Samedi 9 juin 1883

Cassagnac a passé hier devant la maison le long du jardin, avec sa femme, il avait passé pareillement avant-hier, ma tante et Dina qui n’ont rien à faire l’ont vu avant-hier et me l’ont montré hier, j’ai vu son profil à travers la fente de la porte.
Et ça ne me fait rien.
Et aujourd’hui j’ai eu la visite de Mme Bertaux, présidente de l’association des femmes peintres et sculpteurs. Vous vous rappelez qu’au mois de mars j’ai été chez cette dame avec maman pour lui demander d’exposer à l’exposition des femmes... pensant que Breslau en était.
Elle a répondu alors qu’il était trop tard, il ne restait que cinq jours et nous ne l’avons plus revue.
Et maintenant elle vient très aimable et reste une heure et me comble de compliments, elle n’a pas pensé, elle ne pouvait pas supposer que je puisse avoir tant de talent déjà, mon Salon l’enchante, c’est un grand succès etc. etc. etc.
Enfin les talents sont si rares, les femmes ont tant besoin de s’unir pour défendre leurs intérêts, un nom de femme de talent est un apport si considérable qu’elle vient me prier de permettre d’inscrire le mien parmi ses sociétaires.
Enfin c’est une amende honorable complète et j’accorde l’autorisation.
Il faudrait et il faut que tous reviennent comme cela.
Ma tante, Dina, Bojidar, Engelhardt au cirque.
Si Cassagnac avait été seul je l’aurais arrosé avec la pompe du jardin... C’est ça qui aurait été drôle. Il ne me dit plus rien, ni personne.
Ça m’ennuie, il faut toujours avoir un être à qui on puisse penser avec plaisir, plus ou moins... Quelquefois des gens à peine entrevus,... Saint Marceaux, mais il ne me dit rien... Et Jules-Jules, je sens de l’inimitié et puis Mme Massalsky, Mme Mackay, tous ces infâmes potins... Et puis Jules... au fait, oui, on peut y penser... y penser seulement, et encore...
Si... Non... Faute de mieux...
Je me suis bien imaginée que son frère, le faux Bastien, faisait un héritage de quarante milions et venait les mettre à mes pieds. Cela m’a servi à m’endormir un soir. Tous les soirs je m’invente des histoires, quelquefois les histoires durent plusieurs soirs. Et maintenant plus rien depuis que le vrai Jules m’attriste car il m’attriste, on lui dit des horreurs et son frère aussi.
Des atrocités, des infamies. Je serais la fille ou la mère d’assassins... Mais c’est à se tuer !!
Ah ! c’est aussi par trop ridicule, et pourtant, ça se dit !
Ah ! misère ! Et Dieu laisse dire !
J’ai rêvé que mes cheveux avaient pris feu et étaient en flammes. Et Rosalie les a éteint et il m’en restait encore jusqu’au milieu du dos.
Ça doit être bon le feu sur la tête.