Mais ici à la maison la situation est larmoyante. D’un côté maman désolée de partir et moi assommée de rester avec ma tante, une superstition bête. Et d’un autre côté ma tante qui n’a que nous, que moi au monde et qui ne dit rien mais qui est blessée au cœur de voir que je souffrirais de rester avec elle. Je suis à bout de forces, je reste là tout le jour sans désserer les dents pour ne pas pleurer, la gorge serrée, des bourdonnements dans les oreilles et une drôle de sensation, comme si les os allaient percer la chair qui s’en va, que je ne sens pas. Et cette pauvre tante qui voudrait que je sois contente et que je parte et que je reste avec elle et s’écriant déjà en elle-même, je la connais bien allez: Marie part aussi, ils ne reviendront plus jamais ! Tout est possible, je vous dis que je suis à bout de forces, que je ne crois à rien et crois tout possible. Ni rester ni partir ne me vaut rien mais il me semble qu’on restera moins longtemps avec moi. Du reste je ne sais rien.