Samedi 26 mai 1883

Eh bien? Je ne sors pas du tout; comme s’il était arrivé quelque scandale. Je n’irai plus au Salon.
Et en l’absence de maman je ne veux pas du tout qu’on me voit. Du reste je l’ai dit, ce n’est pas... Et pourtant les bruits du dehors, les échos des bals ne me laissent pas insensible.
Je voudrais comme les autres briller et vivre... Comme à Rome, comme à Naples...
Au lieu de cela je me cloître toujours en attendant... quoi? Ah! misère. Ou si je sors c’est une fois par mois, dépaysée, pensant à autre chose et il arrive toujours que je ne suis pas prévenue ou que lorsque je compte aller n’importe ou, cela rate ou à cause d’une robe ou n’importe quoi. Enfin... Ça viendra peut-être plus tard...
Non, écoutez, jusqu’à cet ignoble architecte! Ça c’est fort...
Qu’est-ce qui l’a pris de ne pas être accouru? Et ça après dix-huit mois d’...admiration infinie. Maintenant je regrette presque mon très dur billet, comme ça il ne viendra plus et je n’aurai plus à qui parler du frère. Cet espèce de petit paysan! Mais enfin pourquoi, pourquoi, pourquoi? Allons, je vais encore recommencer. Pourquoi? Parce que je ne l’ai pas frappé, je lui déplais peut-être. Et c’est lui qui aura dit on fait en sorte que le vil architecte même n’est pas venu...
Ce petit homme à la barbe jaune et qui n’a que du talent... Enfin... tout ça me bouleverse, m’attriste, me dégoûte de la vie! Je ne dors qu’avec des drogues.
Celui qui m’eut dit que je serais comme ça après une mention honorable!...
Et personne à qui parler!
Si Julian avait la bonne idée de venir! Enfin c’est vraiment épouvantable de se taire. Ce n’est pas aux miens que je pourrais dire... Je ne leur parle jamais et puis ils sont au cirque avec les Engelhardt.
Et moi je tousse!
Me calmer!
La mention, le tableau en haut, les fêtes dont j’entends parler comme si j’étais à Poltava ou au diable, Bastien-Lepage et le reste.
Et le printemps... Parce que être embêté au printemps paraît doublement vexant...
Me calmer...