Dimanche 15 janvier 1882

Chez les Gavini et chez Etincelle qui est charmante. Il y a un grand article sur notre soiree mais comme on s’y attendait on n’est pas content, elle me compare à la Cruche cassee et on craint qu’à Poltava cela ne passe pour une injure... On est trop bête, l’article est très bien seulement comme elle avait dit il y a deux jours que je suis une des plus jolies femmes de l’Empire Russe elle s’est contentée cette fois de décrire ma robe. De là, désillusion.
Mais je suis tout à l’Art, je crois qu’en même temps que ma pleurésie j’ai attrapé le feu sacré quelque part en Espagne, je commence d’ouvrière à devenir artiste, c’est une incubation des plus célèstes qui me rendent un peu folle... Je fais des compositions le soir, je rêve d’une Ophélie, le sous-Potain m’a promis de me mener à Sainte Anne voir des têtes de folles... En outre un Arabe, un vieil Arabe assis et chantant avec une sorte de guitare m’obsède et je pense à un grand machin pour le Salon prochain, un coin de Carnaval... Mais pour cela il faut aller à Nice... Oui, mais l’Arabe à Alger ? Oui, Naples pour le Carnaval... Bien mais pour exécuter mon machin en plein air à Nice j’ai ma villa et... Je vous dis et j’ai envie de rester ici, de voir Bastien-Lepage... que sais-je ?

Poznámky

The Sainte-Anne asylum, the main public psychiatric hospital of Paris, opened in 1867. ↩