Neděle 17. července 1881
Staří jsou celý den na pochůzkách kvůli té záležitosti. Dina, já a Coco hlídáme dům, dávám otevřít spojovací dveře, abych se mohla lépe procházet. Večer si vyprávíme. Teď je zbytečné dávat peníze, vyšetřující soudce Tolkač svou věc skončil, a ostatně Alexandre ho drží ve svých velikých tlapách. Je to jeden z nejúžasnějších mužů, jaké lze potkat, když ho poslouchám, mám pocit, že jeho historky jsou pokračováním detektivních příběhů, které vyprávěl Balzac1; vyslal svého člověka, který se sem přišel usadit, spřátelit a opít s Tolkačem, vydávaje se za našeho nepřítele a hlavně za Alexandrova, a po jisté době tohoto velmi něžného přátelství ten člověk odjede, ale nepřestává si s Tolkačem dopisovat, a Tolkač, který se vyzradil ústně, se o to víc vyzrazuje v dopisech, neboť mu ten druhý píše provokativní dopisy podle Alexandrova diktátu.# Dimanche 17 juillet 1881
Quand il y eut une quantité suffisante et surtout d'une teneur telle qu'Alexandre le désirait, il est venu les montrer à Tolkatch qui s'en est arraché la barbe mais dut convenir qu'un mot d'Alexandre le faisait chasser du service.
Vous pensez bien que le pauvre homme n'aime guère mon oncle qui joue avec lui et s'amuse en artiste des tours joués. Tolkatch ordonne une perquisition et arrive en s'adjoignant le stariovoi de l'endroit qui est corps et âmes à monsieur et les méchantes langues disent à madame: Mlle Catherine, la gouvernante des enfants s'envole vers Karkoff avec des papiers, et le stariovoi qui a grisé son chef s'arrange de façon à escamoter les papiers importants qui restent et à les fourrer dans sa valise à lui sur laquelle il fait asseoir Tolkatch qui fait ainsi le trajet jusqu'à la gare sans se douter de rien. Mais ce n'est qu'une niche d'enfant. Ce qu'il y a eu de fort c'est de faire disparaître des archives les papiers du procès amassés là depuis neuf ans et formant la charge d'une charrette. Il l'a fait, et c'est un délit qui se punit des travaux forcés, mais avec tant d'art qu'on n'a jamais rien pu trouver. Seulement on a refait l'instruction depuis deux ans, mais la moitié des haines soulevées étaient affaiblies, plusieurs qui ont témoigné sous le coup de promesses ou d'excitations ont redonné des témoignages insignifiants, plusieurs ont oublié, d'autres sont morts; bref cela s'est fait en deux ans et froidement, de sorte que les accusations se réduisent à rien.
Ces derniers jours Tolkatch a reçu une lettre anonyme lui désignant que trois domestiques entre autres Triphon qui aussitôt se munissant de cinq cents roubles (à quoi l'argent du gouvernement passe I) le juge d'instruction et un autre se précipitent par chemin de fer et poste faisant diligence, sans souffler. Arrivés là ils trouvent les trois personnes désignées qui témoignent pour nous et ajoutent que la partie adverse a essayé de les corrompre.
Vous voyez d'ici le nez de l'homme qui devina du coup d'où était partie la lettre. Je témoigne la plus grande admiration à Alexandre qui est très touché de mes flatteries et finira par inventer des prouesses pour se maintenir au niveau de mes éloges. Il s'est bien battu pour nous mais il [a] aussi bien profité peut-être pas tant sur les biens de ma tante mais sur ceux de grand-papa... il ne s'est pas gêné. Maintenant il avoue dix ou quarante mille roubles de revenu et il y a eu des années où il envoyait dix mille francs à grand-papa.
Cette année il compte sur cent mille roubles pour le froment seul, avec deux années pareilles il aura tout payé et restera possesseur de toute la terre des Babanine sans un sou de dettes et un crédit, une influence considérable. Il ne cache pas l'espoir d'avoir alors deux cent cinquante mille ou trois cent mille roubles de rente, c'est-à-dire un million. Ave ! C'est merveilleux et en somme il n'a presque volé personne.
Mais je fais des rêves ! D'abord des blés si mûrs et des épis si grands et si chargés que c'est miracle. Puis deux nuits je rêve de comète, je ne l'ai vue qu'une fois en passant et elle ne m'avait aucunement impressionnée, voilà que je la revois en rêve énorme, flamboyante avec une figure humaine sur un horizon bleu ! au-dessus de la mer. Puis elle baisse, elle baisse, la fin du monde ! crie-t-on, mais alors je la revois flottant... sur l'eau aussi flamboyante et brillante que dans le ciel.