Samedi 8 avril 1882

Hier dans l’après-midi nous sommes allés à l’église, c’était vendredi saint et toute la Russie était là. Je suis obligé d’y aller de temps en temps car maman y va constamment et ça a l’air si étrange de toujours voir madame et jamais mademoiselle.
On invente aussitôt je ne sais quoi. Je ne prie jamais à l’église, c’est seulement un ennui de voir tous ces Russes ou la vanité d’une toilette.
Vous savez ce cher Savine, un joli monsieur. Il avait tout perdu et on attendait qu’il reçoive de l’argent, sans penser mal car il racontait ses affaires avec l’hôtelier, à tout le monde, cette bonhommie inspirait la confiance, donc il a emprunté à droite et à gauche; puis il a reçu de l’argent et au lieu de vite se tirer de cette cruelle position il a rejoué sans songer à la note de l’hôtel et aux dettes anciennes.
Et pour mieux s’arranger il a demenage chez Barnola qui lui a offert l’hospitalite dans sa villa. Bref une quantite de choses vilaines mais on ne s’en rendait pas compte toujours à cause de cet air bon enfant avec lequel il vous racontait ça. Enfin à la suite d’une misérable discusssion au jeu, il donne un soufflet à un Italien et refuse de se battre, les témoins tous Italiens ont bien essayé de l’appeler lâche en plein London House mais le résultat fut la disparition totale de M. Savine. Détail curieux, c’est Larderel qui était le plus enragé des témoins du pauvre diable gifle. Cet horrible Savine se disait partout le propre neveu de papa et on va encore dire que les membres de notre famille font toujours des scandales.