Dimanche, 25 août 1878

Nous étions à l’église où il y avait le Grand Duc Constantin.
Ensuite nous avons rendu une visite à Mme de Balorre, à sa fille la baronne de Wykerslooth et à son autre fille, mariée au comte de Souza, attaché d’ambassade... Cette dernière ne veut pas aller aux soirées de la Mouzay, sa mère et son autre sœur n’y vont d’ailleurs pas souvent. Puis une carte chez les Boyd.
Il y avait le prince et la princesse Mechtcherski de Rome; à l’église j’ai eu une honte et une peur folles, seulement à la sortie ils nous reconnurent et nous regardèrent d’un air si gracieux que je les aurais embrassés de joie. Le prince a ôté son chapeau, croyant être connu avec nous à Rome. Il me faut une revanche et ce n’est pas un Cassagnac qu’il me faut... non, vraiment.
Nous nous promenons au Bois, maman m’y a tenue jusqu’à six heures parce que le Grand Duc Alexis s’y promenait. Elle est vraiment folle.
Cassagnac ne serait-il pas une sorte de Raoul Nathan ? (Une fille d’Eve). Vraiment ce diable de Balzac pense à tout; on n’a qu’à puiser pour en retirer tous les types, toutes les situations, toutes les définitions, toutes les appréciations les plus délicates, les plus extraordinaires, les plus vraies.
Non, puisqu’il est marié. Et puis., fi ! non ! C’est si fou d’écrire ces fantaisies; la plume leur donne un corps. Mais enfin... parfois il me semble qu’il n’y a rien au-dessus du Défunt, et aussitôt que je lui donne toute ma confiance je crains de l’avoir donnée à un être indigne, à un journaliste, que j’ai exagéré. Et je ne sais laquelle des deux alternatives je préfère. Le fait est que j’ai déplacé les portraits du grand homme, ils m’impatientaient.
L’un a été fait il y a deux ans, l’homme est à cheval sur une chaise. L’autre est tout récent, Monsieur est assis dans un fauteuil et semble s’y cramponner. Le premier porte écrit de ma main le mot: Avant, le second, après. Comme les réclames pour les huiles contre la chute des cheveux. Il y a en outre deux devises: En Avant ! et J’y suis, j’y reste. Mais j’ai placé ces images de façon à les dissimuler dans l’ombre par suite d’une courbe que fait le paravent pour laisser la place au candélabre. Je prenais déjà l’habitude de les regarder toujours.

Poznámky

Grand Duke Constantine Nikolaevich (1827–1892), brother of Tsar Alexander II, was one of the architects of the Great Reforms of the 1860s, including the emancipation of the serfs. He was in Paris during the 1878 Universal Exposition. ↩
Raoul Nathan is an ambitious journalist and poet in Balzac's novel Une fille d'Ève (1838–1839) who captivates a married countess through his passionate intelligence. ↩
«J'y suis, j'y reste» (Here I am, here I stay): the words attributed to General MacMahon at the captured Malakoff redoubt, Sebastopol, in 1855. ↩