❦
Vendredi, 22 novembre 1878
Je suis effrayée de l’avenir de Breslau. J’en suis irritée, assombrie, triste. Est-ce assez mauvais ! Il y a sept semaines que je peins, il y a dix-huit mois qu’elle peint; c’est-à-dire soixante douze semaines.
Elle a plus de dix fois plus que moi. Mais ça n’est pas tout cela. Elle compose et il n’y a dans ce qu’elle fait rien de féminin, de banal, de difforme. C’est déjà une artiste, et elle n’a que vingt-deux ans. Elle sera remarquée au salon car en outre de l’exécution qu’elle y mettra elle ne choisira pas un sujet ordinaire. Je suis vraiment folle de l’envier, je suis une enfant dans l’art et elle une femme. Pour combler mon ennui
Il paraît que le riche négociant qui avait offert 50.000 francs pour l’élection de Condom, existe et que le mari d’Acard est institué l’héritier de sa fortune qui s’élève à près de 2 millions. On le nomme, c’est un M. Julien et il avait d’abord fait un testament au profit du Prince Impérial, à présent c’est pour Cassagnac. On rit beaucoup de ce riche bienfaiteur mais les détails que donne « la Gazette » de la France sont vraiment très précis. Après tout c’est sans doute un mensonge, Acard est une femme et il l’aime.
Non, ma peinture passe avant les Acard pour le moment, je suis dans un mauvais jour, tout me semble noir.
J’ai été voir Gavini, elle faisait un bésigue avec la chanoinesse qui a assisté à mes bêtises à propos de Cassagnac.
Je suis fatiguée.