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Jeudi, 6 mars 1879
Eh bien, je fais une nature morte. Mais les idées d’hier. Je me rappelle d’une lettre de Marcuard où il me disait: Nous avons cet hiver ici une jeune fille polonaise qui fait la pluie et le beau temps, Mlle Tanskà, elle s’occupe de sculpture.
A la fin de l’hiver cette demoiselle se maria. C’est clair et net, cette aventure. Elle allait dans le monde bien entendu. Aller à Florence, faire de la sculpture et se marier, à la bonne heure; ça ne traîne pas au moins. Si j’allais à Florence ? Ce ne serait pas tant pour me marier que pour voir du monde, j’ai idée que nous serions bien à Florence.
Eh bien c’est cela, l’hiver prochain nous irons y passer deux mois.
A présent c’est devenu une maladie, le monde; deux mois et ce serait assez; je retournerais ici travailler... à quoi ? Je pense comme si la peinture n’existait pas et je ne puis comprendre ce que c’est que la gloire... Au fait pourquoi se tourmenter quand il y a un tas de gens qui ont tout, qu’on adore et auxquels on ne demande ni talents, ni science.
Je déteste Paris au-dessus de toute expression, à Paris on voit toutes ces odieuses figures de Nice, de Rome, de partout.
J’ai honte de moi-même, je voudrais sortir masquée et puis autre chose... depuis cet article du « Figaro » des courses de Nice, des bassesses de Nice, l’idée, que tout le monde me prend pour une mauvaise femme, ne m’a pas quittée. Et si vous pouviez savoir ce que c’est terrible, cette humiliation de tous les instants. Je suis sûre que c’est une maladie mais je ne sais pas comment la soigner.
Je deviendrai folle si je ne m’ordonne de ne penser à rien avant l’hiver prochain et de travailler, puisqu’il n’y a rien de mieux à faire, jusque là.