Mercredi 21 décembre 1881

Aujourd’hui je suis sortie ! Oh ! en fourrure, les glaces levées, une peau d’ours aux pieds. Potain a dit ce matin que je pourrais sortir s’il faisait moins de vent et si je prenais des précautions.
Le temps était splendide et si je prenais des précautions ! Mais là n’est plus la question, c’est Breslau toute entière à sa proie attachée. Mon Salon est raté ? Oui. Qu’aurai-je à opposer à son tableau de cet été ? Une tartine d’atelier ?
Quelle petitesse direz-vous, jalousie de demoislle. Non cette fille est une force; elle n’est pas la seule, d’accord, mais nous sortons de la même cage pour ne pas dire du même nid et je l’ai devinée et pressentie et vous l’ai annoncée dans les premiers jours, moi ignorante et très ignorante alors. Je me méprise, je me nie, je ne comprends pas que Julian et Tony disent ce qu’ils disent. Je ne suis rien, je n’ai rien dans le ventre (ô Zola !). A côté de Breslau je me fais l’effet d’une boite de carton mince et cassante à côte d’une cassette en chêne massif richement sculpté. Je suis désespérée de moi et si convaincue, que si j’en parlais aux maîtres ça les gagnerait.
Mais je veux marcher tout de même, les yeux fermés et les mains étendues comme quelqu’un de près à être englouti.

Poznámky

Marie adapts a line of Racine's Phèdre (1677), Act I, scene 3: «C'est Vénus tout entière à sa proie attachée». ↩