Неділя, 14 грудня 1873
Hier matin maman en lisant "La Vie mondaine" a lu que : le duc de Hamilton épouse etc. etc. Solominka leva les yeux sur moi.
Puis quelques commentaires de Dina, maman etc. sur la vente de son écurie.
Ce matin je reste auprès de maman, on apporte les journaux, "Le sciagurate Galignani". Je lis l'article suivant :
[En travers: Il faut voir ma figure quand je lis cet article, j'ai envie de pleurer, j'ai l'air féroce. Miserere !]
Je plie le journal et je le cache dans ma commode. Nous allons à l'église à pied (robe brune, bien). [...]
— Regarde c'est ouvert.
Hélène : - Qui ?
Moi: - Je ne sais pas, c'est une jolie villa, alors j'ai...
— Ah ! sais-tu, me dit-elle, tout à coup, que le duc de Hamilton est marié ?
— Oui. Depuis un de ces jours je crois, avec lady Mary Montagu.
— Qui te l'a dit ?
— Dans les journaux, comme je plains sa femme !
(Je commence à rougir) puis me voyant rouge,
— Pourquoi es-tu si rouge ?
— Moi, rouge ?
— Oui, tu as rougi.
— Tu es folle.
— Mais non, comme tu es rouge.
— Peut-être, cela m'arrive quelquefois, mais pourquoi plains-tu la femme du duc de Hamilton ?
— Parce que c'est affreux d'avoir un pareil mari, si laid et toujours ivre, et puis, enfin il est si mauvais.
Lise: - Quel est ce duc de Hamilton ? Celui qui était ici.
Moi: - Tu l'as vu ?
— Oui.
Hélène: - Tu le connais ?
— Non.
— N'est-ce pas qu'il est laid.
— Oh oui ! affreux.
Lise: - Le duc de Hamilton est très beau.
— Comment petite, tu le trouves beau ? Entends-tu Hélène ?
Lise: - Je ne l'ai jamais vu. Ah ! comment il est ?
— Je vais te dire, gros comme cette voiture, rouge comme de la viande crue, les cheveux roux, de tout petits yeux gris, presque fermés et toujours ivre.
— Eh bien merci !
Hélène pendant que je faisais cette peinture du duc de Hamilton et Brandon, le racontait aussi, en même temps, disait qu'il ressemble à un de ces (selon nous [au duc de] Hesse) puis à leur boucher enfin, je soupçonne qu'elle aussi avait des vues, autrement qu'est-ce qui la ferait suivre dans les journaux, savoir tout comme moi. Il n'y a pas longtemps elle m'a dit que toute la famille est scandaleuse, puis cette description, et comme elle plaint sa femme... enfin j'ai de graves soupçons. Je voudrais la sonder un de ces jours, je tâcherai. Arrivées chez eux, elles nous montrent leurs nouvelles robes, qui sont très ordinaires pour ne pas dire laides, mais j'ai highly admired them, parce qu'elles-mêmes en sont enchantées. Croyez donc aux compliments, à tout ce qu'on dit !
Il arrive un autre désagrément. Les Howard vont jouer une comédie avec les Boutowsky. Pourquoi pas avec nous ? Cette amitié indoors commence à me lasser. Ils ne nous ont pas encore invités, s'ils n'invitent pas sans doute je n'irai plus jamais chez eux. Je suis très vexée et il faut que je leur demande, pas à eux, mais que maman le dise à la vieille.
Je voudrais bien savoir ce qu'ils se disent, car être seuls, surtout le premier temps doit être très embarrassant. Est-ce vrai que c'est bien le même duc de Hamilton qui soit marié ? Je ne puis pas encore me forcer à le croire, surtout lorsque je me rappelle de lui en voiture... Je ne sais pourquoi il me semble que durant la cérémonie et après surtout il avait l'air glacé et sentait son âme oppressée, voulait plus vite s'en aller. Ses bottes devaient être couvertes de poussière, il avait chaud... Mais suis-je bête ! C'est l'hiver, le mois de décembre, en Angleterre, c'est l'hiver. Oh comme ils doivent s'ennuyer ! Où plutôt ne savoir que faire. Très délicate position en vérité.
Papa est très malade, c'est-à-dire il fait des extravagances terriblement, il parle de testament, pourvu qu'il le fasse, car [Rayé: autrement] d'habitude ce ne sont que des paroles. Je suis fâchée de raisonner, mais s'il meurt subitement, ce que je ne désire pas du tout, maman et ma tante n'auront rien, étant mariées. Que Dieu l'aide à arranger ses affaires et qu'Il prolonge sa vie.