Mercredi, 24 juillet 1878

Le Dr Tomachewsky qui est le médecin de l’Opéra de Pétersbourg doit savoir quelque chose, en outre ses avis sont d’accord avec ceux de Fauvel et d’autres et puis moi-même je sais que les eaux de Soden, par leur composition chimique n’ont presque pas de rapport avec ma maladie. Si vous n’êtes pas des ignorants vous devez savoir qu’on envoie à Soden les convalescents et les poitrinaires. Hier à six heures du matin ma tante et moi accompagnées et du Dr. Tomachewsky nous allons à Ems pour consulter les médecins de là-bas. Nous sommes de retour aujourd’hui depuis huit heures du matin.
L’Impératrice Eugénie est à Ems, pauvre femme. Je déteste Soden parce qu’ennuyeux il m’est inutile, nuisible même, puisque c’est une perte de temps.
Je suis contrariée d’avoir traversé Mainz, Koblentz en imbécile. Ce sont des villes si intéressantes au point de vue historique. Mais nous avons admiré les bords du Rhin car par suite d’un train manqué nous avons aussi voyagé en voiture et en bateau.
Napoléon (le vrai) a fait des ruines des forteresse que l’on voit à droite et à gauche sur les hauteurs. Cela peut donner lieu à des paradoxes sur les Allemands avec leurs utiles forteresses et les Français avec leurs belles ruines.
Voici encore une lettre de Multedo partie de Mont de Marsan le 22, le jour même où je lui ai renvoyé ses conseils. Je tiens à constater qu’il m’écrivait cela un jour avant de les avoir reçus. Cela peut être du repentir mais cela peut être aussi calcul, en écrivant la première il avait déjà le projet de la seconde. Peu importe... d’ailleurs je commence à croire qu’il m’adore : parce que je le hais. C’est un symptôme sûr chez moi.
Lettre recopiéeLettre d’A. Multedo à Marie, Mont-de-Marsan, 22 juillet 1878
Mont de Marsan 22 juillet 1878 Mademoiselle, Vos rigueurs à mon endroit me rendent fou. Vous devez juger par là à quel point vous occupez toute ma pensée et par conséquent me plaindre de mes souffrances morales au lieu de m’en vouloir de mes accès de colère. Veuillez donc excuser l’aigreur de ma dernière lettre ; en l’écrivant j’étais furieux des coups cruels d’aiguille que vous m’aviez porté dans la vôtre, et j’ai agi comme un sanglier blessé qui lance aveuglément un coup de boutoir. Vous m’aviez avili: j’ai souffert, j’ai hurlé. Pardon ! Je ne crierai plus. Désormais faites-moi souffrir, torturez-moi, repoussez-moi du pied et, si vous m’accordez cette faveur, je me prosternerai devant vous. Je vous en prie, oubliez. D’ailleurs je le prévois, vous êtes si fière et si hautaine que vous ne vous êtes pas sentie atteinte et que ma répartie n’a atteint que votre suprême dédain. Encore une fois pardon. Je m’agenouille devant vous la bouche au sol. Hommage respectueux de mes sentiments les plus dévoués. A. MULTEDO
en travers
Je ne fais pas la critique de la lettre, il y aurait trop à dire. L’homme aimable, le troubadour veut être tragique. Il n’y parvient pas. Aux phrases passionnées succède un hommage respectueux etc. - qui est d’un effet presque comique.
Monsieur Rumbelinsky revient de Paris ce soir, d’ailleurs voici une lettre que j’ai adressée à maman ce soir et qui vous dira tout. Je la prie de conserver la lettre qui est mal faite mais qui exprime ma pensée et donne de bons conseils, elle me la rendra et je l’épinglerai à cette feuille. [Manque]
Madame Gavini est si aimable pour maman que je lui écris une lettre?
J’ai une idée sur les Rembelinsky ou Antonsky qui pourront me servir...
Berthe m’écrit que Julie de Benkendorff s’est suicidée. Vous vous souvenez de cette Julie, cette folle, mariée à un secrétaire d’Ambassade, menant un train d’enfer pendant dix-huit mois, puis vente de tous les meubles, huissiers, départ du mari pour l’armée, de la femme pour Paris où elle veut entrer au théâtre, scandales, misères et enfin un coup de revolver à Boulogne.
Le Dr. Michel dit à maman qu’on va imprimer dans « L’Evènement » quelque chose de joli sur Cassagnac et sur sa femme comme quoi elle aurait été la maîtresse de Clément Laurier...
Clément Laurier, vous vous souvenez bien qui prêtait sa femme à Gambetta pendant que celui-ci était Dictateur et qui a fait cette énorme fortune... à la suite une espèce d’on ne sait trop quoi, orléaniste je crois.

Poznámky

Empress Eugénie (1826-1920), widow of Napoleon III, lived in exile after the fall of the Second Empire in 1870. ↩