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Samedi 28 avril 1883
Matinée au Trocadéro au profit des ateliers des aveugles. Tout Paris est là. Sarah joue Pierrot assassin, pantomine de Richepin. Nous sommes avec les Gavini, Saint Amand, les Karageorgevitch etc.Puis la maréchale et sa fille dînent avec nous.
J’étais sûre que Jules viendrait avec son frère. Et l’architecte s’est amené seul. J’en ai une migraine subitement et la maréchale me défait les cheveux qui sont devenus assez beaux. Je dis que c’est la pantomine qui m’a fatiguée. La petite Canrobert est très intelligente et nous nous amusons bien, elle, Alice et moi.
Et une fois ces dames parties je houspille l’infortuné Emile. D’abord je voulais être digne et ne rien dire, puis ça a éclaté en enfantillages et en méchancetés. Tout un dépit de petite fille. Votre frère est mort pour moi, je le méprise. C’est une nature anglaise; je n’aime que son talent et encore ! Il n’a pas le sentiment du beau, il se complait et se vautre non dans la réalité, mais dans la laideur. Il est pourri de sentimentalité maladroite. Il a trente-quatre ans. Il est jaune, il est petit... Enfin... Je chagrine tellement cet excellent frère que je lui écris un petit mot ce soir.
En somme ce n’est pas sa faute. Encore un peu et j’allais faire des allusions idiotes à l’âge, aux cheveux teints etc. de la mère Mackay. Ce qu’il y a de vexant c’est que je ne l’ai pas frappé assez pour qu’il soit fourré ici comme le modeste architecte.
La vie est absurde.
Nous allons à la messe de minuit et comme chaque année j’en reviens, le cœur plein de mépris et de rage. Ça me rend folle de ne pas être avec l’ambassade et je suis torturée par les regards de tous qui semblent pleins d’une curiosité malveillante.
Et le grand-duc et l’ambassadeur et ces dames. Bassesses ! Vilenie ! Injustice ! Le désert ou la royauté !