CZENUKFROriginál (vícejazyčný)

Dimanche 3 février 1878 - suite

Cela ne me fait absolument rien qu’il m’embrasse la main.
— Au moment où je vous ai retenue un instant seule dans ma chambre, j’ai eu envie de faire une chose...
— Laquelle ?
— De vous embrasser.
— Et pourquoi faire ?
— Pour rien, je le sais avec vous.
— Cela vous ferait donc plaisir.
— A moi oui. Mais mon respect est si grand que je me suis dit: ce serait mal, puisque je sais qui c’est.
— Oh ! vous êtes un bon garçon, un excellent garçon un-brave homme.
— Oui, un brave homme.
— Brave homme... si vous l’aviez fait.
— Eh bien qu’auriez vous dit ?
— C’est vrai, il n’y aurait eu rien à dire, mais je serais si fâchée... vous savez, je ne sais trop comme vous l’expliquer... il en reste toujours quelque chose... ce serait... sale.
— Sale !
— Oui, sale.
— Eh bien ma gentille petite amie je ne craindrai ni pour votre repos ni pour votre tranquillité tant que l’idée d’embrasser un homme vous paraîtra sale.
— Cela sera toujours ainsi.
— Oh non.
— Oh ! si, écoutez--- peut-être quand--- mais quand on n’aime pas, c’est sale n’est-ce pas ?
— A ce point de vue-là, oui.
— C’est ce que je dis.
Nous avons dîné ensemble et nous avons blagué et ri. Madame de Fayet a écrit une lettre follement enthousiaste à Popaul.
— Eh bien mon ami, si vous en êtes à inspirer des passions aux vieilles femmes je vous plains.
dans la marge
en travers Cassagnac a raconté à maman l’histoire des cinq femmes, sans nommer personne.
J’ai mis mon froc, que j’avais promis de montrer il y a longtemps, et tout en faisant sa confusion que j’écoutais sous le capuchon, le grand et noble jeune homme de plus en plus dévot accompagnait ses paroles de baisers... sur la main, drôles de baisers... avec ses lèvres d’enfant... je n’ai jamais rencontré que des lèvres minces, et Cassagnac, c’est-à-dire que mon bras était à peine assez large, non ce sont des bêtises, il a une petite bouche. Oui, mon bras, oh mon Dieu, il est si beau, le bras bien entendu.
— Tout est comme ça ?...
— Mieux.
— Rien ne m’étonnera d’elle.
Nous étions trois, la colonelle, moi et Popaul. Les mamans étaient au grand salon.
Ah ! que je n’oublie pas de dire que avant dîner Monsieur d’Andigné a été, assez longtemps même et qu’il est bien aimable et que je suis ennuyée parce qu’il pourra penser que Cassagnac me fait la cour. Il est pour Dina je crois.
— N’est-ce pas affreux de s’être démasquée, mon grand ami?
— C’était mal. Mais dites, il faudrait recommencer, il faudrait trouver une combinaison...
— J’en trouverai et sans chercher... cela me vient comme ça tout d’un coup.
— N’était-ce pas une soirée charmante, dites la colonelle et vous ? Et ça me donne certains droits... vous savez si je suis amoureux des souliers et des bas, vous êtes toujours obligée de me les montrer, c’est un droit acquis et c’est fini.
— Vous êtes un brave homme.
— Pas tant que cela !
— Si, si, un brave homme.
Arrive Berthe, je cours me rhabiller et viens au salon comme si rien n’était.
Oh ! j’ai fait la folle ! tout en m’habillant j’ai passé les doigts par une porte-armoire donnant dans la salle à manger et Cassagnac m’a mordu les doigts. Je lui ai dit tout doucement saligaud comme lorsqu’il m’a baisé le pied chez lui.
Nous avons fait du magnétisme, du spiritisme et tout ce que Cassagnac sait faire. Dina a dormi Berthe presque.
On a commencé à m’endormir aussi, rien que pour voir. Le magnétiseur me tenait les mains en appuyant ses pouces sur la paume de la main et en me regardant fixement. Au bout de quelques minutes, j’ai été un tant soit peu troublée, ce qui est assez naturel.
Il refuse de me magnétiser sérieusement sous prétexte que ce serait... sale, dit-il.
C’est encore bien heureux que je ne sois pas encore jalouse... de tout. Je déteste même entendre louer une femme en ma présence et pour la jalousie en tous genres ne puis me comparer qu’à Cassagnac qui est ridiculement jaloux à ce que dit Blanc. Berthe est jolie, très jolie. Petite, assez mal faite mais jolie.
Vous savez comment j’ai terminé la soirée à une heure et demie du matin ? Eh bien, d’abord j’ai demandé tout bas si une femme seule pouvait sans danger entrer à l’Opéra.
- Oui. Je ne vous y engage pas, je vous le déconseille même; mais si vous faisiez jamais cette...
- extravagance.
- Cette extravagance, vous trouverez toujours une loge et un bras à votre service, comme une bonne camarade.
- Je ne veux pas compter là-dessus, vous pourriez avoir à y amener quelqu’un.
- Ne vous gênez pas avec moi et usez de moi.
Et puis... Ah ! ma foi et puis je l’ai tutoyé, j’ai dit les choses les plus folles devant tout le monde. Quand il n’y avait pas Berthe c’était drôle, devant Berthe c’était fou.
Je me couche légèrement mécontente de ma conduite. Aussi ce Cassagnac qui me dit que je suis folle, que je lui fais de la peine pour ma famille.
Il m’assure que j’ai de l’esprit et suis amusante comme tout, je n’en sais rien, mais je sais qu’il est très amusant et qu’il m’inspire une confiance si folle que je le traite comme une femme ou comme un frère. Ce brave homme n’avait pas autre chose à faire qu’à dire que j’étais folle.
Notre escapade sert à mille bêtises amusantes que nous disons et que les mamans ont l’air de ne pas comprendre.

Poznámky

Saligaud: a crude term of abuse — literally "dirty pig" or "filthy brute." In context, an intimate whispered endearment as much as an insult. ↩