime, on se querelle, on s'agite, chaque etre humain que l'on voit passer moindre qu'une mouche a [Raye: aussi] des joies et des peines et les voir du wagon, ils semblent des poupees qui vont et qui viennent. Mais regardez dans le coeur de chacun, et vous y trouverez un monde a part. Assez, quand je veux dire beaucoup je dis des betises ou rien.
Le soir on a parle d'aller a Bade, comme nous le passons demain. Je voudrais tellement y aller ! Bade que j'aime ! Bade le seul endroit au monde ou l'on peut vivre sans societe ! Bade au-dessus de tout au monde !