Неділя, 23 лютого 1873
Dimanche 23 février 1873
Le matin j'ai retardé et ne suis pas allée à l'église. En descendant en bas pour prendre mon bain j'ai perdu ce livre. Quel était mon effroi quand je me suis aperçue de son absence. J'étais sur le point de pleurer, comme folle, mais puis je l'ai trouvé par terre.
Après déjeuner vint Barnola et nous raconta le bal de Mme Sabatier. Boreel était en bandit.
L'année dernière il était en chevalier, casaque et mantille.
Puis à la terrasse Visconti (vêtement vigogne) il y avait là beaucoup de monde, élégant assez. Le carnaval était brillant, magnifique, puisque ce sont les jeunes gens de la colonie qui l'organisent. Il y avait une quantité de chars magnifiques.
Presque toute la société se promenait en bas, en voitures, en dominos blancs et masques de fer. Il y avait une cavalcade costumée, composée des jeunes gens entre autres Boreel en son costume de bandit, en vérité il est très beau, mais si beau, comme personne, c'est vrai qu'il est le plus beau partout à Nice, il faut rendre justice. Tout le cortège était brillant, énorme, grandiose, magnifique. (Il y avait un char des dames de la société en violettes de Nice très bien, on est masqué) et nous passa plusieurs fois.
J'ai bombardé Boreel beaucoup et quand il parut nous nous écriâmes Boreel ! Boreel ! haut. Une autre fois il sourit en nous regardant. Je me suis dit que s'il passait encore une fois je lui jetterai des fleurs, mais il ne vint pas, et nous partîmes. Sur le pont Neuf, nous vîmes Canaprien et maman leur jeta des fleurs. Puis *Sonitchka*, nous fîmes arrêter la voiture pour lui parler mais elle ne s'arrêta qu'au bout du pont. Nous lui parlâmes une minute quand tout à coup je remarque que Boreel est près de la voiture et nous regarde, j'ai commencé à flairer mon bouquet mais c'est égal j'ai rougi beaucoup et il l'a vu. Puis voilà une maladresse.
Cette maladresse me rend confuse encore maintenant. Il y a des choses dont on se souvient toujours et qui tourmentent. Vraiment c'était affreux !
Je voulais jeter des bouquets à Sonitchka mais je les ai jetés trop près de Boreel. Oh ! sans le vouloir ! Je ne sais pas, c'était plus fort que moi en jetant ces fleurs, je disais: *Sophie Grigorievna* bis, bis. Il regarda les bouquets que je jetais comme si il se disait: "Je vois c'est pour mon compte". Je ne sais pourquoi je le regardai quand je jetais les fleurs (il était sans costume, à pied), peut-être c'est mon imagination... mais non, ils les a regardées, les fleurs. Qu'il pense ce qu'il veut, après tout qu'est-ce que cela me fait. Oh ! maintenant il est sûr que je l'aime, j'ai rougi sous son regard. Il est très, très bien. Il était à cheval et costumé, très bien encore. Mais je suis fâchée pour ces bouquets, je ne voudrais pas qu'il pense de moi comme cela, cela me déplaît beaucoup.
Ces fleurs me tourmenteront toute ma vie, chaque fois que je m'en souviendrai. C'est vrai.
En somme je me suis bien amusée. Je ne sais pas ce qui arrivera, mais pour le moment Boreel me plaît, je ne puis le nier, ce serait impossible.
Peut-être que si je vois le duc tout cela va disparaître, mais pour le moment... [Rayé: je l'aime et il le sait] Cela passera sans doute, mais sinon, que faire. Comme c'est malheureux qu'il ne soit pas le baron Finot !
Petite imbécile.
Oh ! mais s'il aime une autre, je ne veux pas l'aimer, non, non. Le soir nous allâmes en voiture voir l'illumination à la lumière électrique du Cours et de la rue Saint-François-de-Paule. Très bien en vérité les drapeaux et les lanternes colorées donnaient un aspect magnifique, féérique à tout cela. Nous rencontrâmes au Cours les Anitchkoff avec lesquels nous allâmes chez Rumpelmayer prendre du chocolat et manger des glaces, nous étions maman, ma tante, Sophie, Emile, Dina, moi, M. et Mme Anitchkoff. Puis à la maison. Je suis très contente de la journée d'aujourd'hui. Surtout d'avoir vu Boreel, c'est cela qui m'a rendue gaie et heureuse.