Mardi 7 fevrier 1882

Je suis cuite. Wolff consacre une vingtaine de lignes les plus flatteuses a Mlle Breslau... Ce n’est du reste pas ma faute. On fait selon comment on est doué. Elle est uniquement à son art, moi je m’invente des robes, je rêve à des draperies de corsage, à des revanches dans la société niçoise. Je ne veux pas dire que j’aurais son talent si je faisais comme elle, elle suit son naturel, moi le mien.
Mais j’en ai les bras coupés... C’est que je sens mon impuissance à un point de vouloir y renconcer à tout jamais. Julian dirait que j’en ferais autant si je voulais. Vouloir ! Mais pour vouloir il faut encore pouvoir. Ceux qui réussissent avec je veux sont à leur insu soutenus par des forces secrètes qui me manquent. Et dire que par moments j’ai non seulement foi en mon talent à venir mais que je sens le feu sacré du génie !! Ô tristesse.
Au moins ici il n’y a de la faute à personne, c’est moins enrageant. Rien d’horrible comme de se dire: sans celui-là ou sans ceci je l’aurais peut-être.
Je crois faire tout ce que je puis et je n’arrive à rien.
Et la fièvre depuis deux jours de nouveau, j’en ai les bras et les jambes cassées. Et une mine resplendissante, j’engraisse.
Ô mon Dieu faites que je me trompe, et que la conscience de ma médiocrité ne soit qu’une injustice !