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Dimanche, 30 juin 1878
Nous allons nous promener pour voir les préparatifs pour ce soir. Ce sera quelque chose de splendide. La république jette de la poussière aux yeux. On n’a jamais rien vu de pareil. Ma tante dit que tout le monde dit à Nice (d’où elle revient ce soir avec Étienne) que Mme Acard est une maîtresse d’Antonelli qui lui a donné un million en la renvoyant dans son pays en France, pourvue d’une petite fille. Que la dame a trouvé un baron Acard et qu’on a légitimé (??) la petite. Ma tante est consternée, moi aussi d’ailleurs. On en a tant parlé que du premier coup je ne l’ai pas senti... mais ça revient peu à peu... surtout cet air de ma tante qui semble dire que tout est perdu, tout est fini, qu’il n’y a plus rien dans le monde entier. En effet il n’y a plus rien... il y aura peut-être mais pour l’heure c’est une ruine navrante, un désert désolant, c’est la glace, la neige, le froid, l’indifférence à tout. Néanmoins je suis très gaie. Je me reproche d’avoir traité la chose trop légèrement mais est-ce que je savais ?!
C’est mon costume de moine qui me portait malheur. Le soir où je l’ai mis pour le Défunt j’ai beaucoup hésité puis je me suis forcée à le mettre. Si je me permets toutes ces superstitions, me disais-je, ça n’en finira plus. Je l’ai mis et Cassagnac a été perdu.
La fête est superbe, l’illumination telle que les bonapartistes les plus enragés disent qu’ils n’ont jamais rien vu de pareil.