Středa 6. srpna 1879
# Mercredi, 6 août 1879
Je vais avec Berthe et son mari au mariage de Cochery, fils du ministre, avec Mlle Hunebelle.
Les Hunebelle habitent le premier de la maison dont les Boyd habitent l'entresol, le Président de la République est un des témoins du mariage et comme M. Putiphar de l'Ariège est le premier gommeux de la susdite République Française il est tout simple que je le trouve à la porte de la maison en venant prendre Berthe.
Je suis tout en blanc, le chapeau du grand Prix et une robe en voile de religieuse drapée à l'antique mais faisant une ravissante petite robe moderne grâce au corsage et à un fichu de mousseline de soie avec une vieille Venise. Des gants jusqu'au coude.
Après on a défilé devant les mariés, à la sacristie. Et après nous allons raconter l'affaire à la mère Gavini. Et après, nous allons déjeuner chez nous. Lancaster, Berthe, Blanc et nous. Et après nous allons encore enlever le père Gavini que nous menons à la Comédie Française pour parler d'un abonnement aux mardis
Malheureusement la fin de la journée est tombée dans l'eau, la pluie est venue et le Bois n'a pas eu ses charmes.
J'ai eu beauoup de succès avec tous ces vieux. Je n'oublie pas que Géry est un intime de l'ignoble Jérôme et je lui fais des grâces. Mme Gavini me trouve ravissante et demande à chaque instant à ses vieillards si c'est leur avis. Là-dessus on rit. On fait des mots, on s'occupe même du spectacle qui est intéressant. En sortant de là nous allons manger des glaces chez Imoda. En sortant du cirque je me suis trouvée devant une glace et j'ai été tout étonnée d'être aussi jolie.
Quant à Berthe je l'aime presque parce qu'elle est malheureuse.
Avant de rentrer elle est montée chez moi et je l'ai confessée jusqu'aux choses les plus... intimes de son ménage.
Son mari la déteste et elle le sait.
Il lui dit qu'il la trompe et il lui montre qu'il lui serait égal si elle en faisait autant. Que pouvait attendre d'autre d'un si sale homme ! Cela finira mal. Il ne lui parle que cocottes et femmes entretenues, il lui fait porter des toilettes comme ces femmes-là. Et en mille choses... ce n'est pas elle qui le dit, je le vois moi-même.
Quand pour la première fois ce charmant mari eut dit à la pauvre femme qu'il avait une maîtresse elle s'est évanouie et resta huit jours au lit. A présent elle s'habitue à cette idée et un beau jour elle se perdra. Il ne demande pas mieux. Et si elle ouvrait les yeux à sa mère il la planterait là. Et dire que j'aurai peut-être une pareille canaille pour mari ! Non, pas pareille puisque cette canaille-là est un de ces hommes qu'on n'épouse pas. Il ne le voulait pas, c'est elle qui l'a enlevé. La petite femme est bête, mais c'est égal, je la plains. Seulement il serait sage de me tenir à l'écart; je prévois des catastrophes.