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Sunday, 20 July 1873
Dimanche 20 juillet 1873
“Luxury is the hothouse of that rare plant called happiness.”
« Le luxe est la serre chaude de cette plante rare que l’on nomme le bonheur ».
I rose early for a Sunday, at eight, and from my bath, all naked, proceeded to my aunt’s room, where I lay upon her bed. I began by saying that it is a sin to waste time as we waste it in summer at Nice — seeing no one, getting up, having lunch, talking, quarrelling, dining at Monaco, and going to bed again.1
Je me suis levée de bonne heure pour un dimanche, à huit heures et de mon bain toute nue proceeded to my aunt’s room où je me couchai sur son lit. J’ai commencé d’abord par dire que c’est un péché de perdre le temps, comme nous le perdons en été à Nice, ne voir personne, se lever, déjeuner, parler, se disputer, dîner à Monaco et encore se coucher.
It is an existence ignoble; it revolts me. When one thinks that one lives only once! And to waste all one’s time, not to enjoy life! In this vein!
C’est une existence ignoble, cela me révolte. Quand on pense qu’on ne vit qu’une seule fois ! Et perdre tout son temps, ne pas jouir de la vie ! Sur ce ton-là !
— Oh, and why do we have no acquaintances?
-- Oh puis, pourquoi nous n’avons pas de connaissances ?
— But there is nobody in Nice in summer!!!
-- Mais il n’y a personne à Nice l’été !!!
— But who keeps us here?
-- Mais qui nous y retient ?
— It is not for me and it is for me, for I am not of an age to go into society, but you, by going, will prepare a place for me. And then, a little sacrifice is needed — you are not keen to go into society; do it for me! Can nothing be done for me!
-- Ça n’est pas pour moi et c’est pour moi, car je ne suis pas d’âge à aller dans le monde, mais vous, en y allant, me préparerez une place. Et puis il faut un peu de sacrifice, vous ne tenez pas d’aller dans le monde, faites-le pour moi ! Ne peut-on rien faire pour moi !
I ended up weeping. I am truly revolted at living as we live — it is unforgivable! I shall become ugly and old because of it, for I am not merely fat; I have bones, flesh, and blood. I cannot remain indifferent. Society is my life; it calls me, it draws me — I should like to run towards it! I dream of being there as soon as possible, not through marriage, but I wish Maman and my aunt would shake off their laziness! Not the society of Nice — what misery! But that of Petersburg, of London or of Paris. That is my sphere; only there shall I be able to breathe freely, for the constraints of society are my comforts.
J’ai fini par pleurer. Je suis vraiment révoltée de vivre comme nous vivons, c’est impardonnable ! Je deviendrai laide et vieille à cause de cela, car je ne suis pas de la graisse seulement, j’ai des os, de la chair et du sang. Je ne puis pas rester indifférente. Le monde c’est ma vie, il m’appelle, il m’attire, je voudrais courir vers lui ! Je songe d’y être au plus vite, pas par le mariage, mais je voudrais que maman et ma tante secouent leur paresse ! Pas le monde de Nice, quelle misère ! Mais celui de Pétersbourg, de Londres ou de Paris. C’est ma sphère, ça n’est que là que je pourrai librement respirer, car les gênes du monde sont mes aises.
At the concert, Paul and I in a cab (white pique dress, musketeer hat — good); the others with the Princess, who is almost always at our house, and Dominique.
A la musique, moi et Paul en fiacre, (robe blanche piqué, chapeau mousquetaire, bien), les autres avec la princesse qui est presque toujours chez nous, avec Dominique.
Paul has no taste yet. He does not understand the beauty of women. I have heard him call such ugly creatures beautiful!
Paul n’a pas encore de goût. Il ne comprend pas la beauté des femmes. Je l’ai entendu dire belles de telles laideronnes !
And he has no manners; he still believes that to be well turned out one must be elegant, that to please one must be attentive and assiduous. I must give him ideas and manners and taste. I do not yet have much influence over him, but with time I hope to. Now, in an imperceptible way, I communicate my way of seeing things, and it is beginning to take hold. I inspire in him sentiments of the strictest morality under a frivolous aspect — this does not frighten, it amuses, and that is good. If he marries, he must love his wife, nothing but his wife. In short, I shall try, if God permits, to give him good ideas.
Et il n’a pas de manières, il croit encore que pour être bien mis, il faut être élégant, que pour plaire il faut être assidu et attentif. Il faut que je lui donne des idées et des manières et des goûts. Je n’ai pas encore beaucoup d’influence sur lui, mais avec le temps j’espère. Maintenant, d’une façon imperceptible, je lui communique ma manière de voir et cela commence à prendre. Je lui inspire des sentiments de la plus sévère moralité sous un aspect frivole, cela n’effraye pas, cela amuse et c’est bien. S’il se marie, il doit aimer sa femme, rien que sa femme. Enfin je tâcherai, si Dieu le permet, de lui donner de bonnes idées.
Many Nice people about. The Pattons were to have come yesterday, but still on Thursday, having forgotten the invitation, they left for Bollène. I was annoyed. As a replacement, M. Patton came with his sons, but I was out. He dared to say, and his wife too, some time ago, that I am a bad example for his daughters — for they, seeing me surrounded by luxury, will demand the same. And that I wear fine dresses, and my high heels, etc. etc. All this angered me. And moreover, when one day Abramovitch entered the Pattons’, he heard me declaiming and it was then and there that he took my part. Good God, how wretched people are — one has only to wear pretty boots, plenty of pretty dresses, be more graceful than the others and not resemble a rag-picker like all the other little girls, and there they are speaking ill of you. This is what I call envy, in the form of a kind of propriety of the highest order2, or I know not what. Now today, Maman and my aunt go to the Pattons’ and return saying that Monsieur praised me the whole time. This greatly astonished me, and I confess, I was pleased3. My praise in the highest terms, from the mouth of Patton — he who came to ask Maman why I wear heels, by way of an explanation — he who blamed me! From the moment I arrived here they began criticising me; now they know me, and opinion changes.
Beaucoup de monde niçois. Les Patton devaient venir hier, mais encore jeudi, ayant oublié l’invitation, elles partirent pour Bollène. J’étais fâchée. Pour remplacer, M. Patton est venu avec ses fils, mais j’étais sortie. Il a osé dire, et sa femme aussi, il y a quelque temps, que je suis un mauvais exemple pour ses filles car elles, en me voyant entourée de luxe, demanderont la même chose. Et que je fais des toilettes, et mes talons, etc. etc. Tout cela m’a fâchée et encore, quand un jour Abramovitch est entré chez Patton, il m’a entendu déclamer et c’est alors même qu’il a pris ma défense. Dieu que l’on est misérable, on a qu’à mettre des jolies bottines, force jolies robes, être plus gracieuse que les autres, et ne pas ressembler à une chiffonnière comme toutes les autres petites filles, et voilà qu’on dit du mal. C’est ce que j’appelle de l’envie, sous la forme d’une espèce de comme il faut nec plus ultra, ou je ne sais quoi. Alors aujourd’hui maman et la tante vont chez Patton et reviennent et disent que Monsieur a fait tout le temps mon éloge. Cela m’a grandement étonnée et j’avoue, I was pleased. Mon éloge en de hauts termes, de la bouche de Patton, lui qui venait demander à maman pourquoi je porte des talons, en forme d’une explication, lui qui me blâmait ! Dès mon arrivée ici on s’est mis à me critiquer, maintenant on me connaît et l’opinion change.
They say that when a young girl dresses too well, it frightens men. How stupid men are! It is those who are simple, calm, who are the maddest after marriage. “There is no worse water than still water.” In calm whirlpools swim the devils.
On dit que quand la jeune fille s’habille trop, cela effraye les hommes. Comme ils sont bêtes les hommes ! Ce sont celles qui sont simples, calmes, qui sont les plus folles après le mariage, « Il n’y a pire eau, que l’eau qui dort ». Dans les calmes tourbillons nagent les diables.
But alas. “My God, my God, how stupid men are, how stupid men are,” etc. — from La Périchole.
Mais hélas. « Mon Dieu, mon Dieu, que les hommes sont bêtes, que les hommes sont bêtes, etc. “, de La Périchole.
(At La Victoire for ice cream, as every evening.)
(A La Victoire manger des glaces comme chaque soir).
Naturally, a poor man should not marry a young girl accustomed to luxury — it is the misfortune of them both.
Naturellement un homme pauvre ne doit pas épouser une jeune fille qui est habituée au luxe, c’est le malheur de tous les deux.
Notes
“Proceeded” in English in the original. ↩
In French and Latin in the original: comme il faut nec plus ultra. ↩
“I was pleased” in English in the original. ↩