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Vendredi 17 mai 1878
Je me ferais bien communarde rien que pour faire sauter toutes les maisons, les intérieurs de famille !..On devrait l’aimer son intérieur et il n’y a rien de plus doux que de s’y reposer, d’y rêver aux autres choses qu’on a faites, aux personnes qu’on a vues... mais se reposer éternellement ! Ne rien voir que ce misérable sérail, Marie, Dina, maman, ma tante au milieu desquelles se promène, se traîne, la sultane favorite avec ses guzlas, ses trombones, ses diable sait quoi !
La journée de huit à six heures se passe tant bien que mal en travaillant, mais le soir ! !
Je vais sculpter le soir... pour ne pas penser que je suis jeune et que le temps passe, que je m’ennuie, que je me révolte, que c’est affreux !
Comme c’est drôle pourtant les gens qui n’ont pas de chance, ni en amour ni en affaires.
En amour c’était ma faute, je me montais la tête pour les uns, j’abandonnais d’autres... mais en affaires..........Si j’avais de la chance nous aurions pu avoir un salon fort intéressant avec Paul de Cassagnac, mon indépendance, mon originalité; les femmes le mènent ? Mlle Acard, Mlle Acard le mène ! Une jeune fille française, une Mlle Acard, Claire ou Mathilde... Suzanne peut-être !
Si j’étais une autre je le mènerais et nous aurions un tas de chiens bonapartistes, et si cette autre avait mon esprit... (si vous saviez comme mon esprit m’assomme et m’énerve !) elle deviendrait un centre, une sorte de célébrité... Mais c’est moi... Je suis charmante, bien faite, spirituelle, instruite, mais... C’est moi et tout cela ne sert à rien.
Il est vrai que pour réaliser ce rêve il faudrait une autre situation, un autre train de maison... alors le gascon Cassagnac ferait tout autrement et ne serait pas fâché de présider un salon convenable, de jouer M. Thiers chez la princesse Troubetzkoy.
Est-ce cela, est-ce autre chose, qu’importe puisque le résultat est piteux et atroce.
J’irai maintenant pleurer et prier Dieu pour qu’il m’arrange cette affaire... C’est très original de converser avec le Bon Dieu mais ça ne le rend pas meilleur pour moi. Si Dieu devait faire tout ce qu’on lui demande !... Mais les autres ne savent pas demander... J’ai la foi, moi, je supplie...
Je ne mérite sans doute pas.
Je crois que je mourrai bientôt.