Mercredi 12 avril 1882

Ce pauvre père Constantin, il va s’ennuyer horriblement, tout seul avec les lugubres M. et Mme Paul. Et puis il adore maman, il jure n’avoir jamais aimé qu’elle, du reste toujours il a tout fait pour revire ensemble... Du reste... Bref,.. C’est depuis deux ans un ménage d’amoureux.
Maman est bonne quoique tracassière et propre et un homme charmant, aimable, drôle quoiqu’égoïste et cassant. En somme je suis attendrie de cet accord tardif et ce pauvre homme parti tout seul me fait de la peine.
Voilà cinq minutes qu’il est ici et son service le réclame, quant à maman elle ne peut pas me laisser seule, c’était bon quand le procès l’y obligeait, mais comme cela s’en aller et me laisser à l’étranger avec ma tante, après de si longues absences déjà. Et moi vous devinez bien que je ne peux pas aller m’enterrer là-bas.
C’est ce que cet excellent papa ne veut pas comprendre. C’est tout à fait étonnant même car enfin les parents les plus pauvres font des sacrifices pour promener leurs filles majeures et lui si je le voulais seulement me laisserait vivre dans le désert avec un peu de Poltava et deux mois de voyages par an. Quant à lui parler de besoins intellectuels, de société, de Paris, inutile. Aussi je n’ai jamais invoqué que la nécessité de faire sortir sa fille pour la marier, il comprend cela mais quant à déranger ses plans de vie rurale, non.
Bref... tous ces gens là sont gentils mais ils m’ennuient.