Vendredi 4 mai 1883

Nous avons été au Salon où j’ai eu un peu de colère contre Alice qui m’a dit qu’elle est mécontente parce que j’ai dit à Emile que nous nous occupions des « débordements » de son frère. C’est ma faute aussi, je vais toujours trop loin et cette petite sotte, cette nullité, cette inconnue a pu me le faire remarquer. Cela me jette dans des tristesses disproportionnées, heureusement il se rencontre un tas de gens aimables, les Gaillard, Laporte, Hecht, d’autres, on me présente un peintre qui est content de ma peinture.
Et les autres me font des tas de compliments qui ont l’air sincère. Emile Bastien se promène avec Fourcaud, le second Wolff, il paraît qu’il a vu mon tableau, qu’il y est revenu de lui-même et qu’il s’est fait montrer Irma et que j’aurai un article. Ce serait être posée presque...
Enfin la question n’est pas là. Il a dîné ici ce soir, je n’ai posé ni à l’enfant, ni à la folle, je n’ai été ni sotte, ni laide ! Il a été simple, gai, charmant, nous avons fait des charges. Pas un instant de gêne. Emile avait l’air recueilli et content. Et moi très éclatante. J’ai parlé jadis d’amour fraternel pour Cassagnac, ici je suis disposée à aimer comme une mère... Il est très intelligent. Du reste je n’admets pas de spécialités, pour le génie, un homme de génie peut être et doit être tout ce qu’il veut. Et il est gai, je craignais de le voir insensible à la plaisanterie qui pour être fine doit rester entre l’esprit et passez le mot la blague. Enfin il a comme la jument de Roland toutes les qualités... excepté qu’il est mort... ou peu s’en faut. Est-ce bête.

Poznámky

La jument de Roland: a proverbial joke going back to Roland's mare in Ariosto's Orlando furioso (canto XXX), which had every good quality except that it was dead (0.8). ↩