Mercredi 5 janvier 1881

Tony arrive en même temps que moi à l’atelier, ce matin. Je lui montre une petite esquisse et nous causons du tableau. Le salon où je travaillerai est tout petit et même la cloison abattue ce ne sera pas drôle vu la dimension de la taille. Enfin... Et ce procédé de Julian de me faire payer les travaux, le tableau étant pour lui ?
Et puis cette idée de le faire faire par deux personnes, ce qui crée une sorte de concours, ce qui est très énervant. Avec mes airs braves je suis très timide et quand Amélie est là je suis à moitié paralysée pour tout et ne sais plus ni poser un personnage ni... c’est très gênant. Et puis ça m’agace d’être deux au même sujet.
Puisqu’on a dit que je suis toquée de Tony, je l’ai regardé ce matin... Je ne crois pas que ce bonhomme puisse m’inspirer quelque chose de ce genre pourtant je me suis un tant soit peu exaltée après avoir causé avec lui... Il a l’air intelligent mais il est parfumé avec de la verveine ou je ne sais quel mélange d’eau de Cologne et d’autre chose, c’est très vilain.
En tous cas ce serait idiot, ce monsieur qui est toujours malade et qui se soigne toujours... Mais il n’en est pas question.
C’est le tableau. Ah ! ce tableau m’ennuie. Ah ! je voudrais faire autre chose !
Ah ! ces hauts et ces bas sont insupportables. D’un mot on me relève ou on me flanque par terre et pour ne pas être désespérée il faut que Julian et Tony passent leur vie à m’exalter, quand ils ne font que donner des conseils sans dire ni bien ni mal, je suis par terre.