Samedi, 20 juillet 1878

A propos de la souscription pour les Orphelins d’Auteuil dont « Le Figaro » a pris l’initiative et qui a produit 300.000 francs, Paul de Cassagnac a lancé un article dans lequel il tonne contre les Républicains qui sont comblés de bienfaits par les Conservateurs qu’ils maudissent et outragent.
Je suis fâchée de le voir monter toujours sur le même dada, ces répétitions, ces éternelles attaques lassent et ne font plus d’impression. A la suite de cet article « Le Figaro » en a publié un dans lequel il remercie pour les louanges dont il est l’objet mais supplie ses confrères de ne pas mêler la politique dans une œuvre purement humanitaire et fait en outre observer qu’il est injuste de foudroyer le peuple qui a contribué comme les riches, chacun a apporté une obole, cela se voit dans les listes.
Nous étions tous dans la salle, lorsque Mme Rembelinsky apparaît avec ma mandoline et ma guitare, il a fallu dire On dit que l’on te marie et jouer mes chansons napolitaines. Attendrissement général. Le Dr Tomachewsky prétend même qu’il faut avoir une égratignure au cœur pour chanter avec tant de sentiment. C’est amusant de faire pleurer les gens sans leur faire de mal.
Madame Gavini a fait ses adieux avec maman et m’a fait dire cent cinquante choses gentilles et aimables en ajoutant que Denis et elle sont entichés de moi. Pourvu que cela dure ! Je tiens à cet amour plus qu’à l’Amour d’un homme comme Multedo qui ne m’aime pas d’ailleurs.
Rosalie tout en passant, a compté mes ennemis : Marcuard, Multedo, Paul de Cassagnac.
Tout le monde, dit-elle, tout le monde excepté vous, voyait pourquoi il venait et vous lui jouiez des farces ! je n’ose pas croire à tant de belles choses rétrospectives, terriblement inutiles et affreusement regrettables ! Mais je le répète et je répéterai longtemps que je me suis perdue par ma faute. Certes si on le demandait au grand homme il nierait et il ne pourrait faire autrement, mais je suis persuadée qu’il serait content de faire une affaire à raison de 70.000 francs. Peut-être même ne le nierait-il pas, c’est si naturel après tout !