Lundi, 13 janvier 1879 - Nouvelle année russe

Eh bien je m’amuse à la folie comme d’habitude. Le dimanche tout entier se passe au théâtre. Une matinée à la Gaieté, assez triste et le soir à l’Opéra Comique « Le pré aux clercs », Opéra favori et chéri de M. Paul de Cassagnac dit le Défunt. Je comprends ce goût. La musique est délicieuse et qui n’a pas besoin de plusieurs auditions pour plaire; c’est simple, naïf, fin et ravissant. Il me semble l’avoir toujours entendu, c’est comme un souvenir d’enfance bien que je l’entendisse pour la première fois. Je donnerais tout de même cher pour avoir entendu leur conversation sur le boulevard.
Madame de Daillens qui était avec nous dit qu’à cette époque-là il serait charmant mais qu’il est ridicule dans la nôtre.
Ça m’est égal, je n’ai même plus cette poésie-là. Je passe la nuit [de dimanche à lundi] à me laver, à écrire, à lire, à me coucher par terre, à prende du thé. Il est cinq heures un quart, de cette façon j’irai de bonne heure à l’atelier et le lendemain j’aurai sommeil et le lendemain je me lèverai de bonne heure et puis ça ira tout seul. Ne croyez pas que j’aime ces gentillesses, je m’ai en profond dégoût, en profonde horreur. C’est égal je rencontre ma nouvelle année d’une manière originale, par terre avec mes chiens.
J’ai travaillée toute la journée. Mme Gavini m’a envoyé deux vases avec mes initiales et des violettes.