Dimanche 8 juillet 1883

Ma tante me mène chez les Canrobert, près de Versailles dans le village de Jouy en Josas. Charmante propriété. Un ancien pavillon de chasse approprié avec le génie anglais du confort, quoiqu’assez simple. Il est impossible de se faire une idée de la cordialité, de la bonté, de la gracieuseté de ces gens. Le maréchal a les plus grandes façons, la maréchale est divine et Claire est charmante et le gamin qui n’a que dix ans est un amour. J’y ai passé trois jours seule, ma tante est repartie pour Paris après déjeuner. Mais malgré leur délicatesse j’ai beaucoup souffert, je ne m’habituerai jamais à mon malheur.
C’est l’empoisonnement de tout. J’envisageais ces trois journées avec angoisse, elles sont passées... Mais il y a promesse formelle, sacrée, de revenir pour quinze jours ! Hier soir nous nous sommes promenés en voiture, la plupart du temps se passe au jardin à bavarder de rien. Je n’ai pas travaillé, nous avons chassé l’araignée au lieu de peindre, j’en rapporte deux grosses dans un bocal, je me les ferai copier en émail.
Je rentre pour dîner et trouve les Engelhardt, le pope et Dusautoy.
J’ai écrit là-bas... Une esquisse, il me vient comme ça des quantité d’histoires, j’y assiste comme à un spectacle ou je les vis moi-même, alors on n’a qu’à raconter ce qu’on a vu, ou senti. C’est comme la réalité même, l’imagination donne l’illusion de la vie, on n’a qu’à essayer de rendre ses impressions. Et pas de thèse, un événement, une histoire, des sentiments vrais, une situation intéressante. Alors à quoi cela sert-il ? Je n’en sais rien, un besoin, presque tous les jours je prends quelques notes, des impressions ou des inventions, mais il est bien rare que je fasse des esquisses de tableaux d’ou je conclus que écrire m’est naturel.