Diary of Marie Bashkirtseff

# Samedi 22 mars 1873

In the morning I was reading the Swiss Times, scanning the lists of foreigners — not in Nice but everywhere — looking for the H's, and I found "Hamilton, the duke of" at Naples.1 This list is from the 10th of March. My God, thank You for letting me know where he is. When I read his name, I thought for a moment that it was impossible, because his name is too dear to me — but there it was, the duke of — it is he. I was thunderstruck!

Le matin je lisais le Swiss Times, je voyais les listes des étrangers, pas à Nice mais partout, je regardais les H. partout et j'ai trouvé "Hamilton, the duke of" à Naples. Cette liste est depuis le 10 mars. Mon Dieu merci pour m'avoir fait savoir où il est. Quand j'ai lu son nom, je croyais un moment que c'est impossible parce que son nom pour moi est trop cher, mais il y a après, the duke of, c'est le même. J'en suis frappée comme de la foudre !

I tremble. I cannot tear my eyes away. Oh! my God, make him come to Nice. He is in Naples at the Hôtel du Louvre. How I love him — I remember him now. I adore him! My God, do not make me unhappy. My God! Make him love me! My God, I beseech You.

Je tremble. Je ne puis en détacher mes yeux. Oh ! mon Dieu faites qu'/7 vienne à Nice. Il est à Naples à l'hôtel du Louvre. Comme je l'aime, je me souviens de lui maintenant. Je l'adore ! Mon Dieu, ne me rendez pas malheureuse. Mon Dieu ! Faites qu'il m'aime ! Mon Dieu, je Vous supplie.

Fine weather. To the promenade (blue dress) — not many people; morning at the Cercle Masséna. I went driving. I saw Gioia several times, in black — she is beautiful; not so much in herself as in her coiffure, her dress, her whole setting, which is perfect; nothing is wanting — everything is elegant, rich, distinguished, magnificent. Truly one would take her for a great lady. It is natural that all this contributes enormously to her beauty — her house, too, with its drawing rooms, its intimate nooks, with a soft light coming through beautiful draperies or green foliage; she herself coiffed, dressed, and groomed to perfection, seated in a magnificent salon like a queen, where everything is arranged and disposed to show her to the best advantage.

Beau temps. A la promenade (robe bleue) pas beaucoup de monde, matinée au cercle Masséna. Je me suis promenée en voiture. Je vis plusieurs fois Gioia en noir, elle est belle; pas tant cela que sa coiffure, sa toilette, tout son entourage en général, est parfait, il n'y manque rien, tout est élégant, riche, distingué, magnifique. Vraiment on la prendrait pour une grande dame. Il est naturel que tout cela contribue énormément à sa beauté, sa maison encore, avec des salons, des petits coins, avec une lumière douce venant à travers de belles draperies ou du feuillage vert, elle-même coiffée, habillée et soignée comme on ne peut pas mieux, assise dans un salon magnifique, comme une reine, où tout est accommodé et arrangé pour la rendre le mieux possible.

It is natural that she should please and that he should love her. If I had her whole setting, I should be even better. I would be happy with my husband, for I would never neglect myself. I would groom myself to please him always, as I groomed myself when I wanted to please him the first time. Besides, I do not understand why, if a man or a woman, so long as they are not married, can love each other always and try ceaselessly to please one another — why, being married, they would not do the same.

Il est naturel qu'elle plaise et qu'il l'aime. Si j'avais tout son entourage je serais encore mieux. Je serais heureuse avec mon mari, car je ne me négligerais point. Je me soignerais pour lui plaire toujours comme je me soignais quand je voulais lui plaire la première fois. D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi si un homme ou une femme tant qu'ils ne sont pas mariés peuvent s'aimer toujours et tâchent de se plaire sans cesse, pourquoi étant mariés ne feraient-ils pas la même chose.

[Written across the page: Accurate, and not too badly written, comparatively.]

[En travers: Juste et pas trop mal écrit comparativement.]

Why should one not think of making oneself loved by the other, without having in mind that with the word marriage everything passes and nothing remains but cold and reserved friendship? [Inserted line: or rather, vulgar familiarity.] Why profane marriage by picturing it thus — the wife in curling papers and dressing gown, with cold-cream1 on her nose, trying to get money from her husband for her dresses? Why should a woman neglect herself before the man for whom she ought to take the greatest care? Why is it that when someone pleases us we do not like to show ourselves badly dressed and we try with all our might to look our best? I do not see why one should treat one's husband like a domestic animal, and why, so long as one is not married, one wishes to please this man — yet once husband and wife, one treats him with vulgar familiarity and courts and is courted by others, setting the husband aside.

Pourquoi ne penserait-on pas à se faire aimer l'un de l'autre sans avoir dans l'idée qu'avec le mot mariage tout passe et ne reste que la froide et réservée amitié ? [Ligne intercalée: ou plutôt amitié-cochon.] Pourquoi profaner le mariage en se le représentant, la femme en papillotes et peignoir, avec du cold-cream sur le nez et cherchant à obtenir de son mari de l'argent pour ses toilettes ? Pourquoi la femme se négligerait-elle devant l'homme pour lequel elle doit se soigner le plus ? Pourquoi quand quelqu'un nous plaît nous n'aimons pas à nous montrer mal habillée et nous tâchons de toutes nos forces de nous rendre le mieux possible. Je ne vois pas pourqoi on traiterait son mari en animal domestique et pourquoi tant qu'on n'est pas marié on veut plaire à cet homme, une fois mari et femme on le traite en ami-cochon et on fait et se fait faire la cour à d'autres et par d'autres, mettant le mari de côté.

Why should one not remain always coquettish with one's husband and treat him as a stranger who pleases you — with the difference that to a stranger one must not permit anything too forward?

Pourquoi ne resterait-on pas toujours coquette avec son mari et ne le traiterait-on pas comme un étranger qui vous plaît, avec la différence qu'à un étranger on ne doit rien permettre de trop.

Is it because one may love openly, because it is not a crime, and because marriage is blessed by God? Is it because everything that is not forbidden is nothing? And because one finds pleasure only in things forbidden and hidden?

Est-ce que c'est parce qu'on peut s'aimer ouvertement, parce que ce n'est pas un crime et parce que le mariage est béni par Dieu ? Est-ce parce que tout ce qui n'est pas défendu n'est rien ? Et parce qu'on ne trouve du plaisir que dans les choses défendues et cachées.

My God, it should not be so. I understand all this quite differently! Why does Gioia sustain the Duke of Hamilton's affection? Because she maintains their relations not with vulgar familiarity, but properly. That does not mean playing a comedy — can one not be naturally good? Yes, one can. And with the help of God, I would live happily.

Mon Dieu, ça ne doit pas être ainsi. Je comprends bien autrement tout cela ! Pourquoi Gioia soutient l'affection du duc de Hamilton ? C'est qu'elle soutient des relations non en ami-cochon, mais comme il faut. Ça ne veut pas dire jouer la comédie; est-ce qu'on ne peut pas être naturellement bon. Oui on peut. Et avec l'aide de Dieu, je vivrais heureuse.

At half past one we went to dine at Madame de Mouzay's — not Maman, for she is in bed (blue silk dress, very smart). At dinner there were a few gentlemen from the third floor. In the evening, company — we played charades, parlor games, etc. But what company! — pretentious old women in rags; men who were a kind of oily tradesmen. I felt ill at ease in this society. I do not like being with people beneath me. I like to be with my equals. The only decent people were the Count and Countess Benvenuti; it was with the latter that I principally spent my time. Not a single fine dress — nothing, nothing, nothing. I detest parties like this — not a single suitable man. And without gentlemen, one does not amuse oneself, because one has no desire to interest anyone; there were men, but what a horror!

A une heure et demie nous allâmes dîner chez Mme de Mouzay, pas maman car elle est en son lit (robe en soie bleue, très bien). A dîner, il y avait quelques messieurs *du troisième étage.* Le soir, du monde, on a joué une charade, on a joué aux petits jeux etc. Mais quel monde de vieilles femmes prétentieuses en chiffons; des hommes, des espèces d'huiliers. Je me trouvais gênée dans cette société. Je n'aime pas être avec des gens au-dessous de moi. J'aime être avec mes semblables. Les seuls gens bien étaient le comte et la comtesse Benvenuti, c'est avec cette dernière que j'étais principalement. Aucune toilette, rien, rien, rien, je déteste des soirées comme cela, pas un seul homme convenable. Et, sans messieurs, on ne s'amuse pas parce qu'on a pas le désir d'intéresser, il y avait des hommes mais quelle horreur !

Notes

In English in the original.
In English in the original.