Samedi 23 juin 1883

Mme Gavini retour d’Agen et d’autres visites, mais je n’ai vu qu’elle, nous causons héritage. Je laisse croire qu’il est considérable. En réalité ce sera peu de chose.
Mon père a mangé presque tout, il laisse cent quarante mille roubles de dettes qui une fois payées nous laisseront en tout cinquante ou soixante mille roubles. Presque rien... Il paraît que l’on compte que je renoncerai à ma part, parce que ma tante a une grosse fortune... C’est juste et ce n’est pas juste car maman a tout donné à Paul et en somme, je n’ai rien que les espérances de ma tante et un peu de maman.
Et puis ce n’est pas tout ça, il est plus convenable pour un tas de raisons que j’hérite, en refusant j’ai l’air d’une étrangère enfin... Et puis il paraît que le ménage Paul n’est pas gentil avec maman, surtout Mme Paul que maman a défendu, accueillie, acceptée. C’est toujours comme ça... Ils disent que Marie prend tout. Qu’est-ce que je prends ? Maman a donné à Paul plus qu’elle n’a gardé pour elle, et il reste ma tante, mais ça ne regarde personne, et là-bas ils ne pensent pas que c’est maman, ma tante, nous enfin, c’est toujours elle, Marie. Enfin tout ça m’ennuie et je ne veux pas m’en occuper; je pense seulement qu’il peut me revenir vingt ou trente mille roubles de capital et que je vais l’employer à tâcher d’acheter Jeanne d’Arc qui est en Amérique.
Mon tableau traîne et je suis agacée... et je m’ennuie... Quand je pense que je ne peindrai qu’après-demain ça paraît si long.