Неділя, 7 травня 1882
Учора чимало візитів, а з нових — пан Реманн, неаполітанський князь Ґвідо Піньятеллі. Я бачила його з батьком щодня на К'яї1, без вусів і в товаристві абата. Кажуть, що старший має триста тисяч франків ренти, а молодший, Ґвідо, — п'ятсот тисяч, бо успадкував від герцога Монтелеоне. Незрівнянна Аврора, шипшинова квітка, весняне видіння тощо, тощо! Vulgo2, панна Трубецька, яку Етенсель3 прославляє такою посиленою рекламою, не вийшла за Помара; вона негарна, але мила, а її мама, ексцентрична Ліза, ганяється за партіями для цієї Аврори, якій щонайменше двадцять чотири роки. Та не знаю, з якого приводу я вам про це розповідаю... Були пані Гавіні, Одетта, Енґельгардт; панове Енґельгардт де ла Тур, Піньятеллі, Реманн, Божидар, Алексіс, малий Фор, Філіппіні... хто ще? А сьогодні ввечері Гавіні беруть мене до цирку. Нове вбрання із сірого кашеміру, складка на спині, прихоплена пряжкою з рейнських страз4, як це роблять на штанах. Спереду блуза без швів, але припасована іншою пряжкою, що стягує складки донизу талії; ця пряжка на шпильці й кріпиться до самого корсета, так що всі ці складки не зсуваються, і талія дуже тонка, хоч і без пояса. Це мої власні винаходи, через які мої сукні копіюють, але інші не можуть таке носити.Pas mal de visites hier, en fait de nouveaux M. Rehmann, le prince Guido Pignatelli de Naples. Je les voyais lui et son père tous les jours à la chiaja, sans moustaches et avec un Abbé. Il paraît que l'aîné a trois cent mille francs de rente et le cadet Guido cinq cent mille car il a hérité du duc de Monteleone. L'incomparable Aurore, églantine, aparition printanière etc. etc ! Vulgo, Mlle Troubetskoy qu'Etincelle glorifie d'une si intense réclame n'a pas épousé Pomar, elle est laide mais gentille et sa maman, l'excentrique Lise court après les partis pour cette Aurore de vingt-quatre ans au moins. Mais je ne sais à quel propos je vous en parle... Il y avait Mme Gavini, Odette, Engelhardt; M.M. Engelhardt de la Tour, Pignatelli, Rehmann, Bojidar, Alexis, le petit Faure, Filippini,... qui encore ? Et ce soir les Gavini m'emmènent au cirque. Nouvelle toilette de cachemire gris, un pli dans le dos, retenu par une boucle en cailloux du Rhin, comme ça se pratique pour les pantalons. Devant, blouse sans coutures mais ajusté par une autre boucle qui tire les plus au bas de la taille, cette boucle est à épingle et se fixe au corset même de sorte que tous ces plis ne se dérangent pas et la taille est très mince quoique sans ceinture. Ce sont des inventions à moi et qui font que mes robes sont copiées mais les autres ne peuvent porter ça.
— Mademoiselle viendra vous voir vers cnq heures, on nous en commandera une douzaine de ces robes... Seulement... Car personne n'a le chic de Mademoiselle.
Seulement j'attendrai : pour les aller voir autrement toutes ces femmes qui dépensent cinquante ou soixante mille francs par an et les cocottes auront la même robe. Moi je ne dépense pas beaucoup, peut-être huit mille francs par an, pas plus chez Doucet.
Mais je parlais du cirque, oui, j'ai un chapeau gris aussi ravissant de distinction. Après on va chez Imoda prendre des glaces, Géry est avec nous puis la comtesse Walewska, femme de l'ancien ministre qui a épousé le petit Alessandro. Elle a soixante ans et lui trente-deux... A propos de ménage assorti il y a celui de Mme de Marcilly et de Janvier... Comme Adeline disait qu'elle avait l'air d'une vieille ruine j'ai nommé Janvier son conservateur. Du reste avec Adeline on peut rire quelquefois, c'est le père Gavini qui est insupportable.
Oh ! hier au cirque ce n'etait encore rien, mais voilà que nous allons voir l'exposition de Courbet puis au Bois ! A l'exposition j'y reste deux minutes car cet affreux Corse me torturait avec ses remarques prétentieuses et sottes sur les peintures et au Bois ! Non je suis vraiment à plaindre et l'être sensible à toutes ces misères. Cet homme qui me poussait le coude chaque fois pour faire des observations bêtes sur les passants et la conversation de maman ! D'abord ça était que Napoléon III a beaucoup fait pour les embellissements de Paris, et comme il passait des voitures, beaucoup de voitures avec beaucoup d'enfants, elle en a trouvé jolis quelques uns en ajoutant que ces enfants sont jolis, c'est que voyez-vous il y a des enfants qui ne sont pas jolis mais ces enfants-là sont de jolis enfants. Et j'avais encore dans les oreilles Gavini qui disait devant les Courbet que ce n'était pas empoté !