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Vendredi, 11 avril 1879
A trois heures à l’église, c’est Vendredi Saint, et je surmonte ma peur du monde pour y aller, il faut qu’on me voie à l’église sans cela on dira que je suis peintre et libre penseuse et nihiliste etc.
J’ai tellement horreur de me mêler à tous ces Russes et d’être connue de vue et de ne connaître personne que je ne vais jamais à l’église le dimanche.
Si vous saviez combien ma famille est., bête ! Ou bien c’est que je suis peut-être folle, on me froisse à chaque minute. On parle à table de vases de nuit, on fait des enquêtes pour savoir lequel parmi les chiens a fait une saleté. Depuis ce matin il y a une nouvelle femme de chambre. Elles sont deux et puis le cuisinier. Maman a déjà inventé trente-six tracasseries contre la nouvelle femme disant qu’elle ne fait rien et qu’il y a trop de domestiques. Et puis des choses insipides à chaque pas.
Je ne crois pas que partout, cela soit la même chose, ce n’est pas possible. Ayant toutes les qualités embêtantes des bourgeois, on n’en n’a pas les vertus. Enfin, elles ont fait leurs dévotions, mais je ne fais pas les miennes. Cela m’ennuierait et puis je les ai faites l’année passée, je les ferai l’année prochaine.
Et leur morale à la troisième personne ! Des allusions instructives et honnêtes au sujet d’un feuilleton. Et puis cette idée de dire qu’il ne peut pas aller à la Comédie Française voir « Ruy Blas » parce qu’une reine est amoureuse d’un valet, d’ailleurs, dit maman je connais ça, j’ai vu plusieurs fois l’opéra de « Ruy Blas » et c’est la même chose.
Je lis « La vie de Jésus » de Renan et l’on est fort alarmé que je ne devienne une incrédule et on me débite des niaiseries qui peuvent facilement me rendre ce que Monsieur Renan ne pourrait jamais.