Lundi 25 avril 1881

Rêve qui présage des humiliations. Du reste chaque matin je commence par me demander de quel côté pourrait bien venir l’ennui qui ne va pas manquer d’arriver, c’est, j’en suis certaine à présent une maladie déterminée à la suite de deux ou trois grosses vilenies que le ciel m’a envoyées. On doit pouvoir se guérir de ça, un grand médecin psychologue car enfin ce n’est pas naturel, et ces appréhensions incessantes sont causées par des troubles nerveux... Ah ! que tout cela est !... Enfin.
On dit du mal de moi parce que je suis artiste. Je m’imagine les choses que l’on se raconte... sans doute des inventions telles que j’en serais renversée de surprise. Dieu sait ce qu’on peut dire... mais aussi je suis imprudente devant des imbéciles.
L’autre jour devant cette oie de mère Tchoumakoff je vais demander quelque chose tout bas à Alexis et comme la Tchoumakoff insistait pour savoir, je lui dis comme une chose énorme que cela ne se pouvait dire qu’à des hommes, et en riant et vous savez bien avec cet air qui signifie qu’on veut dire exprès une bêtise.
Et cette dinde qui se penche et qui me demande si elle a deviné: - Vous lui avez dit cocu n’est-ce pas ?
J’en suis restée abasourdie.
Je travaille au 37, une fillette de douze ans, le torse nu et barbouillant une toile en l’absence de l’artiste. C’est pas par prétention de faire un tableau mais on trouve des mouvements et puis j’aime bien qu’il y ait une idée même dans une étude.

Poznámky

Cocu: French for cuckold — a husband whose wife is unfaithful. The word was shocking in polite company, especially coming from a young woman. Marie finds the older woman's guess revealing about her own mind. ↩
No. 37: Marie writes «le 37» without a street; the text gives no address. That it is a private studio where she worked outside the Atelier Julian is the annotator's inference, not verified. ↩